‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 52 sur 269 · LE COUCHER DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LE COUCHER DU SOLEIL

entendus par Tesprit solitaire en ces moments où les silences de la nature sont si pleins d éloquence I

Cest un spectacle admiré depuis longtemps que celui de Tilluminaiion des Alpes. L'une de ses manifestations les plus éclatantes est certaiBcment celle qui se produit sur le massif du Mont-Blanc tu de Genève.

Le soleil^ depuis le moment du contact de son bord inférieur avec lacrète du Jura jusqu'à la disparition totale de son bord supérieur^ prend en moyenne 3 minutes 1 5 secondes pour se coucher à Genève, au moins 3 minutes^ au plus 3 minutes et demie. Une fois l'astre disparu^ le ciel^ à Touest^ s*il est pur^ reste brillant d'une vive lumière blanche^ ou seulement légèrement teinté d'une nuance jaonàtre. S'il y a des nuages épars^ leurs bords encore éclairés se colorent vivement en jaune d'or^ ou en orangé^ ou en rouge; mais le ciel lui-même^ dans leurs intervalles^ ne participe point encore à ces vives couleurs^ et reste blanc sans éprouver de changement notable^ sauf une diminution dans l'intensité de la lumière.

L'ombre monte rapidement sur le flanc des chaînes^ dit Necker de Saussare^ dans une excellente description de cet effet crépusculaire; la chaleur des teintes s'évanouit; une nuance sombre^ uniforme et terne la remplace^ et c'est par ce passage rapide d'un état à un autre aussi différent^ que 1 on peut apprécier avec certitude^ pour chaque lieu^ le moment précis où son éclairement doit cesser. Cette extension progressive du domaine de l'ombre est accompagnée d'une augmentation apparente dans l'éclat^ la vivacité et la coloration des parties encore éclairées^ produite par le contraste. Alors les neiges des montagnes éloignées et éclairées ont une couleur d'un jaune orangé vif^ et les rochers de ces montagnes ont une teinte plutôt d'un orangé rougeâtre. Lorsque les contreforts inférieurs des Âlpes^ au-dessous des neiges éternelles^ sont entièrement dans l'ombre^ les rochers^ et surtout les neiges de la chaîne centrale^ prennent un ton de couleur toujours plus intense et plus rouge; sur les neiges^ c'est un rouge aurore; sur les rochers^ une teinte analogue^ mais un peu grisâtre. Pénétrés^ comme ils le sont tous^ neiges et rochers^ par cette même clarté^ leur contraste n'est point sec^ point trop frappant; mais leurs diverses nuances s'harmonisent ensemble de la manière la plus agréable à l'œil. La partie du ciel sur laquelle se projettent ces montagnes, et qui s'élève de 3 à 4 degrés au-dessus de l'horizon, a déjà une teinte l^èrement rougeâtre^ et qui, dès lors, va toujours en augmentant d'intensité et de rougeur.

Environ 23 ou 24 minutes après le coucher du soleil^ lombre a atteint la plus basse cime neipée de la chaîne centrale, le dùme de neige du Buet, élevé de 3075 mètres, et éloigné de Genève de 12 lieues; 3 minutes après, ou 27 minutes après le coucher, elle atteint le sommet de l'Aiguille-Verte à 4080 mètres de hauteur, absolue. C'est alors que le Mont-Blanc, qui reste seul éclairé lorsque tout le reste de la surface de la terre est plonfjé dans Tomhre, paraît briller de la plus vive lumière d un rouge orangé, et, dans cerUiines circonstances, d'un rouge de feu comme un charbon ardent. On cmit voir alors un corps étranger a la terre*. Une minute plus tard, le Dôme-du-Goûter, qui en fait partie, est obscurci; et enCn, environ 29 minutes après que le soleil s'est couché pour la plaine, il se couche pour le sommet du Mont-Blanc, placé à 4815 mètres de hauteur absolue, et éloigné de nous de 15 lieues.

A parlir du moment où l'ombre a recouvert les cimes neigées, on commençant par le Buet, un changement frappant s'est opéré dans rasjH»ct de chacune d'elles, à mesure qu'elle s'obscurcissait. Ces couleurs si brillantes et si chaudes, cet effet si harmonieux d'éolairtMnent et de coloration qui confondait les neiges et les roohers dans une même teinte aurore dont ils ne présentaient que de simples nuances, tout s'est é\anoui pour faire place à un aî>j>eet que l'on peut nommer \raimenl cadavéreux; car rien n'appiHH'he plus du contraste entre la vie et la mort sur la figure humaine« que ce |Kiss;ige de la lumière du jour à l'ombre de la nuit sur ces hautes montagnes de neiees. Alors les neiires s^mt dt»venues d'un Idanc terne et livide, les bandes et les pointes des rochers qui les tnixeî'SvMit ou qui en sortent ont pris des teintes grises ou bleuàlivs, CvUUnistant durement avec le blanc mat des neigv*s. Tout effet a avs<'\ tout rolief a disparu: plus decontiasted*onibi*e et declair, plus de contours arn>ndis: la montagne sest aplatie et parait comme ua mur \erlical. Le to:i génénil de la couleur est devenu aussi n\nd et aassi rud.* quil ttait chaud et \if au|Kara\ani.

C'est ce passage si rapide à deux elat:* si dîlTerents qui rend depuis lir.::.emps le couoher du ^^^!eil sur l*immease masse ueitîi'C dj Mont-Ktanc un s|KVt:icle ^i iuU'ivssaat, non-seulement pour h'-i t Iraa^rrs. mais niéme poi.r ^« ii\ ijui. ucs au pied de ct*tle numla^ui\ et qu une longue liabîuuie {vuMitrait a\oir dû ac.Mmlum»»r à iv*te \Uv\ ne se lass«*nl ct*|K*:;dant jkis de I a.lîuirt*r. Mais un tn>i>ieme t*:at d.» lumicrt* \a surctsler qui ai.»ijlo e:ir.»re à lintérèl il»* c.**.le e'Kiteînplaîi*»n.

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