‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 39 sur 269 · LES VOYAGES AÉRIENS · texte numérisé non relu

LES VOYAGES AÉRIENS

verae quelques kilogrammes de sable^ et Taérostat s*élève avec une majestueuse lenteur vers le ciel qui Tappelle. Pour moi^ mes in* struments installés^ je salu^ de la main notre groupe d*amis^ qui déjà se resserre et bientôt ne paraît plus qu'un point au milieu de rimmensité de Paris^ ouverte pour la première fois sous mes yeux^ avec ses tours^ ses clochers^ ses flèches^ ses édifices^ ses boulevards, ses jardins^ son fleuve.... capitale imposante dont la voix colossale monte dans l'Atmosphère comme un brouhaha gigantesque. L aérostat s'élève suivant une courbe oblique, résultant de deux forces composantes : sa force ascensionnelle d*une part^ et la vitesse du courant aérien d'autre part. Si, comme il convient à tous les points de vue, physique et esthétique^ on a soin de ne mesurer à l'aérostat qu'une légère force ascensionnelle, on voit lentement se révéler sous le regard ébloui le plus magnifique des panoramas, et lentement aussi on note les indications des instruments, qui seraient fausses sans cette précaution de leur laisser le temps nécessaire pour se mettre au degré du milieu ambiant.

Si Ion désire voguer à une faible hauteur, comme 800, 1 000 ou 1200 mètres, pour des études hygrométriques spéciales, on laisse Taérostat prendre une marche horizontale dès qu'il arrive h la couche atmosphérique de densité égale à son volume.

Si Ton désire s'élever à de grandes hauteurs, on allège Taérostat d'un lest successivement mesuré.

L'aéronaute, le météorologiste, l'astronome, qui plane ainsi dans les airs, se trouve dans la situation la plus digne d'envie pour l'homme qui veut étudier F Atmosphère. Pénétrant au sein des nues, les traversant pour constater la lumière et la chaleur qui les domine, suivant l'orage dans sa formation mystérieuse, étudiant la production de la pluie, de la neige, de la grêle, se transportant, en un mot, dans le lieu même où se passent les phénomènes à examiner, l'observateur est là seulement véritablement maître du globe, supérieur à la nature par son intelligence contemplative. En vain passera- t-on des années à imaginer des hypothèses au coin de son feu avec des livres et des appareils sous les yeux ; ici comme ailleurs, le meilleur moyen de savoir ce qui se passe, c'est d'y aller voir, comme le dit un vieux proverbe. Et certes, nulle tentative n'est plus féconde en résultats utiles.

Je ne veux point revenir ici sur un sujet largement et complètement exposé l'année dernière dans un ouvrage spécial. Le but de ce chapitre n'est pas de raconter mes voyages aériens, et les résultats scientifiques obtenus dans ces excursions se trouveront em-

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ployés d'ailleurs dans les différentes études qui composent le présent ouvrage. Il importait seulement ici d'établir la théorie générale de Tascension des aérostats^ dans ses rapports avec Fétude de TAtmosphère^ et de donner une idée de ces curieuses impres* sions de voyage.

Si les voyages aériens peuvent être fructueusement appliqués à Tétude des forces en action dans l'Atmosphère et des lois qui président à ses mouvements si multiples^ ils sont encore pour l'esprit observateur un sujet spécial d'intérêt et lui ouvrent une voie particulière de contemplation vaste et féconde. Porté dans les champs du ciel par le souille invisible des vents et par sa légèreté spécifique^ l'aérostat solitaire domine les immenses scènes ^e la nature^ les plaines terrestres où s'accomplissent les phases de l'histoire humaine. Semblable à un planisphère^ à une carte géographique déployée sur la plaine indéfinie, la terre se présente avec tous les caractères de sa topographie locale. Capitales assises au bord des fleuves, cités centrales des provinces; — villages innombrables disséminés dans la campagne, et se succédant par centaines comme ces petits châteaux dessinés en pied sur les anciennes cartes ; — coteaux brunis par la vigne, sillons dorés par lea blés, verdoyantes prairies, bois où gazouillent les oiseaux chanteurs, monts sourcilleux au crâne couvert de noires forêts, ruisseaux émaillés et longs fleuves descendant aux mers lointaines : toutes les beautés, souriantes bu sévères, des paysages et des perspectives se succèdent lentement sous Toeil charmé de l'aéronaute, qui, sans éprouver la secousse la plus légère, plane comme dans un rêve jusqu'au moment où il met pied à terre sur ce sol qu'il vient de contempler du haut des airs.

Une impression moins puissante, mais cependant de même ordre, nous frappe dans les ascensions de montagnes.

La pureté chimique de Tair supérieur, ses qualités vives et apéritives, la variation de la pression atmosphérique, sont des éléments physiques qu'il faut faire intervenir pour expliquer l'influence favorable du séjour des altitudes modérées. Quant à l'action toute morale que peut exercer sur les organisations impressionnables la contemplation des montagnes, où la nature a versé à flots ce mélange du gracieux et du terrible avec lequel elle atteint si aisément le pittoresque, personne ne saurait la nier.

« C'est, dit J. J. Rousseau, une impression générale qu'éprouvent tous les hommes, quoiqu'ils ne robser\ent pas tous, que sur les montagnes, où Tair est plus pur et plus subtil, on se sent plus

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de focilîté dans la respiration, plus de légèreté daas le corps, plus de sérénité dans l'eaprit ; les plaisirs y sont moins ardents, les passioDs plus modérées. Les méditations prennent je ne sais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel. Il semble qu'en sélevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les seQtiments bas et terrestres, et qu'à mesure qu'on approche des

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régions éthérées, l'âme contracte quelque chose de leur inaltérahk' pureté. On y est grave sans mélancolie, paisible sans indolence, coûtent d'être et de penser. Je doute qu'aucune agitation violente, aucune maladie de vapeurs, put tenir contre un pareil séjour prolongé, et je suis surpris que des bains de l'air salutaire des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine. »

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Cependant, il est nécessaire de remarquer ici qu*au delà des altitudes modérées Torganisme humain peut subir une influence funeste du changement de pression atmosphérique de la sécheresse de Tair et du froid.

Les troubles physiologiques et les malaises qu*on ressent à de grandes hauteurs sont connus depuis fort longtemps. Dès le quinzième siècle^ ils furent observés et décrits par Da Costa sous le nom de mal de montagne. Plus tard^ tous les ascensionnistes^ soit dans les Alpes^ soit dans les Ândes^ ou dans THimalaya^ soit en aérostat^ notèrent ces perturbations singulières de Torganisme et émirent des théories plus ou moins rationnelles pour les expliquer. La principale cause évoquée depuis de Saussure était tout simplement la raréfaction de Tair; mais par quelle série d*actions et de réactions cette raréfaction agit-elle sur le corps humain? c*est ce qu*il était difficile de bien comprendre.

En 1804^ Gay-Lussac et Biot parvinrent en ballon jusqu'à une hauteur de 4000 mètres. Le pouls de Gay-Lussac s'était alors élevé de 62 pulsations par minute à 80; celui de Biot de 79 à lit. Dans la mémorable ascension du 17 juillet 1862^ MM. Glaisher et Coxwell atteignirent l'énorme élévation de H 000 mètres. Avant le départ^ le pouls de M. Coxwell était à 74 pulsations par minute; celui de Glaisher à 70. A 5200 mètres, le premier comptait 100 pulsations, le second 84. A 5800 mètres, les mains et les lèvres de Glaisher étaient toutes bleues, mais non la figure. A C400 mètres, il entendit les battements de son cœur, et sa respiration était très-gênée; à 8850.mètres, il tomba sans connaissance et ne revint à lui que lorsque le ballon fut revenu au même niveau. A 11 000 mètres, son aéronaute ne put plus se servir de ses mains et dut tirer la corde de la soupape avec les dents I Quelques minutes de plus il perdait connaissance et probablement aussi la vie. La température de l'air h ce moment était de 32 degrés audessous de zéro. Dans les aérostats, toutefois, l'observateur reste immobile, il dépense peu ou point de forces, et peut ainsi atteindre de grandes hauteurs avant d'éprouver les troubles qui arrêtent bien plus bas celui qui s'élève par la seule puissance de ses muscles sur les flancs d'une haute montagne.

De Saussure, dans son ascension au mont Blanc, le 2 août 1 787, a rendu compte des malaises que ses compagnons et lui-même éprouvaient déjà à une altitude assez peu élevée. Ainsi, à 3890 mètres, sur le Petit-Plateau où il passa la nuit, les guides robustes qui l'accompagnaient, pour lesquels quelques heures de marche

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