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CHAPITRE III

La paix profonde descend des cieux^ et dans le lointain s éNu- Douissent les derniers bruits du jour. La nature se tait dans un attentif recueillement. Les avenues sombres du bois ne sont plus éclairées que par une vague clarté répandue dans Tatmosphère du crépuscule. Le rossignol chante au ciel sa tendre et infatigable chanson d'amour^ qui résonne dans les solitudes et s*envble en perles limpides. Un souffle parfumé caresse les collines, et la transparence du ciel ne laisse encore briller dans sa pénombre que Vénus au couchant et Jupiter sur nos tètes. C*est Theure^ charmante entre toutes^ où les forces mystérieuses de la nature semblent s'endormir en invitant aux expansions intimes le jeune coeur gonflé d*une sève ardente, en qui s*éveille laspiration vers le beau, vers le grand, vers Tidéal. Le monde paraît un instant transformé. Plus de bruit, plus d'agitation, plus de travail guerroyant et tempétueux entre les êtres. L*océan devient lac, et les paysages développent dans une tranquille douceur le sentier des promenades solitaires. 0 nuit pensive et silencieuse, dont les vastes ailes apportent sur leur passage la rêverie ondoyante et l'oubli des préoccupations matérielles, quelle reconnaissance ne vous doivent pas les âmes que vous avez bercées dans les ravissements du ciel! C!ombien de tendresses profondes et sacrées se sont communiquées et fondues ensemble sous la discrète influence de vos ombres protectrices ! Et aussi combien de peines et de douleurs le sommeil n*est-il pas venu suspendre en les assoupissant ? Combien de fatigues n*a-t-il pas fait évanouir, combien de désespoirs n*a-t-il pas su remplacer par les bien-

faits du repos et par les promesses inattendues de la joyeuse espérance?

J'aime avec passion la Nuit sublime, qui possède la singulière puissance de substituer ainsi le monde de la pensée intime au monde de la lourde matière, et d'ouvrir le panorama des cieui au regard contemplateur ambitieuiL de connaître les autres mondes, invisibles pendant la lumière des jours. Mais la réflexion qui me frappe le plus fortement ici, c'est de songer que pour produire cette étonnante transformation sur la terre, la natuni n'a qu'à élever l'horizon au-dessus du lieu du soleil, et que pu> cette seule inflexion de la sphère le monde moral subit une métamorphose non moins complète que celle du monde physique. Ce qui me frappe d'étonnement, c'est surtout de voir que pen-

dant la nuit silencieuse amenée par la rotation du globe, les forces incessantes de l'univers continuent d'agir, d'emporter notre globe dans le vide du désert éternel, — de le mener avec l'énergie de la sévère puissance attractive à travers les mulUples mouvements dont il est le jouet, — de lui faire parcourir 27 501)

lieues par heure tandis que nous dormons ou rêvons dans le

bercement maternel de la nuit si douce et si tranquille.

Quel contraste ! quelle merveilleuse opposition, entre l'exquise sérénité d'une nuit limpide, et la force colossale qui, tout en produisant cet effet, emporte la Terre dans l'espace aveugle avec une vitesse vertigineuse I

Pendant une nuit de huit heures notre planète a traversé dans l'immensité une étendue de 220 000 lieues ! Chaque point de sa surface, emporté d'ailleurs de l'ouest à l'est par la rotation diurne, a parcouru le tiers de la circonférence de sa latitude. Or pendant cette durée, le contemplateur a pu suivre lentement le

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