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LES HAUTEURS DE L'AIR

Les plus hautes montagnes du globe sont :

Asie : Le Gaurisankar, ou mont Everest (Himalaya) .... 8840 mètres.

Le Kanchinjinga [Sikkim, id.) 8582 —

Le Dhaulagiri (Népal, id.) 8176 —

Le Juwahir (Kemaou, id.j 7824 —

Choomalari (Thibet, id.) 7298 —

Amérique : L'Acocaga (Chili) 6834 —

Le Sahama (Pérou) 6812 —

Le Cbimborazo (répub. de TÉquateur) 6530 —

Le Sorota (Bolivie) 6487 —

Afrique : Le Kilimanjaro. 6096 —

Le mont Woso (Ethiopie) 5060 —

Océanie : Le Mqwnna^Roa, volcan (Ile Sandwich) 4838 —

Europe : Le mont Blanc 4815 —

Le mont Rose 4636 —

Ce sont naturellement les oiseaux qui représentent la population des plus hautes altitudes. Dans les Andes^ le condor; dans les Alpes, laigle et le vautour peuvent planer au-dessus des cimes les plus élevées; ces animaux^ organisés pour les plus longs voyages, sont les grands voiliers de l'océan atmosphérique^ de même que les pétrels et les géantes hirondelles de mer sont les grands voiliers de T Atlantique. Le choucas, cette espèce de corbeau d'un noir intense^ qui a le bec jaune et les pattes d'un rouge vif, n'atteint pas de si grandes élévations dans l'Atmosphère, mais il est par excellence l'oiseau des hautes cimes, celui de la région des neiges et des pitons stériles. On le rencontre au sommet du mont Rose et au col du Géant, à plus de 3500 mètres.

Il est des oiseaux plus gracieux qui résident aussi dans la région des frimas et en animent quelque peu l'immobile et triste paysage. Le pinson de neige affectionne tellement cette froide patrie qu'il descend rarement jusqu'à la zone des bois. Vaccenleur des Alpes le suit à ces grandes élévations; il préfère la région pierreuse et stérile qui sépare la zone de la végétation de celle de» neiges perpétuelles; les uns et les autres s'avancent parfois à la poursuite des insectes jusqu'à 3400 ou 3500 mètres de haut.

Notre planche représente la série des principales espèces d'oiseaux suivant la hauteur maximum de leur vol.

La terre a ses oiseaux comme l'air. Certaines espèces ne se servent de leurs ailes que quelques instants et quand la marche leur devient tout à fait impossible; tels sont les gallinacés. La région des neiges a son espèce propre, comme elle a ses passereaux caractéristiques. Le lagopède ou poule de neige se rencontre en Islande comme en Suisse. Il s'élève bien au-dessus des frimas perpétuels

et reste cantonné à ces altitudes glacées; il aime tant la neige^ qu'aux approches de Tété il remonte pour la trouver; il y niche^ et s*y roule avec délices. Quelques lichens^ des graines apportées par les airs suffisent à sa nourriture; il fait la chasse aux insectes^ dont il nourrit ses poussins.

Les insectes sont^ en effets les seuls animaux qui pullulent encore dans ces régions déshéritées : c'est une nouvelle analogie avec les contrées polaires. C'est également la classe des coléoptères qui prédomine dans les hautes régions des Alpes; ils atteignent, sur le versant méridional, 3000 mètres, et 2400 sur le versant opposé. Leurs ailes sont si courtes qu'ils semblent en être dépourvus; on dirait que la nature a voulu les mettre à Tabri des grands courants d'air qui les entraîneraient infailliblement si leurs voiles n'eussent été en quelque sorte carguées. En effet, on rencontre quelquefois d'autres insectes, des névroptères et des papillons, que les vents enlèvent jusqu'à ces hauteurs, et qui vont se perdre au milieu des neiges. Les névés, les mers de glace sont couvertes de victimes qui ont ainsi péri. Cependant il est certaines espèces qui paraissent se porter librement jusqu'à des hauteurs de 4000 ou 5000 mètres. Dans mes voyages aériens, j'ai rencontré des papillons à des hauteurs où ne se montraient pas les oiseaux de nos latitudes, et au delà de 3000 mètres au-dessus du sol. M. J. D. Hooker en a observé au mont Momay, à une altitude de plus de 5400 mètres.

Tel est le tableau de la vie animale dans ces zones alpestres où la faune se réduit graduellement pour ne plus laisser place qu'à la solitude et à la désolation. Au delà du dernier étage de la végétation, au delà de l'extrême région qu'atteignent les insecles et les mammifères, tout devient silencieux et inhabité; toutefois Tair est encore plein d'infusoires, d'animalcules microscopiques, que le vent soulève comme de la poussière, et qui sont disséminés jus qu'à um» hauteur inconnue. Ce sont, dit Alfred Maury, des germes nageant dans l'espace, qui attendent, pour se fixer et devenir le point de dépari d'une faune nouvelle, Tapparition d'un autre soulèvement, d'un nouvel exhaussement du globe.

Nous nous occuperons, dans le troisième Livre, des glaciers et du rôle des montagnes dans la météorologie. Il était important ici de terminer ce premier Livre, sur le Iluidc vital, par TexauieD de la diminution de la vie avec la hauteur. — Nous arrivons maintenant à l'étude de la Lumièi'e et des merveilleux phénomènes optiques de l'air.

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