‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 3 sur 269 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

sons comme si nous étions les seuls locataires de l'inûni y les maîtres de Tunivers. Cestelle qui illumine cette voûte des doux flamboiements du crépuscule, des splendeurs ondoyantes de Taurore boréale^ des palpitations de Téclair^ des multiples phénomènes aériens. Tantôt elle nous inonde de lumière et de chaleur^ tantôt elle nous couvre d*un ciel sombre. Tantôt elle dessine des nuages de toute forme et de toute couleur, tantôt elle verse la pluie à torrents sur les campagnes altérées. Elle est le véhicule des suaves parfums qui descendent des collines, du son qui permet aux êtres vivants de communiquer entre eux, du chant des oiseaux, des soupirs de la forêt, des plaintes de la vague écumante. Sans elle, la planète serait inerte et aride, silencieuse et sans vie. Par elle le globe est peuplé d*habitants de toutes formes. Ses atomes indestructibles s*incorporent tour à tour dans les organismes vivants ; nos corps, ceux des animaux, ceux des plantes, ne sont pour ainsi dire que de Tair solidifié ; la molécule qui s*échappe de votre respiration va se fixer dans une plante, et par un long voyage revenir à d*autres corps humains ; les mêmes éléments forment successivement les êtres divers; ce que nous respirons, buvons et mangeons, a déjà été respiré, bu, mangé , des millions de fois : morts et vivants , c*est la même substance qui nous forme tous.... Quel sujet d*étude d*un intérêt plus vaste et plus direct que celui du fluide vital auquel nous devons la manière d*être et l'entretien de notre vie ?

La connaissance de TAtmosphère, de son état physique, de ses mouvements, de son œuvre dans la vie, des forces déployées dans son sein, des lois qui régissent ses phénomènesi forme une branche spéciale des connaissances humaines. Cette science, que Ton désigne depuis Aristote sous le nom de Météorologie, touche d'une

ly PRÉFACE.

restre. C'est ici une synthèse des travaux accomplis depuis un demi-siècle^ et un quart de siècle surtout ^ sur les grands phéno* mènes de la nature terrestre et les forces qui les produisent. La plupart d'entre nous^ hommes de la Terre ^ à quelque nation que nous appartenions y vivons ici-bas sans nous rendre compte de notre situation , sans nous demander quelle est la force qui prépare notre pain de chaque jour^ qui mûrit notre vin^ qui préside à la métamorphose des saisons ^ qui déploie sur nos tètes la gaieté d*un ciel pur ou la tristesse des longues pluies et des froids sombres d'hiver. Cependant^ qu'est-ce que vivre pour rester dans une telle ignorance? — J'ose espérer qu'après la lecture de cet ouvrage, on se rendra facilement compte de l'état de la vie du globe : tout ce qui' se passe autour de nous est intéressant^ lorsque^ au lieu de rester comme des aveugles-nés^ on a appris à apprécier les choses, à se tenir en communication intelligente avec la Nature.

11 m*eût été agréable d'éloigner de cet ouvrage destiné aux gens du monde les chiffres et les procédés scientifiques qui en constituent la base. Je l'ai fait autant que je l'ai pu; mais je n'ai rien voulu sacrifier à l'exactitude et à la précision des faits observés. Il m'a semblé d'ailleurs que ce qu'on appelle le public, c'est-àdire tout le monde, est devenu quelque peu scientifique lui-même, depuis que tant de belles publications ont répandu dans ses rangs des notions jusqu'alors réservées à un petit nombre d'élus. Les événements de ces dernières années, 1870 et 1871, n*ont pu avoir pour résultat de nous rendre moins sérieux. Nous ne sommes plus aussi frivoles qu'au temps où nous nous passionnions pour des romans, des comédies, ou des contes de fées, et nous paraissons mieux disposés que jamais à employer utilement le temps que nous pouvons consacrer à la lecture , à meubler notre es-

Page 1