PLUIES DE SAUTERELLES, DE HANNETONS
Oéaui sont heureusemeDt asseï rares. Les plus terribles ont eu lieu en I64& et en 1666.
On a TU aussi de vâritables pluies de hannetons descendre comme d'un nuage épais et couTrir les campagnes, les roules et les chemins.
Comme pour les saul«rellea, ce sont aussi des essaimages d'une province à une autre. Des Iroupes de ces coléoptères, non pas soulevées par une trombe, mais ordinairement aidées par le vent, ëmigrent d'un pays lorsqu'elles ont tout dévasté et qu'elles ont fait table rase.
Pour donner une idée du nombre prodigieux auquel les hannetons arrivent dans cerlaine^ circonstances, nous rapporterons quelques dates historiques.
Fig. 106' — Pluie de bannelons.
En 1574, ces insectes turent si abondants en Angleterre, qu'ils empêchèrent plusieurs moulins de tourner sur la Savcrn.
En 1668, dans le comt^ de Galway, en Irlande, ils formaient un nuage si épais, que le ciel en étail obscurci l'espace d'une lieue, et que les paysans avaient peine à se frayer un chemin dans les endroits ou ils s'abattaient, lis délruisirent toute la végétation, de sorte que le paysage rcvftit l'aspect désolé de l'hiver. Leurs mâchoires Toraces faisaient un hruit comparable à celui que produit le sciage d'une grosse pièce de bois; et le soir le bourdonnement de leurs ailes ressemblait à des roulements lointains de tambours. Les malheureux Irlandais furent réduits à faire cuire leurs envahisseurs et à les manger à défaut d'autre nourriture.
En 1804, d'immenses nuées de hannetons, précipitées par un vent violent dans le lac de Zurich, formèrent sur le rivage un banc épais de corps amoncelés, dont les exhalaisons putrides empestaient Tatmosphère.
En 1832, le 18 mai, à neuf heures du soir, une légion de hannetons assaillit une diligence, sur la route de Gournay à Gisors, à sa sortie du village de Talmontiers, avec une telle violence, que les chevaux, aveuglés et épouvantés, refusèrent d'avancer, et que le conducteur fut obligé de rétrograder jusqu'au village, pour y attendre la fin de cette grêle d'un nouveau genre (Figuier, les Insectes)»
Telle est la série des pluies de sang, de terre, de végétaux et d'animaux que l'histoire de la météorologie peut enregistrer. Nous nous arrêterons ici. De même que dans le chapitre précédent nous avons vu des écrivains parler de grêlons de la grosseur d'un éléphant, de même ici Texagération a parfois décuplé et centuplé les effets authentiques. Ainsi, quelle que soit la fabuleuse force que le vent puisse acquérir, nous laisserons dans le domaine de la ïable l'histoire d'Avicenne, ce prince des médecins arabes, qui affirme avoir vu tomber des nuages le corps entier d'un veau. Cependant Xavier de Maistre rapporte sérieusement qu'une jeune fille a été enlevée par une trombe en 1820; c'est plus aérien et plus accessible à la prise du zéphire homérique; la question serait de savoir jusqu'à quelle hauteur la vierge légère a été enlevée. Déjà Cabeus, au dix-septième siècle, avait rapporté qu'à Mantoue, vers 1618, un vent violent enleva une femme qui lavait son linge dans le lac. Même question que tout à l'heure. En fait de gros animaux, la plus audacieuse histoire de ce genre est encore la plus ancienne: celle du lion deNémée tombant de la Lune dans lePéloponèse.... Des centaines de kilogrammes tomtent parfois du ciel, il est vrai, comme nous l'avons vu par les aérolithes. Mais les autres mondes ne nous ont encore envoyé que des pierres. Les animaux, poissons, insectes, graines, feuilles, tombés du ciel sont originaires de la Terre, quel que soit le plaisir que nous aurions à recevoir des échantillons des règnes animal et végétal de Mars ou de Jupiter.