‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 56 sur 269 · CLAIR DE LUNE · texte numérisé non relu

CLAIR DE LUNE

mouvement apparent insensible de la sphère étoilée sur sa tète^ et étudier le ciel extérieur^ grâce à la transparence de TAtmosphère.

La voûte étoilée de la nuit n'existe pas plus que la voûte bleue du jour. Elles sont causées Tune et Tautre par une même pro* priété de Tair^ agissant en sens contraire. L'enveloppe atmosphérique est, en effet, assez transparente, pour que les étoiles lointaines soient visibles au travers; et elle ne l'est pas absolument, car dans ce cas le ciel serait noir, incolore, au lieu d'offrir ce voile aérien azuré et fluidique qui est formé par la réflexion de la lumière sur les molécules aériennes non absolument transparentes.

Au sein de l'univers étoile, «notre œil rapporte vaguement à une voûte fictive dont il est le centre tous les points lumineux disséminés dans l'espace ; la sphère céleste au milieu de laquelle on suppose la Terre est née à la fois de la propension où nous sommes de rapporter tous ces points extérieurs à une même surface courbe, à une même distance, et de la nécessité où l'on s'est vu de tracer les constellations et de les nommer pour les reconnaître. Mais en réalité les étoiles — qui sont autant de soleils — sont à des diskmces très-diverses au delà de la prétendue voûte étoilée. On peut en sentir un exemple en observant que le ciel couvert des nuages qui donnent la pluie n'est pas à plus de 1500 mètres de hauteur (souvent moins), et que de ces nuages à la Lune il y a 256 000 fois cette étape; et en remarquant encore que la Lune, située à 96 000 lieues d'ici, n'est qu'à la milliomhne partie de la distance qui nous sépare de l'étoile la plus rapprochée (a du Centaure), et que les étoiles qui nous semblent voisines sont situées les unes derrière les autres à des éloignements tels que de l'une à Tautre chaque distance encore est plus grande que celle que je viens de nommer !

Les philosophes de l'antiquité avaient admis la réalité de la voûte céleste ; pour un grand nombre les étoiles n'étaient que des clous d'or, et les aérolithes des pierres détachées du firmament. En brisant le cristal des cieux, Copernic et Galilée ont développé l'univers à sa véritable valeur.

Nous verrons plus loin quel caractère joue la nuit au point de vue météorologique, en laissant perdre dans l'espace une partie de la chaleur acquise pendant le jour. Bientôt même nous aurons lieu de nous entretenir de certains phénomènes propres à la nuit, tels que les bolides, les étoiles filantes, la lumière zodia-

cale. Dans ce chapitre^ qui ne considère la nuit qu'au point de vue de la succession causée dans la distribution de la lumièn» par la rotation du globe, nous pouvons, après les étoiles, nous souvenir de la présence de la lune et du charme de sa luniière nocturne.

Aussi bien au point de vue de la science qu à celui de l'art, la clarté répandue par la lune sur notre atmosphère mériterait une étude spéciale à cause de la variété qu'elle présente selon les climats.

C*est aux régions polaires qu'il faudrait nous transporter pour avoir une vue complète d'une longue nuit glacée, illuminée delà pâle clarté lunaire. Là, pendant cette nuit hibernale d'une demiannée, la lune se lève une fois par mois, et elle reste quinze jours au-dessus de l'horizon. La phase du lever est celle du premier quartier. Après son apparition, l'astre s'élève peu à peu en décrivant, pendant la moitié de la durée de sa présence, sept tours et demi autour de l'horizon. En même temps la phase augmente. Au bout de cet intervalle, arrive enfin la pleine lune, et le globe lunaire posède sa hauteur maximum, laquelle ne dépasse jamais 29*. Il redescend alors en faisant encore une fois se])! tours et demi de sphère autour de l'horizon, et au dernier quartier la lune se couche et disparaît pour quinze jours. Ce loni^' séjour de la lune sur 1 horizon des pôles s'explique par rinclinaison de la Terre sur le plan de son orbite, dont nous nous occuperons bientôt à propos des saisons et de la variation des jours et des nuits.

En venant vers n<»s latitudes tempérées, on voit la lune se lever et se coucher tous les jours. En même temps elle atteint des hauteurs de plus en plus grandes au-dessus de Thorizon.

La longue illumination des nuits polaires offre pour nous un caractère fantastique et bizarre. Les pâles refl.^ls de la lune, dil M. Liais, s'y répandent sur l'épaisse couche de neige qui couvre et dissimule le soi, et les tlancs parfois abrupts de masses gigantesques de glace varient seules 1 uniformité de ce spectacle avec leurs stalactites aux formes bizarres, tantôt délicates et simulant les dentelles de nos monuments gothiques, tantôt reproduisant leurs aunes de colonnades. De beaux effets de lumière attirent toutefois le rciranl au milieu de celte nature morte et désolée. Fréquemment de petits cristaux de glac.^ Qottant dans l'atmosphère donnent lieu à de grands cercles blancs entourant la lune, et à Tiramense '\'ariété des arcs, des halos et parasélènes, dont nous |Kirlerons plus loin. Sou\enl même li faible lueur de Tastre ne

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peut arriver à éteindre les brillants reflets de l'aurore boréale doDl les rayons et les arcs alors affaiblis se joignent aux cercles blaocs on colorés produits par la lumière de la lune traversant les cristaux atmosphériques. Ailleurs, sur le sol, des aiguilles de glace situées dans l'ombre réfléchissent comme une lueur pâle et pAoephorescente les neiges éclairées, ou bien les stalactites de cristal exposées à l'action directe des rayons lunaires en multiplient l'image. Si, dans nos climats, nous n'avons point ces spectacles, par compensation, notre été nous donne des nuits chaudes et agréables où la présence de la lune éclairant des campagnes cou- Tertes de vie, où les rayons de cet astre se jouant dans le feuillage des arbres répandent sur une nature fraîche et animée une ■orte de douce mélancolie invitant à la pensée et à la méditation. Nos clairs de lune, dans nos régions tempérées, offrent un charme tout particulier; comme le disait Ossian, ils sont^ le divin accompagnement des nuits solitaires, voilées par les nuages légers que transporte la brise, animées par les notes mélaocoliques du a sweet nightrngaie, » le doux chantre de minuit.

Ed Europe, comme dans toutes les zones tempérées, la lune, à l'époque de son plein, atteint une hauteur au-dessus de l'horizoD \>eiucoup plus grande en hiver qu'en été. Cela vient de ce que la

ïonle qu'elle décrit est à peu près la même que celle du soleil.

*^> quand notre satellite nous montre sa face éclairée, il est

précisément à Topposé du soleil^ c'est-à-dire dans la partie du zodiaque où ce dernier était situé six mois plus tôt. Ainsi^ en été^ la pleine lune est dans la région du ciel occupée en hiver par le soleil^ région qui pour 'nos pays apparaît très-près de l'horizon sud. En hiver^ au contraire^ la pleine lune a lieu dans la portion du zodiaque où le soleil brille en été.

Chaque année d'ailleurs la hauteur de la lune varie. Ainsi ^ pendant ces années-ci^ la lune monte plus haut qu*il y a une dizaine d années^ de dix fois environ son épaisseur. Elle commence à diminuer de hauteur et en 1876 elle sera à son minimum. L'oscillation dure 19 ans.

On peut dire en général que^ dans nos climats^ Téclairage lunaire le moins intense est précisément celui de la saison où nos arbres sont en feuilles. Aussi nos clairs de lune d'été ^ les seuls qui pourraient être comparés à ceux des tropiques à cause du charme spécial répandu par la blanche clarté de notre satellite sur une nature à végétation active^ sont cependant très-inférieurs à ceux de la zone torride où la lune arrive jusqu'à lancer du zénith même des rayons condensés sur des paysages de verdure. La transparence de l'atmosphère tropicale^ dit encore l'astronome cité plus haut, favorise l'intensité de l'éclairage, et, sous une lumière plus que triple de celle qui existe en été dans nos climats, les formes majestueuses des grandes monocotylédonées se dessinent au milieu de la masse générale des feuillages avec un caractère de beauté indescriptible.

On évalue la clarté lunaire à la trois cent millième partie de celle du Soleil. Les dernières mesures de sa chaleur font supposer qu'elle ne peut produire à la surface de la terre qu'une élévation de température de 12 millionièmes de degré.

L'un des spectacles les plus curieux des nuits estivales^ et qui présente comme une contre-partie du tableau de la voûte céleste, c'est celui de la phosphorescence de la mer.

Dès que le soleil a disparu de l'horizon, des essaims innombrables d'animalcules lumineux sont attirés à la surface du liquide par certaines circonstances météorologiques. Une nouvelle clarté surgit du sein des flots. On dirait que l'océan essaye de rendre pendant la nuit les torrents de lumière qu'il a reçus pendant le jour. Cette lumière étrange naît ça et là par une foule de points qui tout à coup s allument et scintillent.

Quand la mer est calme, on croit voir à sa surface des miUions de vives étincelles qui flottent et se balancent, et, au milieu

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