CLAIR DE LUNE
d elles^ de capricieux feux follets qui se poursuivent et se croisent. Ces soudaines apparitions se réunissent^ se séparent^ se rejoignent^ et finissent par former une vaste nappe de phosphorescence bleuâtre ou blanchâtre^ pâle et vacillante^ au sein de laquelle se font distinguer encore d* espace en espace de petits soleils éblouissants qui conservent leur éclat.
Quand la mer est très-agitée^ les flots semblent s'embraser. Ils 8 élèvent^ roulent^ bouillonnent^ et se brisent en flocons d*écume qui brillent et disparaissent comme les bleuettes d*un immense foyer. En déferlant sur les rochers du rivage^ les vagues les ceignent d*une bordure lumineuse : le moindre écueil a son cercle de feu. Chaque coup de rame fait jaillir de l'océan des jets de lumière : ici faibles^ peu mobiles et presque contigus; là resplendissants, vagabonds et dispersés comme un semis de perles chatoyantes. Les roues des bateaux à vapeur agitent^ soulèvent et précipitent des gerbes enflammées. Quand un vaisseau fend les ondes ^ il pousse devant lui deux vagues de phosphore liquide ; il trace en même temps^ derrière sa poupe^ un long sillon de feu qui s'efface arec lenteur^ comme la queue d'une comète 1
Une nuit d'août 1 865^ naviguant sur les côtes de la Manche^ j étais suivi par un long sillage lumineux marquant la route de notre petit bateau à vapeur et nous enveloppant parfois d'un véritable feu d'artifice.
On avait imaginé plusieurs explications à ce brillant et curieux phénomène. On sait maintenant qu'il est dû à la présence dans les eaux d'animalcules microscopiques en nombre incalculable^ qui produisent aussi de jour l'aspect de la mer de lait et font paraître l'Océan comme une plaine de neige ou de craie.
Celui des infusoires pélagiens qui contribue le plus à la phosphorescence de la mer^ paraît être la « noctiluque miliaire. » Cet animalcule a été rapproché par les naturalistes tantôt des anémones^ et tantôt des méduses et des foraminifères. 11 est si petit que dans 30 centimètres cubes d'eau^ il peut en exister 25 000!...
La noctiluque paraît^ au premier abord^ comme un globule de gelée transparente. Elle offre çà et là^ dans son intérieur^ des granules^ probablement des germes et des points lumineux. Ceux-ci paraissent et disparaissent avec rapidité^ la moindre agitation détermine leur éclat. Ces points forment tout au plus la vingt-cinquième ou la trentième partie du grand diamètre du globule. Les
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