LE TONNERRE PHOTOGRAPHE
la foudre et transporté comme une masse dans Pair pour être posé à 25 pas de l'endroit où il s^était mis.
Le 2 août 1862, la foudre tomba sur le paratonnerre du pavillon d'entrée de la caserne du Prince-Eugène, à Paris.... Les soldats étaient en train de se coucher. Tous ceux qui Tétaient déjà se trouvèrent debout, tandis que ceux qui étaient debout furent couchés par terre.
Parfois le corps des foudroyés reste flexible après la mort comme pendant la vie. Le 17 septembre 1780, un violent orage éclata sur East-Burn (Grande-Bretagne). Un cocher et un valet de pied y furent tués. < Quoique les corps restassent sans être ensevelis du dimanche au mardi, dit Tobservateur, tous leurs membres étaient aussi flexibles que ceux des personnes vivantes. » (Seslier.)
Parfois le cadavre est raide comme du fer et garde sa raideur. Le 30 juin 1854, un charretier de 35 ans fut foudroyé à Paris. Le lendemain, le docteur Sestier vit son cadavre à la morgue : il était raide et se mouvait tout d'une pièce ; le surlendemain, 44 heures après la mort, cette raideur était encore des plus marquées. — Il y a quelques années, la foudre frappa, dans la commune d'Hectomare (Eure), un nommé Delabarre, qui tenait un morceau de pain à la main. La contractilité des nerfs a été si forte, qu'il n'a pas été possible de le lui arracher.
Parfois enCn , à l'opposé de tout cela, le cadavre des foudroyés s'amollit et se décompose rapidement au milieu d'une odeur insoutenable. Le 25 juin 1794, la foudre tua une dame dans une salle de bal à Dribourg. Le cadavre exhala rapidement une odeur de putréfaction singulière. Le médecin put à peine l'examiner sans danger de s'évanouir. Les habitants de la maison furent obligés de s'en aller 36 heures après la mort, tant l'odeur était pénétrante. C'est à peine si l'on put mettre le fétide cadavre dans le cercueil : il tombait par morceaux.
Tous ces faits sont étranges, bizarres, inexplicables. Mais quel nom donner aux suivants, aux images gravées par la foudre sur la chair des foudroyés, à la kéraunographie, comme on l'a appelée, à l'acte du Tonnerre photographe? Nous avons pourtant un grand nombre de cas authentiquement constatés d'impressions photoélectriques dues à un tatouage dessiné par les mains du tonnerre.
Nous avons déjà vu plus haut un fait qui se rattache à ces productions d'images : c'est celui d'une boucle de tente marquée sur le front du capitaine foudroyé au camp de Châlons, le 7 mai 1869, quoique cette boucle ait été extérieure à la tente et située, d'après le rapport, à 8 ou 10 centimètres au moins du front de la victime au moment de l'accident, et que de plus elle ait été lancée à l'opposé, jusqu'à 23 pas de la tente. C'est sans doute là un transport électrique de vapeurs ou de poudre d'acier instantanément effectué au moment du coup entre la boucle et le front du foudroyé.
Voici d*autres exemples plus complets :
Au mois d'août 1869, deux hommes et une femme ont été tués à Neuf-Brisach sous un peuplier, et ils sont encore aujourd'hui enterrés à l'endroit où ils furent frappés. L'un d'eux avait sur la joue une photographie très-facile à reconnaître de l'écorce de l'arbre *.
Le 29 mai 1868, un violent orage arriva sur Chambéry au moment où un détachement du kl^ de ligne se livrait à l'exercice du tir, aux Charmettes. Tandis qu'une partie des soldats continuaient de tirer, quelques hommes se réfugièrent sous les arbres qui bordent la route. Ils y étaient à peine, que la foudre, tombant sur un châtaignier, renversa 6 de ces militaires. L'un d'eux, mortellement atteint, succomba au bout d'un quart d'heure, après avoir prononcé quelques mots. Deux heures après la mort, l'examen du cadavre a permis au médecin de l'hôpital de Chambéry qui l'examina, de constater la production d'images photo-électriques.
Sur le membre supérieur droit existaient trois bouquets de feuilles d'une coloration rouge-violet plus ou moins foncé, et reproduits dans leurs plus petits détails
avec la fidélité photographique la plus parfaite. Le premier, situé à la partie moyenne de la face antérieure de Pavant-bras, représentait une branche allongée munie de feuilles de châtaignier; le second, paraissant formé de deux ou trois ra* meaux réunis, apparaissait vers le milieu du bras ; le troisième se moBtnût au cen* tre de répaule\
Les journaux de mars 1867 ont reproduit le fait suivant, publié par les journaux anglais : Trois enfants avaient cherché asile sous un arbre. La foudre éclate, tombe sur Tarbre et décrit autour une série de cercles. Les enfants, un moment terrifiés, reprennent leurs sens, et Tun d'eux présente, sur Tun des côtés de son corps, Timage parfaite de Tarbre qui Tabritait. La photographie était si exacte, qu'on distinguait facilement les feuilles et les fibres des branches *.
Le 27 juin 1866, la foudre tomba sur un tilleul à Bergheim (Haut-Rhin). Deux voyageurs qui s'étaient mis à Tabri sous Tarbre, ont été renversés sans connaissance; Tun avait été soulevé à plus d'un mètre de hauteur, il est retombé sur le dos. On les croyait morts, mais par des soins immédiats ils sont revenus à eux, et se sont rétablis.... Les deux voyageurs portent sur le dos et jusqu'aux cuisses l'empreinte, comme photographiée, des feuilles du tilleul. Le dessinateur le plus habile n'aurait pu faire mieux. — La relation de ce coup de foudre a été donnée par M. Hirn, correspondant de l'Institut, et nous l'avons insérée au Cosmos, 1866, t. Il, p. 226. Ma collection sur le tonnerre m'offre un extrait français du Wiener Nachriehlent année 1865, où ce même fait se complique d'un hasard tout à fait singulier.
Un médecin des environs de Vienne (Autriche), M. le docteur Derendinger, re* venait chez lui en chemin de fer. En descendant, il s'aperçut qu'il n'avait plus son porte monnaie, qu'on lui avait sanâ doute volé.
Ce porte-monnaie était en écaille, portant d'un côté, en incrustation d'acier, le chiffre du docteur, deux D croisés.
Quelque temps après, le docteur fut appelé auprès d\in étranger qu'on avait trouvé gisant inanimé sous un arbre et qui avait été frappé par la foudre. La pre* miëre chose que le docteur remarqua sur le malade, ce fut son chiffre comme photographié sur la peau de la cuisse. Qu'on juge de son étonnement! Ses soins par* vinrent à ranimer le malade, qu'il fit transporter à l'hospice. Là, le docteur annonça que dans les vêtements devait se trouver un porte-monnaie en écaille. Le fait fut vérifié. L'individu frappé par la foudre était le voleur.
Le fluide, en l'atteignant, avait été attiré par le métal du porte-^nonnaie» et, en fondant le chiffre incrusté, en avait, par un de ses effets bizarres si connus, laissé la trace sur le corps.
Le journal ajoute que le voleur, ainsi surpris en flagrant délit, allait être traduit en justice, quoiqu'il prétendit avoir trouvé le porte-monnaie.
Le 4 septembre 186(i, trois hommes étaient occupés à cueillir des poires pris du bourg de Nibelle (Loiret), lorsque la foudre tomba, contourna l'arbre en forme de vis et tua l'un des hommes. Les deux autres reprirent connaissance, et l'un d'eux portait sur sa poitrine , très - distinctement daguerréotypées, des branches et des feuilles de poirier (D^ Labigue, Moniteur universel du 9).
Nous pourrions ajouter à ces photographies produites par le tonnerre les vingtquatre autres cas réunis par notre confrère l'astronome A. Poey; nous pourrions rappeler avec Raspail qu'un enfant ayant été foudroyé pendant qu'il dénichait un nid sur un peuplier, garda sur sa poitrine le dessin du nid et de Voiemu: citer l'exemple de Mme Morosa, de Lugano, qui, assise près d'une fenêtre pendant ud orage, eut soudain, comme complément d'une commotion, une fleur parfaitement dessinée sur sa jambe, et qui ne s'effaça jamais ; rapporter l'histoire de ce marin foudroyé dans la rade de Zante lies Ioniennes et qui reçut sur la poitrine la photo* graphie du numéro 44 qui était attaché à l'un des agrès du bâtiment; mais nous nous bornerons à compléter ces effets étranges par celui-ci, qui impressionna tin* gulièrement à la fin de l'avant-dernier siècle.