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L'ILLUMINATION DES ALPES

La partie du ciel voisine de ces monts^ et sur laquelle ils se projettent^ que nous avons déjà observée avec une teinte rougeâtre^ a pris^ depuis la décoloration et Tobscurcissement des montagnes^ un éclat toujours plus vif et une couleur toujours plus rouge. Si Ton continue à Tobserver attentivement^ on voit, une ou deux minutes après que la lumière a disparu du haut Mont-Blanc^ paraître, dans la partie inférieure de ce ciel rouge, une zone horizontale obscure, bleue, d*abord très-étroite, mais qui augmente rapidement de hauteur et semble chasser en haut les vapeurs rouges dont elle prend la place. Cette bande, c'est Tombre qui recouvre les régions les plus élevées de latmosphère des contrées situées au loin derrière le Mont-Blanc.

Lorsque la zone horizontale bleue a dépassé le sommet du Mont- Blanc, soit lorsqu'il s'est écoulé en moyenne 33 minutes depuis que le soleil s'est couché pour la plaine, alors on voit les neiges se colorer de nouveau, recouvrer en quelque sorte la vie, les montagnes reprendre du relief, un ton chaud, une teinte orangée, quoique bien plus faible qu'avant le coucher du soleil; on voit les contrastes entre les rochers et les neiges disparaître, les premiers prendre une couleur plus chaude et plus jaune, et s'harmoniser de nouveau avec les neiges. Peu à peu, ce même effet se produit sur des montagnes plus rapprochées, et se garde jusqu'à la nuit close.

La réflexion de la lumière sur les molécules atmosphériques, qui constitue la douce et variable clarté répandue dans l'espace aérien, offre à toutes nos heures un théâtre de contemplation sans cesse renouvelé, car elle donne au monde terrestre sa plus éclatante parure et sa beauté la plus profonde. Les planètes dépourvues d'atmosphère ne connaissent point cette richesse. Mais nous passons ordinairement insensibles devant les plus magnifiques spectacles, sans laisser bercer notre pensée dans les ravissements offerts à chaque instant par la contemplation de notre monde. . Au sein des cités populeuses elles-mêmes, parmi les murs vulgaires et les rues droites des villes, il y a parfois de magnifiques effets de lumière, à deux pas des boulevards, là où l'homme n'en chercherait point, tant la nature est féconde et généreuse dans la distribution de ses richesses. J'ai parfois ressenti à Paris les mêmes impressions que dans les Alpes ou dans les nues. QaeI(}uefois, en traversant la Seine, malgré les omnibus vulgaires et les passants affairés, l'œil est attiré par un rayonnement lointain du soleil qui

projette derrière les édifices des lueurs rouges palpitantes. Certains aspects ne peuvent manquer de fixer le regard. Le promeneur qui s'égare sur les bords de la Seine^ à Test ' de la ville bruyante^ sur ces quais solitaires qui avoisinent^ par exemple^ Tembouchure du canal^ voit^ au couchant^ devant lui^ sortant des flots^ la haute^ imposante et sombre silhouette de Notre-Dame^ dont les tours carrées dominent royalement Tespace et dont la flèche perce le ciel. Il voit^ plus au sud^ exaltée des mille toits de la montagne Sainte- Geneviève^ la coupole du Panthéon portée sur sa colonnade^ élevant dans Tair son dôme païen qui rappelle Rome polythéiste. 'Le fleuve lent roule ses flots vers la basilique chrétienne^ qu'il enserre dans son ile^ et^ d'heure en heure^ lentement transporte ses eaux, toujours renouvelées^ vers le couchant^ vers la mer où tout s'engloutit. Il est difiicile de contempler ce panorama de Paris dans la lumière du soir, sans remarquer quelle grâce et quelle douceur répand sur toutes choses la clarté atmosphérique, dont le fluide éthéré baigne, en les caressant, les contours des vieux édifices. Il n'y a cependant, dans ce simple panorama, que deux grands objets frappants : Téglise du moyen âge avec ses souvenirs historiques ; le monument de la patrie avec son symbole non encore réalisé ; mais ce revêtement général de la lumière atmosphérique, ces flots vaguement suivis par l'œil et la pensée jusqu'au Louvre, le silence de ces régions, et même le bruit monotone d^une écluse, tout cet ensemble donne, à Paris même, pour ceux qui savent le voir, un spectacle émouvant de la nature, fécond en pensées sur la durée des édifices humains en contraste avec Téphémère durée de notre vie qui, semblable à ces molécules d'eau du fleuve, ne fait que descendre incessamment vers la mort.

Le soleil couchant est presque toujours accompagné de ces nuages que nous distinguerons plus loin sous le nom de cumuhcirri, et qui nous donnent à Paris, sur le pont des Arts et vers l'occident, ces aspects du ciel célèbres par leur beauté. A cause de la courbure de la terre, les nuages de la mer que nous apercevons de Paris sont élevés de 3 kilomètres au-dessus de l'Océan, et sont formés de glace et de neige, même au mois de juillet; ce sont les plus élevés de ces nuages, ou ceux que le vent apporte vers nous, qui produisent ces figures si variées de montagnes, de poissons, d'animaux et d'êtres fantastiques que l'on contemple agréablement le soir sur un fond éclatant et enrichi de toutes les teintes que donne la diffraction de la lumière.

Aux méditations précédentes nous pouvons ajouter une remarque

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