‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 257 sur 269 · FEUX SAINT-ELME ET FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

FEUX SAINT-ELME ET FEUX FOLLETS

Les feux Saint-EIme sont une manifestation lente de Télectricité^ un écoulement léger et pacifique^ comme celui de Thydrogène dans un bec de gaz^ qui rayonne doucement sur les points élevés des paratonnerres^ des édifices^ des navires^ pendant les temps d'orage^ où la tension électrique terrestre est fortement sollicitée par celle des nuages.

Sénèque écrivait déjà il y a deux mille ans que pendant les violents orages on voit des étoiles se poser sur les voiles des navires. Il ajoutait que les marins en péril croient alors que les divinités bienfaisantes Castor et Pollux viennent à leur secours. On lit dans Tite Live que le javelot dont Lucius venait d*armer son fils récemment enrôlé^ jeta des flammes pendant plus de deux heures sans en être consumé. Au moment où la flotte de Lysandre sortait du port de Lampsaque pour attaquer la flotte athénienne^ les feux de Castor et Pollux allèrent se placer des deux côtés de la galère de Tamiral lacédémonien. Chez les anciens^ ces météores lumineux étaient regardés comme des présages et recueillis scrupuleusement par les historiens. Une seule flamme^ considérée comme un signe menaçant^ portait le nom d'Hélène. Les feux doubles présageaient le beau temps et d'heureuses entreprises. « Les gens de mer, dit le fils de Christophe Colomb, tiennent pour certain que le danger de la tempête est passé lorsque Saint-Elme paraît. Pendant le second voyage de Famiral, dans une nuit d*octo* bre 1 493, il tonnait et il pleuvait à verse, lorsque Saint-Elme se montra sur le mât de perroquet avec sept cierges allumés. A cette

apparition merveilleuse^ les hommes de l'équipage se répandirent en prières et en actions de grâces. » Herrera rapporte que les ma* telots de Magellan avaient les mêmes superstitions : « Pendant les grandes tempêtes^ dit-il^ Saint-Elme se montrait au sommet du mât de perroquet^ tantôt avec un cierge allumé^ tantôt avec deux. Ces apparitions étaient saluées par des acclamations et des larmes de joie. » Le passage suivant^ emprunté aux mémoires de Forbin^ présente un exemple du même phénomène avec des proportions extraordinaires. C'était en 1 696^ par le travers des Baléares. « La nuit devint tout à coup d'une obscurité profonde, ditril, avec des éclairs et des tonnerres épouvantables. Dans la crainte d'une grande tourmente dont nous étions menacés^ je fis serrer toutes les voiles. Nous vîmes sur le vaisseau plus de trente feux Saint-Ebne. Il y en avait un^ entre autres, sur le haut de la girouette du grand mât qui avait plus d'un pied et demi de hauteur. J'envoyai un matelot pour le descendre. Quand cet homme fut en haut, il cria que ce feu faisait un bruit semblable à celui de la poudre qu'on allume après l'avoir mouillée. Je lui ordonnai d'enlever la girouette et de venir; mais à peine Feut-il ôtée de sa place, que le feu la quitta et alla se poser sur le bout du grand mât, sans qu'il fut possible de Ten retirer. Il y resta assez longtemps et puis se consuma peu à peu. »

Les feux Saint-Elme se montrent le plus souvent sur les navires.

Voici quelques-unes des dernières observations faites :

Le 23 décembre 1 869, par une latitude de 46* 53' nord et une longitude de 9*55' ouest; barom. : 752; therm. : 9' 5', le paquebot V Impératrice-Eugénie relève sur son journal de bord que des grains d'une grande violence se font sentir. Des éclairs vifs et fréquents éclatent à chaque instant sur tous les points de T horizon, sans qu'on entende aucun coup de tonnerre. Dans la nuit, ces grains sont accompagnés d'une grêle abondante, et quand ils passent sur le navire, ils produisent le phénomène connu sous le nom de /Vu Saint-Elme.

Des aigrettes lumineuses, de couleur bleue et d'une hauteur d'un pied et demi environ, se montrent au-dessus des pointes des pa* ratonnerres, à chaque mât. La mâture et le gréemerit paraissent phosphorescents, et les extrémités des vagues offrent aussi des aigrettes^ mais moins belles que celles des mâts. Ces lueurs se montrent aussitôt que le grain atteint le navire. Très-brillantes quand le vent soufDe avec toute sa violence^ elles diminuent d'éclat quand il mollit^ et disparaissent avec le grain. Les parties seules de la mâture et du gréement qui reçoivent directement l'action du grain

offrent cette apparence lumineuse. On les dirait frottées avec* du phosphore. Le phénomène ne se produit pas sur les parties abritées^ si peu qu'elles le soient^ et ne descend pas au-dessous des vergues de hune^ à 30 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Plusieurs fois dans la nuit le phénomène s'est reproduit^ mais seulement pendant les grains accompagnés de grêle.

Les feux Saint-Elme se montrent également sur les clochers. Voici Tun des derniers exemples observés.

Le 2 mars 1869, ces flammes sont apparues sur Téglise de la commune de Sainte-Catherine-de-Fierbois, canton de Sainte-Mauri% arrondissement de Chinon; le tonnerre ne s*est point fait entendre pendant l'orage, et le clocher a désarmé les nuées orageuses. « Vers la fin de la tempête, et lorsque le vent était moins fort et que la pluie tombait avec moins d^abondance, écrit un correspondant de r Association scientifique, plusieurs personnes ont aperçu comme une couronne de feu autour de la croix qui surmonte le clocher de Téglise, à une hauteur d'environ 40 mètres. Un des témoins oculaires l'a considérée au moins cinq minutes il n'a pas vu commencer le phénomène}; la clarté était telle, que le clocher et sa croix se voyaient comme en plein jour; enfin la lueur est devenue presque imperceptible et s'est éteinte comme une chandelle qui est entièrement consumée et sans se déplacer. »

On a remarqué plusieurs fois les aigrettes lumineuses de l'électricité sur la flèche de Notre-Dame de Paris, pendant certains violents orages du soir en été.

Les feux Saint-Elme se montrent parfois sur Tliomme lui-même, sur ses vêtements, sur les objets qu'il tient à la main.

Jules César raconte qu'au mois de février, vers la deuxième veille de la nuit, il s'éleva subitement un nuage épais, suivi d'une pluie de pierres; et la même nuit les pointes des piques de la cinquième légion parurent s'enflammer.

Suivant Procope, un phénomène semblable apparut sur les lances et les piques des soldats de Bélisaire dans sa guerre contre les Vandales.

Tite Live dit que les piques de quelques soldats, en Sicile, el une canne que portait à la main un cavalier, en Sardaigne, panirent être en feu. Les cottes furent elles-mêmes lumineuses et brillèrent de feux nombreux.

Lorsque, en 1769, au milieu d un violent orage, de brillante^ aigrettes apparurent sur la croix du clocher de Hohen-Gebrachim . deux voisins, accourus pour éteindre le feu qui leur paraissait en-

v»liir lu cIoL*lier, fui'oat uuasi surpris qii'elTra^ôs de se voir la t£lf couverte de feu et de lunaière.

Le 8 mai 18HI, après te couclier du aoleii, loule l'Atmosplière était en feu et annonçait un violent orage; on apei^-ut à l'exti-émilé (les mâts de pavillon, à Alger, une lumït^re blanche en forme d'aigrette qui perâista pendant une demi-heure. Des officiers d'artillerie et du génie se promenaient sur lu terrasse du fortBah-Azoun; chacun, en regardant son voisin, remarqua avec étonoement que les extrémités de ses cheveu-V étaient tout hérissées

de petites aigrettes lumi- ^

oeuses. Ouand ros ofliciers levaient les mains , des aiyroltea se formaient aussi au bouille leurs doigts.

Dans (juelqui-s cas le feu Saint-Elme s'est pn'senlé sous la forme de Qammes, d'autres fois on a vu le corps du l'homme tout rajonnant de lumière.

Pejlicr el Mossard, dans les Pvrénées, ont été pluiiieurs fois enveloppés dans des foyers d'orage tellement formidables, \us de la plaine, qu'on les croyait perdus. Plusieurs fois leurs cheveux , les glands de leurs casquettes, se dressèrent et répandirent une vive lumière accompagm't!

d'un silTIeinent prononcé.

— Letestu, en I78t», resta dans scm aérostat pendant trois heure,de la nuit au milieu d'un orage; il entendait un bruit ctoui-dissant; sa nacelle s'emplissait <le neige et de grêle, les dorures de son drapeau étaient scintillantes.

Le dégagement de l'électricité du sol dans rAliiiosplièrc est purlois accompagné de phénomènes singuliers, d'une espèce de btnu' donm-menl électrique au sommet des montagnes.

M. Henri de Saussure se trouvait avec quelques touristes sur le

Kig. 2Î0. -

humiiiet «]ii pic Sariey :V200 mitres de hauteur , près de Sainl- Moritz, dans h\s Grisons, le 2^2 juin 1867, vers une heure de I apW's-inidi. L<:*s a>c»'nsiMnnistes avaient traversé une pluie de î/rp^il. et v»'nai»'nt d appuyer hnirs bâtons f^Trés contre un rocher, pour h*; dispos^-r à pivndre I^ur re[>as, lorsque M. de Saussure f'pruwv.i dans 1»- dos, aux rpaules, une douleur fort vive, comme ri'Il^' que produirait un*' tq^in^de tMifuneée lentement dans les chairs.

i /. \.\-'A. livurn r-if :♦•*- i- «Je to le contenait «Jes épinsrles. jele jttrii: \. :•• r..v tr:/'jv-r ^ -.îi-'--. J- >?!ilis qu»? l»js «Jouivurs an'jnit?ulai':nl. envar,î-~ ;:.♦. t / !•: iii-. :' :' " *:\ i m^».- a î'rj .tr».-; elles »}taient acoompa.-nées de chatouii- \' : -":.l-, i'-. i'i' "!M-r.S i'. i\j ir-? .x. c-iurue cvu\ qu'aurait pu produire une g-.itpe ■ r.i -e *• riit r.r.î.i-n-e ^:ir ina pê'i-i en me criblant «le piqûres. Otant à la ; '•!•! :ji •:: ---v'. i \ » «t /. ]- n'y 'l''.:*jjvris rien -j ji Fit de natijre à M^s^er lescl.airs. • Li ] .l- :r. j .. ['-r-ls' ::t to:j/'Ur*. [-rit alors le caraclrre d'une brùl'ire. Sans y r-'le .'.ir iri.*- tij-. j- nie îl-'urii. Siijs p-juvôir Texî'liquer. que ma chemise de l'^r.»' rt\ -i* , :'- f- i. .r.i i il- .j-.i'c i» t -r II* re-t».- «le mvs v»"'tem^nls. lorsque notre atl'[,t,.,îi î.t .'l'/.r-'- fir uîi I r:it q ii ripp-^lai* 1rs stridulations de-^ l>our-Jons. C'êt t.'.-.'.t f. - 'r- :- i-'t'.r.-. qi.i. a[t[ uyè^ ;iu pj'.lier, chantaient a.yec furce, émettant un [fil--- 'î.'îit ar! i!'j' !'• a •• l'ii 'f-].'!- L">iii!!.»ire dont l'eau est sur le point d'entrer » Il »}t< il .ti'ij. '\ }'ii '.rl'i [«'>'iViit av'.tir «Jure quatre ou cinq minutes.

- Je L'îi.f r- a i iri-!'iril qu»* ni"-- S'-r.silions douloureuses pnivenaient d'un êcou- I. iii»iit .'.'•. t:..| .' lr'--iii'-n-'' q-ii s'eil-ctuait par le soinm» t de la montagne. (Juelq ;t-^ t.'\|.-i ^-îi.' -^ i.iq.r -vl-'^'-s -:ir n J^ Liions ne lai^-êr'-nt apercevoT aucune èlln- (».'î!''. a .' ■ [;•• *.! l'A''- a;- -r- -.iable -Je jour. I!s vibraient avi*c force dans la main et n:i 1 il -.'i* i! - Ml tP'^-pr jii jn:é : qu^oi it-s tint diriirês verticalement, la pointe de 1er -'It .11 i, t .t. S'^t >n bi-. oi bi«^n IiMrizontab'iiienl, les vibrations restaient i-]«iiti i j"S. iirii> aij( iii bruit ne s'èciiap[»ait du sul.

•• L»:» i'I ' tiit ]e\< nu nn^ danst"i;lr son étrMidu»'. quoique inégalement chargé de iiia-'e-, O i.-lq ,e- niin'it'-s aiirè-. je sentis mes ceveux et les poils de ma barbe Vf dre-^'-r. •Il 111'- bii^aiit «"prouver uiir <»'ijsation analoirue à c«'lle qui résulte d'un ra-'»ir j-a^-é à -e«- -:ir d"S p<jils rai'b'S. Un j^me Français (jui m'accompagnait s'écria qifil v'iiliil <»^ dre--'T tous le- p dis de sa moustache naissante et que, du soiiiiii't d'.- -»s or-ille^. il [.artait «les courants trè-i-lurls. En élevant la main, je «-entai- d»'- tNjiiraiil- non iii<'ins pr'ii.jncés s'échapper de mes doigts. Bref, une f..rl.' ♦deLtri'ib' -é- liapjMit d»'> bâtnns, liabils, ondlb's, cheveux, et de toutes les p'irti'-- -•liila'it'"- •]•• ii'>> crfiS.

lu -«Mil l'Vip i\r t'iiiiierp' <e lit entendre vors l'ouest dans le lointain. Nous qiiilliiii'- la cime d-' la muiilagne av«-c une certaine précipitation, et nous desc€Cdiiiif- liiie C'iit'une de inètn-^. A mesure que nous avancions, nos bâtons vibraient de ni'-iii- cil m'>in> f.jrt. et nous nous arrctilmes lorsque leur son fui devenu a«^.'Z faible pour w plus être [icrcu qu'en les approchant de roreille. »

Le nuMue oljservaleur a été témoin d'un autre cas d'écoulement de rékMtricité par le sommet des montagnes, lorsqu'il visita, il y a plusieurs années^ le Nevado de Toluca, au Mexique; mais ici le phénomène avait plus d'intensité encore, comme on pouvait s'y attendre, puisqu'il se passait sous les tropiques, et à une altitude d'environ '»500 mètres.

L'écoulement de l'électricité par les rochers culminants se produit souvent par un ciel chargé de nuages bas^ enveloppant les cimes^ en passant à une faible distance au-dessus d'elles; cet écoulement soulage assez la tension électrique pour empêcher la foudre de se former.

Dans la nuit du 11 août 1854^ M. Blackwell^ stationnant sur les Grands-Mulets (altitude, 3455 mètres), le guide F. I. Couttet sortit de la cabane vers 11 heures du soir et vit les crêtes de ces montagnes tout en feu. Il parla aussitôt de son observation à ses compagnons; tous voulurent s'assurer du fait, et effectivement ils virent qu'en vertu d'un effet d'électricité produit par la tempête, chacune des saillies rocheuses des alentours semblait illuminée. Leurs vêtements étaient littéralement couverts d'étincelles, et lorsquUls levaient les bras, les doigts devenaient phosphorescents.

La neige n*est pas opposée à ces manifestations; c'est du moins un fait qui ressort des détails suivants : Le 10 juillet 1 863, M. Watson, accompagné de plusieurs autres touristes et de guides, visitait le col de la Jungfrau. La matinée avait été très-belle ; mais^ en approchant du col, la caravane fut assaillie par un fort coup de vent accompagné de grêle.

Un formidable, coup de tonnerre retentit, et, bientôt après, M. Watson entendit une espèce de sifflement qui partait de son bâton : ce bruit ressemblait à celui que fait une bouilloire dont l'eau en ébuUition chasse vivement la vapeur au dehors. On fit une halte, et Ton remarqua que les cannes ainsi que les haches dont chacun était muni émettaient un son pareil. Ces mêmes objets, enfoncés dans la neige par Tune de leurs extrémités, n'en continuèrent pas moins à produire ce singulier sifflement. Alors un des guides ôta son chapeau, en s'écriant que sa tête brûlait. En effet, ses cheveux étaient hérissés comme ceux d'une personne qu'on électrise sous l'influence d'une puissante machine, et chacun éprouva des picotements, une sensation de chaleur au visage aussi bien que sur d'autres parties du corps. Les cheveux de M. Watson se tenaient droits et raides; le voile qui garnissait le chapeau d'un autre voyageur se dressa verticalement, et l'on entendait le sifflement électrique au bout des doigts agités dans l'air.

La neige elle-même émettait un bruit analogue à celui qui se serait produit par la chute d'une vive ondée de grêle. Cependant aucune apparition de lumière ne se manifesta ; mais certainement il n'en eût pas été ainsi durant la nuit.

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