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LES CURIOSITÉS DE LA POUDRE

Pendant ]a seule nuit du Ik au 15 avril 1718, la foudre tomba sur vingt-quatre clochers dans l'espace compris le long de la côte de Bretagne, entre Landemau et SainUPol-de-Léon. Ces graves désastres ne firent aucun tort à la réputation des cloches dans Tesprit des Bas-Bretons. C'était, dirent-ils, un Vendredi saint, jour où les cloches doivent rester muettes, et les sonneurs furent punis de leur désobéissance.

En 1747, l'Académie des sciences regardait déjà cet usage comme dangereux. Un arrêt du Parlement en date du 21 mai 1784 homologua une ordonnance du bailliage de Langres, qui défendait expressément de sonner les cloches quand il tonnait. Cependant on les sonne encore aujourd'hui dans ce même diocèse de Langres, si éclairé à d'autres titres.

Les coups de foudre les plus funestes par le nombre de personnes qu'ils ont frappées sont les suivants :

Un jour de solennité, la foudre pénétra dans une église près de Carpentras ; cinquante personnes furent tuées, ou blessées, ou rendues stupides (Fort. Lintilius).

Le 2 juillet 1717, la foudre frappa une église à Seidenberg, près de Zittau, pendant le service : quarante^huil personnes furent tuées ou blessées (Reimarus).

Le 26 juin 1783, la foudre tomba sur l'église de Villars-le-Terroy, dont on sonnait les cloches, tua onze personnes et en blessa treize (Verdeil).

A bord du slopp le Sapko, en février 1820, six hommes furent tués d'un coup de foudre et quatorse gravement blessées (Sestier).

Le 11 juillet 1819, vers onze heures du matin, la foudre pénétra dans l'église de ChàteauneuMeS'Moutiers (Basses-Alpes), au moment où on sonnait les cloches, et pendant qu'une nombreuse assemblée y était réunie. Neuf personnes furent tuées sur le coup^ et quatre^ingt^ewo autres furent blessées. Tous les chiens qui étaient dans l'église furent trouvés morts dans l'attitude qu'ils avaient au moment du coup (Pouillet).

A bord du navire le Répulse, vers les côtes de Catalogne, le 13 avril 1813, la foudre tua huit hommes dans les agrès et en blessa gravement neuf, dont plusieurs succombèrent (Sestier).

Dans les exemples cités par Arago, je vois huit hommes tués par le tonnerre à Sauve (Gard), le 22 octobre 1844.

Le 27 juillet 1769, vers trois heures de l'après-midi, la foudre, sous la forme d'un boulet de canon du plus gros calibre, tomba dans la salle de spectacle de Feltri (Marche Trévisane), où plus de six cents personnes étaient réunies, blessa $oiœante^ix personnes, en tua raide six, et éteignit toutes les lumières.

Le 11 juillet 1857, 300 personnes étaient réunies dans l'église de Grosshad, petit village à deux lieues de Dflren, quand la foudre vint la frapper. Cent personnes furent blessées, dont trente grièvement. Six furent tuées, et c'étaient six hommes vigoureux (Follin). •

Dans les premiers jours de juillet 1865, la foudre est tombée sur le territoire de Coray (Finistère), dans une garenne où seize personnes étaient occupées à récobuage. Six hommes et un enfant ont été tués du même coup et trois autres grièvement blessés. Plusieurs ont été complètement mis à nu ; leurs vêtements étaient dispersés en lambeaux sur le sol ; leurs chaussures étaient hachées et brisées en tous sens. Chose extraordinaire, on dit que quelques-uns des travailleurs ont été atteints à cent mètres de distance les uns des autres*.

Voici un autre fait bien singulier et bien complexe, rapporté parVÉcho de Pourviéres :

Le dernier dimanche de juin 18S7, à deux heures, pendant les vêpres, la foudre est tombée sur l'église de Dancé, canton de Saint-Germain-Laval.

Au bruit de l'explosion a succédé un silence de mort; puis un cri s^est fait entendre ; cent autres ont été poussés aussitôt.

Le curé, qui croyait avoir reçu à lui seul toute la décharge électrique, ne sentant

pourtant aucune douleur, quitta sa place, où Tenveloppait un nuage de pou«;sière et de fumée, et, de la table de la communion, il parla à ses paroissiens pour les rassurer : « Ce n'est rien, leur dit-il, gardez vos places, il n'y a point de mal. »

11 se trompait. Vingl^cinq ou trente personnes étaient plus ou moins atteintes; quatre ont été emportées sans connaissance ; mais le plus maltraité de tous était le trésorier de la fabricjue. En le relevant, on a vu ses yeux ouverts, mais ternes et voilés; il ne donnait plus aucun signe de vie. Ses vêtements étaient brûlés. Ses souliers, lacérés, pleins de sang, lui avaient été enlevés des pieds.

L'ostensoir exposé dans la niche avait été jeté à terre. Il était bossue, percé au pied, et Vhostie avait disparu. Le prêtre la chercha longtemps et finit par la trouver sur Tautel, au milieu du corporal, sous une couche épaisse de gravois.

Il ne restait plus qu'un chandelier sur les gradins. Les autres avaient été renversés, ainsi que les vases de fleurs. Deux bouquets avaient été brûlés. Trois ou quatre mètres de la boiserie du chœur avaient volé en éclats. Dans tous les coins de Téglise on en a ramassé des fragments par centaines. Au dehors, la flèche du clocher a été dénudée, ses ardoises se ramassaient dans les champs voisins. Li* clocher fut lézardé en plusieurs endroits, et un des angles coupé *.

Le 27 août 1867, un orage terrible s'abattait sur les environs de Limours (Seineet-Oise).

Pendant plusieurs heures le tonnerre a grondé sourdement, puis tout à coup plusieurs détonations formidables se sont fait entendre, et la foudre est tombée en plusieurs endroits presque simultanément. Il était alors dix heures et demie en* viron. Une famille habitant Gerny-la- Ville , et composée de quatre personnes, fe père, la mère, une fille et un garçon de vingt-deux ans, étaient occupés à la mois* son quand la nue électrique les a enveloppés. Efi'rayés, ils cherchaient à se blottir sous des gerbes quand la foudre éclate, passe au-dessus du père, qui tombe insensible, mais revient à lui au bout d'un quart d'heure. Il n'en a pas été malheureusement ainsi du fils, Louis Troufleau, qui est tombé pour ne plus se relever. La mère et la fille n'ont pas été atteintes.

La catastrophe a été marquée par ces bizarreries qui souvent accompagnent le météore électrique. En efl'et, le rapport fait par le médecin apprend que le corps du .nalheureux jeune homme avait été presque entièrement déshabillé par la foudre. On a retrouvé à de grandes distances des morceaux de ses vêtements et particulièrement de ses bottes. Le fluide électri(]ue a dû pénétrer par les épaules, près du cou. On remarquait sur ces parties du cadavre une douzaine de petites taches noires ayant l'apparence de celles que fait le nitrate d'argent ou pierre infernale. Après avoir suivi la colonne vertébrale , le terrible agent de destruction est sorti par les pieds, qui présentaient doux petites plaies faites comme à Temporte-pièce. La foudre est ensuite entrée en terre, ce réservoir commun de l'électricité, en remuant tellement le sol que des moissonneurs qui se réfugiaient alors à la ferme ont, disent-ils, « sauté en l'air à plusieurs pieds de haut*. »

Chez un individu cité par M. de Quatrefages, les chaussettes furent déchirées en mille pièces ; un soulier fut enlevé et porté à l'autre bout de la chambre, etdeux clous furent trouvés enfoncés dans le plancher, tandis qu'un autre, suivant une direction opposée, avait pénétré profondément dans le talon du foudroyé. Les objets que l'on porte à la main sont parfois enlevés et lancés au loin. Un gobelet que tenait un buveur fut enlevé de ses mains et porté dans une cour sans être cassé et sans que le buveur fût blessé. -* Un jeune homme de IS ans chantait l'épître; le missel lui fut arraché des mains et mis en pièces. — Une cravache fut enlevée des mains d'un cavalier et projetée au loin. — Deux dames tricotaient tranquillement : la foudre passe et leur vole subtilement leurs aiguilles (Sestier).

En d'autres cas, on voit la foudre fendre un homme en deux, comme d'un grand coup de hache.

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