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LES HAUTEUBS DE L'AIR

antérieures n'étaient absolument rien^ n'avaient pas soulevé cinq ou six pelletées déneige pour établir la tente^ qu'ils se trouvaient dans Timpossibilité. de continuer; il fallait qu'ils se relayassent à chaque instant; plusieurs même se trouvèrent mal et furent obligés de s'étendre sur la neige pour ne pas perdre connaissance. « Le iendemain^ dit de Saussure, en montant la dernière pente qui mène au sommet, j'étais obligé de reprendre haleine à tous les quinze ou seize pas; je le faisais le plus souvent debout, appuyé sur mon bâton; mais à peu près de trois fois l'une il fallait m'asseoir, ce besoin de repos étant absolument invincible. Si j'essayais de le surmonter, mes jambes me refusaient leur service; je sentais un commencement de défaillance et j'étais saisi par des éblouissements tout à fait indépendants de l'action de la lumière, puisque le crêpe double qui me couvrait le visage me garantissait parfaitement les yeux. Comme c'était avec un vif regret que je voyais ainsi passer le temps que j'espérais consacrer sur la cime a mes eipériences, je fis diverses épreuves pour abréger ces repos : j'essayai, par exemple, de ne point aller au terme de mes forces et de marrèter un instant à tous les quatre ou cinq pas; mais je n'y {^gnais rien, j'étais obligé au bout de quinze ou seize pas de prendre un repos aussi long que si je les avais faits de suite; le plus grand malaise ne se fait même sentir que huit à dix secondes après qu'on a cessé de marcher. La seule chose qui me fît du bien et qui augmentât mes forces, c'était l'air frais du vent du nord; lorsqu'on montant j'avais le visage tourné de ce côté et que '\avalais à grands traits l'air qui en venait, je pouvais sans m'arr^ter faire jusqu'à vingt-cinq ou vingt-six pas. »

Bravais, Martins et Le Pileur, dans leur célèbre expédition au mont Blanc, en 184'f, éprouvèrent et étudièrent les mêmes phénomènes sur le Grand-Plateau ; en déblayant la tente en partie recouverte de neige, les guides s'arrêtaient à chaque instant pour respirer. Un secret malaise, dit Charles Martins, se traduisait sur toutes les physionomies, l'appétit était nul. Le plus fort, le plus grand, le plus vaillant des guides, s'affaissa sur la neige, et faillit tomber en syncope pendant que le docteur Le Pileur lui tâtait le pouls. Tout près du sommet. Bravais voulut savoir combien de temps il pourrait marcher en montant le plus vite possible : il sarrèta au trente-deuxième pas sans pouvoir en faire un de plus.

Tous les malaises éprouvés par les savants dont nous venons de parler et par beaucoup d'autres voyageurs, à de grandes élévations, ont été classés dans le tableau suivant :

1S8 ASCENSIONS AÊRONAUTIQUES.

Respiration. — La respiration est accélérée^ gènée^ laborieuse ; on éprouve une dyspnée extrême au moindre mouvement.

Circulation. — La plupart des voyageurs OQt noté des palpitations^ laccélération du pouls^ les battements des carotides^ une sensation de plénitude des vaisseaux^ parfois Timminence de suffocation^ des hémorrbagies diverses.

Innervation. — Céphalalgie très-douleureuse^ somnolence parfois irrésistible^ hébétude des sens^ affaiblissement de la mémoire, prostration morale.

Digestion. — Soif, vif désir des boissons froides, sécheresse de la langue, inappétence pour les aliments solides, nausées, éructations.

Fofictions de la locomotion. — Douleurs plus ou moins fortes dans les genoux, dans les jambes; la marche est fatigante et amène un épuisement rapide des forces.'

Ces troubles ne sont pas réguliers, ils n'arrivent pas tous en même temps et dépendent évidemment beaucoup des forces de Tàge, de Taccoutumance, des efforts antérieurs, etc. Ces malaises semblent éprouver avec plus d*intensité les voyageurs dans les Alpes que dans d'autres régions du globe. Ainsi, au grand Saint- Bernard, dont le couvent ne se trouva qu'à 2474 mètres d'altitude, la plupart des religieux deviennent asthmatiques. Us sont obligés de redescendre souvent dans la vallée du Rhône pour se remettre, et au bout de dix à douze ans de service ils sont forces de quitter le couvent pour toujours sous peine d'y devenir complètement infirmes, et cependant dans les Andes et le Thibet il y a des cités entières où tout le monde peut jouir d'une santé aussi bonne que partout ailleurs. « Quand on a vu, dit Boussingault, le mouvement qui a lieu dans les villes comme Bogota, Micuipampa, Potosi, etc., qui atteignent 2G00 à -'lOOO mètres de hauteur; quand on a été témoin de la force et de l'agilité des toréadors dans un combat de taureaux à Quito, à 2908 mètres; quand on a vu des femmes jeunes et délicates se livrer à la danse pendant des nuits entières dans des localités presque aussi élevées que le mont Blanc, là où Saussure trouvait à peine assez de force pour consulter ses instruments, et où ses vigoureux montagnards tombaient en défaillance; quand on se souvient qu'un combat célèbre, celui du Pi* chincha, s'est donné à une hauteur peu différente de celle du mont Rose (4G00 mètres), on accordera que l'homme peut s^accoutumer à respirer l'air raréfié des plus hautes montagnes. »

Le même météorologiste pense aussi que sur les vastes champs de neige les malaises sont augmentés par un dégagement d'air vicié

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