LE TONNERRE IMPRIMEUR, DOREUR, ETC
Le 18 juillet 1689, la foadre tomba sur le clocher de Téglise Saint-Sauveur, à Lagny, et imprima sur la nappe de Tautel les paroles sacrées de la consécration, à commencer par : Quipridie quam pcUerttur,.,. jusqu^aux dernières : Hxc quoiteseumque feeeritis^ in met memoriam faeietiSj en omettant les paroles même de TEucharistie: HOC est corpus meum, et hic est sanguis meus. Ce texte était imprimé de droite à gauche. Le canon de Tautel, qui le portait, était tombé sur la nappe, et avait été reproduit, à Texception des paroles omises , qui étaient imprimées en rouge. La photographie nous aide aujourd'hui à comprendre cette reproduction partielle. Mais on conçoit qu'un tel prodige ait frappé, sous le siècle de Louis XIV, ceux qui Tont observé.
A la photographie par la foudre, nous pouvons ajouter les faits do galvanoplastie par le même agent, et de transport de métaux en plus ou moins grande quantité.
Le 25 juillet 1868, pendant un grand et magnifique orage, à Nantes, M. P..., ancien comptable, se trouvait près du pont de TErdre, sur le quai Flesselles. Comme il accélérait sa marche, il fut enveloppé par un éclair très-vif et continua son chemin sans éprouver aucun malaise. Il avait sur lui un porte-monnaie contenant deux pièces d'argent dans un compartiment, et une pièce d'or de 10 francs dans un autre compartiment. Le lendemain, en ouvrant son porte-monnaie, il fut très-surpris en trouvant à la place de la pièce d'or une pièce blanche. D'abord M. P...crut qu'il s'était trompé la veille, et avait pu donner une pièce de 10 francs pour une pièce de 50 centimes. Mais en examinant les choses de plus près, il reconnut que l'indication de la valeur était intacte. Une couche d'argent enlevée à une pièce d'un franc recouvrait les deux faces de la pièce de 10 francs. La pièce d'argent , légèrement diminuée en de certaines parties, et particulièrement sur une moustache du chef de l'État, était en ces endroits légèrement bleuâtre. M. Bobierre, chimiste, directeur de l'École supérieure de Nantes , a examiné ce phénomène et reconnu qu'il était le résultat d'une action galvanoplastique.
Comme l'exprimait ce chimiste dans une note à l'Académie à ce propos, le fait le plus curieux est que ce transport de l'argent sur une surface d'or s'est effectué à traven VenveXoppe de peau du compartiment du porte-monnaie.
En d'autres cas , on voit la foudre arriver dans une maison, suivre les dorures des corniches, des cadres, les enlever nettement pour aller dorer des objets qui n'étaient nullement destinés à recevoir cette ornementation. Le 15 mars 1773, elle parcourt, à Naples, les appartements de lord Tylnez, qui avait réception ce soir-là. Plus de cinq cents personnes étaient présentes ; sans en blesser aucune , le tonnerre enleva nettement la dorure des corniches, des baguettes des tapisseries, des fauteuils qui y touchaient et des jambages des portes 1...
Le 4 juin 1797 , la foudre tomba sur le clocher de Philippshofen , en Bohême , enleva l'or du cadran pour aller dorer le plomb de la fenêtre de la chapelle.
En 1761, elle pénétra dans l'église du collège académique de Vienne, et prit Tor de la corniche d'une colonne de l'autel pour le déposer sur une burette d'argent.
Un homme fut gravement brûlé par la foudre en 1783, en Dauphiné; les coulants d'or de sa bourse furent en partie fondus , et le métal transporté sur une des boucles de ses souliers, sous forme de perles parfaitement sphériques.
A côté de cette ingénieuse fusion de perles d'or, on peut comparer la suivante, (|ui est vraiment formidable.
Le 20 avril 1807, le tonnerre tomba sur le moulin à vent de Great-Marton, dans le Lancashire. Une grosse chaîne en fer qui servait à hisser le blé, dut être, sinon fondue, du moins considérablement ramollie. En effet, les anneaux étant tirés de haut en bas par le poids inférieur, se rejoignirent, se soudèrent, de manière qu'après le coup de foudre, la chaîne était devenue une véritable barre de fer (Arago).
Voici, par contraste, un procédé de fusion d'une délicatesse exquise, consigné par Boyle dans ses œuvres.
Deux trrands verres à boire, tout pareils, étaient l'un à côté de l'autre sur une table. La foudre arrive et se dirige si exactement sur les verres qu'il semble qu'elle a passé entre eux. Aucun cependant n'est cassé; Tun est légèrement altéré; Tautre est si fortement ployé [)ar un ramollissement instantané, qu'il pouvait à peine rester debout sur sa base.
Au mois de juillet 1783. à Campo Sampiero Castello Padouan), la foudre frappa j:n bâtiment plein de f'»in qui avait des croisées garnies de vitres, et fondit les vitres san- mettre le feu au foin.
A cnté de c^s -nbtililés. nous avons des coups monstrueux, comme ceux-ci :
Au château de ( llermont «n Beauvaisis. il y avait un mur légendaire, fonnidable, de 10 pieds dV'j»ais-eur , bâti du temps des Romains, selon la tradition, el dont le mortier, aussi dur que la pierre. [»ermeltait à peine la démolition. Un jour, dit Nollet. un «ouj» de f)udre l'citteiL^nit et y creusa instantanément un trou de 2 pi«"is de iirofondeur, el d'autant de larireur, en en rejetant les matériaux à plus de 50 pieds de dislance »'n avant.
LKan< un»' étu«le «jue j'ai inq<rimée dans le Cosmos ^ le 28 juin 1865, je relate le fait d'un p^Mipli-r f«Midu en dt-ux jjar la foudre le Ik mai précédent, à Montignysur-Loinu-, I ne moitié e-t n'sfée intacte dans toute sa hauteur. La moitié foudroyt'e a été barbée. dé< biquetéi' en menus fragments lancés jusqu'à 100 mètres de di«>lanre. Ces fra'jinmts. qui m'ont été envoyés, sont tellement desséchés el filanirnleux. qu'on les pren«lrait jdutôt pour du chanvre que pour du bois.
Le 1*^' juillet 1866. je donnais (ians la même revue la relation d'un coup de foudru analoL'ue dont j'avais reçu éiraleinent des échantillons. Le tonnerre étant tombé le 19 avril précédent sur un chêne de la forêt de Vibraye (Sarthe), avait coupé cet arbre de l'".50 de circonférence, aux deux tiers de sa hauteur, broyé les deux ti' rs inft'rieurs. dont les filaments furent semés à 50 mètres à la ronde, et planté en qut'lqne sorte le tiers supérieur ju^te à l'endroit où le tronc était primitivement. On voit facilement, sur les fragments de branches, que les couches concentriques aimuelles ont été séparées par la dessiccation subite de la sève, si bien que les lanières ne sont restées soudées ensemble que là où les nœuds ont opposé un ob^^tacle plu< «rrand à la séparati(^n.
Le 2 juillet 1871, à la ferme d'Etiefs, près Rouvres, canton d'Auberive (Haute- Marne , la iVjudre est tomb«';e sur un vieux peuplier d'Italie âgé de soixante ans, de 30 m- très de hauteur et de 3 mètres de tour à 1 mètre du sol, et lui a arraché assez de linis j.our en faire un tas de 65 centimètres de côté, et de 50 centimètres de hauteur.
\j' 13 août 1871, un violent orage s'abattit sur les environs d'Angers. Vers 9 heures 10 minutes, écrit M. A. Cheux à l'Observatoire de Montsouris, un éclair ébloni-sant rmbrasa tout le ciel à TO. S. 0., et fut immédiatement suivi d'un violent COU), dt' tonnerre, semblable à une décharge d'artillerie. La foudre venait de tomber à la Pointe commune située à 2 lieues d'Argers, au S. 0.), sur un peuplier blanc do Hollande. <lont il brisa plusieurs branches, qui furent transportées à 150 mètres environ de l'endroit foudroyé. L'écorce de cet arbre fut enlevée depuis r.iniê jusqu'au pied et éparpillée autour du peuplier. La commotion électrique fut si violente, que plusieurs personnes, qui se trouvaient dans une maison voisine de ci't arbie devant une fenêtre ouverte, furent jetées violemment au fond de lacbambn\ leurs cheveux se hérissèrent, et elles furent en proie à une vive agitation qui «lui'a plusieurs jfjui's; l'une d'elles fut complètement guérie d'une douleur dans Tépaule, qui durait depuis plusieurs mois.
\m mars 1818, à Plymouth, un sapin de plus de 100 pieds d'élévation et de Ik l»ieds do cinonf» rence, objet d'admiration dans la contrée, disparut, littéralement brisé en pièoes. Ouebpies fragments furent lancés à 250 pieds de là. Un chêne de 25 mètres de hauteur ayant été frapj»é, à Thury. le 25 août de la même année, on
Fig. 116. — Navire fendu ea deux par un coup de Uiiuierre,