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LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER

pile de Yolta. Mais ce n'est rien encore : à une certaine profondeur se forment des rosaces, des étoiles, des chaînes, des rubans de flamme d*une merveilleuse régularité, qui ondulent avec les vagues, imitant, dans ce feu d*artifice de la mer, les guirlandes de verre qu'on suspend aux mâts pavoises de nos fêtes nationales 1 y>

Ayant fait pêcher quelques-uns de ces mollusques phosphorescents, l'auteur constata que chaque extrémité de ces tubes vivants portait des ventouses leur servant à s'attacher à leurs congénères ; ainsi réunis, ils formaient des agglomérations qui comptaient«plusieurs milliers d'individus, et qui prenaient, en s'agrégeant, des figures géométriques parfaites.

La phosphorescence n'est pas rare sur nos côtes de France, quoique moins fréquente que dans les régions tropicales. Elle se manifeste surtout pendant les saisons chaudes et dans les journées orageuses. Ordinairement même elle précède l'orage et pourrait sans contredit servir de signe précurseur au changement de temps.

Pendant le mois de septembre 1869, M. Decharme, d'Angers, observant ce phénomène plus ou moins intense, sur les côtes de Bretagne, recueillit de l'eau phosphorescente. A Tétat de repos, elle perdait assez vite son éclat; mais le flacon agité devenait aussitôt lumineux. De jour les animalcules étaient visibles avec un petit microscope grossissant AO fois en diamètre, et ressemblaient à de petites lentilles diaphanes, de 2 à 4 millimètres. Un soir d'orage, le flacon devint spontanément phosphorescent.

La cause de la phosphorescence de la mer est permanente, et le phénomène ne varie que dans son intensité. En effet, si l'on prend de l'eau de mer un jour quelconque où elle ne paraît pas phosphorescente à la plage, on trouve qu'il y a en tout temps (du moins dans la saison chaude, saison des orages) un nombre plus ou moins grand d'animalcules phosphorescents, nombre variable selon l'état de l'Atmosphère. Pour constater leur existence, il suffit, quand ils ne sont pas spontanément lumineux par légère agitation, ce qui est rare, de les éveiller en versant quelques gouttes d'un liquide excitant, d'alcool par exemple, ou d'un acide. Alors, en agitant le vase, on aperçoit des points phosphorescents.

L'examen attentif de l'eau de la mer, sous le rapport de la

phosphorescence, pourrait sans doute fournir des données utiles à

la météorologie des orages. Il serait d'ailleurs facile aux marins

et aux habitants des côtes de faire, à ce sujet, des observations

variées; on en tirerait bientôt les conséquences et les indications

que comporte ce curieux phénomène.

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