LES CURIOSITÉS DE LA FOUDRE
table feu allumé par la foudre qui les dévore. Le 10 mai 1865, vers 5 heures du soir, un cantonnier nommé Louis Roussel, fut tué par la foudre sur la route de Bapaume à Albert (Somme). Quand on trouva ce malheureux, il était dépouillé de ses vêtements, qui brûlaient encore ^.
Parfois les vêtements intérieurs sont brûlés, tandis que les vêtements extérieurs sont respectés. Il y en a plusieurs exemples.
D'autres fois, ce qui est encore plus singulier, la doublure seule des vêtements est brûlée, et TétofTe extérieure est épargnée !
Les vêtements, les souliers sont parfois c^ecousus comme si on Tavait fait à la main.
On a remarqué que certains foudroyés n'offrent pas la plus légère lésion. C'est ce que les anciens avaient déjà observé, commeon le voit dans ce charmant passage de Plutarque : c La foudre les a frappés de mort sans laisser sur eux aucune marque ni de coups, ni de blessure, ni de brûlure; leur âme s^en est enfuie de peur hors de leur corps, comme Toiseau qui s'envole de sa cage. »
Dans plusieurs cas , les personnes foudroyées, mortellement ou sans blessures graves, ont été enlièrement épilées : cheveux, barbe, poils, ont disparu, soit par le coup lui-même, soit quelques jours après.
Le docteur Gaultier de Claubry, atteint un jour par la foudre globulaire, près de Blois, eut la barbe rasée et anéantie, car elle ne repoussa jamais. Une singulière maladie le mit à deux doigts de la mort: sa tête enfla au point d'atteindre un mètre et demi de circonférence!
Un homme qui était, parait-il, fort velu, ayant été atteint par la foudre, près d^Aix, la foudre lui enleva les poils du corps par sillons, de la poitrine aux pieds, les roula en pelotes et les incrusta profondément dans le mollet (Sestier).
Au milieu d'une telle variété d'action, il est fort difficile d'assigner des règles à la marche de la foudre. Cependant, quoique le fait soit instantané , on peut assez souvent suivre son parcours sur les jalons métalliques qu'elle a choisis de préférence, en examinant les péripéties d*un cas comme le suivant par exemple, qui est un de ceux qui ont eu le plus de retentissement parmi les orages de 1869 : le foudroiement du capitaine Lacroix, le 7 mai, sous sa tente, au camp de Châlons.
La pluie tombait à torrents au moment où le coup de foudre a éclaté, à 7 h. 53 m. du soir. On ne s'est aperçu de l'accident que le lendemain matin. Le cadavre était couché, la figure tournée vers le ciel, la main droite crispée tenant un bougeoir métallique serré contre la poitrine. Le terrain portait, à l'emplacement des pieds, des traces circulaires indiquant clairement que le capitaine, debout et tourné vers la porte, est tombé à la renverse en pirouettant. Il était en pantalon d'uniforme, vêtu d'un paletot bourgeois ; il avait sur la tête son képi à trois galons. La tente était fermée et la porte en toile en était bouclée au dedans et au dehors.
D'après les traces observées, le chemin parcouru par l'électricité est le suivant : boulon en fer du faîte de la tente, toile mouillée où l'on suit le sillon , boucle extérieure, tête du capitaine et képi, montre, corps, porte-monnaie et lit de fer.
La boucle de la tente a été projetée à 30 pas : sur le front du foudroyé on remarquait une plaie ^ Jrant la forme de cette boucle ; le képi fut complètement brûlé , galons effilochés ; le fil de fer eut sa soudure fondue.
La montre a été arrêtée par le coup, à 7 h. 53 m. ; elle présenta sur le bottier une trace de fusion de 1 millimètre et demi de diamètre.
Le Ht en fer offrit, à peu près à la hauteur du porte-monnaie, qui n'avait gardé aucune trace, 7 ou 8 petites traces de fumée.
La toile de la tente présenta une quinzaine de petits trous analogues à des piqûres de grosses épingles.
L'autopsie du cadavre a donné, 30 heures après l'événement : rigidité cadavérique encore complète, la chaleur du corps s'était conservée à 2 1 ®, 5 pendant 2k heures; face livide, mais sereine etcalme ; brûlure sur le c6té droit de la tète, cou, épaule,
bras, parcheminant la peau; poumons gorgés de sang noir qui ruisselle abondamment à la coupe ; cas de mort instantanée.
D'autres militaires ont été commotionnés par le même coup de foudre, mais sans offrir rien d^intéressant *.
Le camp de Châlons a été de nouveau visité par la foudre le 9 juillet 1870. Le tonnerre a éclaté au milieu d'un orage épouvantable et d'un véritable déluge, est tombé sur une tente du 32* de ligne, a tué raide un soldat et en a blessé quatre ! *
Les fils télégraphiques conduisent également bien l'électricité pendant les orages. On a vu de petits oiseaux qui s'y étaient posés y rester suspendus, morts subitement et accrochés par leurs petites pattes serrées. On a vu les fils télégraphiques brisés en morceaux sur une grande étendue et disséminés à la surface des routes, les appareils des stations troublés et rendus incapables de transmettre les dépêches. Les treillis en fer, les fils d'espalier sont aussi d'excellents conducteurs, qui se surchargent facilement, et près desquels il est dangereux de se placer.
Au mois de juin 1869, un trappiste fut foudroyé au monastère de Scourmont, territoire de Forges, près Chimay (Belgique).
C'était dans l'après-midi, les religieux étaient occupés au fanage; survient un orage qui les oblige à chercher un abri. L'un d'eux, le frère Aloysius, qui dirigeait la faucheuse mécanique mue par deux chevaux, conduisit Tattelage près d'une clôture en fils de fer et s'agenouilla contre ce treillis. Un horrible coup de tonnerre éclate soudain, les chevaux s'enfuient épouvantés; le trappiste reste la face étendue contre terre. Les autres, qui l'ont vu tomber, accourent et le trouvent raide mort. Le médecin du monastère, mandé aussitôt, constata sur le corps de la victime deux brûlures larges et profondes, de forme identique et disposées symétriquement de chaque côté de la poitrine : il fit remarquer en outre aux personnes présentes une tache blanche sous l'aisselle droite formant Timage bien distincte d'un tronc d'arbre garni de ses rameaux, effet bizarre du fiuide électrique*.
Les courants d'air, les vibrations, les métaux préparant à la foudre un chemin qu'elle préfère, il est évident en théorie et démontré en pratique que sonner les cloches pendant les orages est une fort mauvaise habitude. Loin d'éloigner le tonnerre et de le renvoyer sur les pays voisins, comme on se l'imagine parfois, les cloches l'invitent pour ainsi dire à descendre de suite. Il se passe peu d'années sans qu'un sonneur soit foudroyé sous l'un des clochers des 37 548 communes de France.
Le 11 septembre 1868, pendant l'orage qui éclata sur la ville de Puy-rÉvèque, le sieur Delpon, marchand épicier, étant dans l'église au moment où l'orage éclatait, crut devoir, sans ordre ni permission, et en l'absence du carillonneur, aller sacrifiant ainsi à la routine, sonner les cloches afin de conjurer les effets de Torage. A peine touchait- il à la corde, qui est en fil de fer et par suite éminemment conductrice du fluide électrique, qu'une grande explosion se faisait. Bientôt, le premier mouvement d'émotion calmé parmi les assistants, on apercevait, renversé et ne donnant que de faibles signes de vie, le sieur Delpon. Relevé aussitôt, il reçut les soins que réclamait son état, mais expira trois quarts d'heure après *•
Le 28 juillet de la même année, pendant un orage, le sonneur du village de Communay, dit Vlmpartial dauphinois, sonnait vigoureusement pour conjurer le mauvais temps, quand il fut renversé, presque asphyxié, par le fluide électrique, qui avait frappé avec un bruit épouvantable le clocher de l'église. Pénétrant ensuite dans l'intérieur, le tonnerre a ravagé l'autel, brûlé les ornements, et s'e^t perdu ensuite dans le mur *.
Un savant allemand trouvait, en 1783, que dans l'espace de trente-trois ans la foudre était tombée sur trois cent quatre-vingt-six clochers, y avait tué cent vingt et un sonneurs et blessé davantage encore. Il y a certainement plus d'imprudence à se mettre en communication avec la corde d'un clocher, surtout si l'on sonne, qu'à s'abriter contre les arbres élevés qui attirent le tonnerre.