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CHAPITRE IV

Attirée par Teffluve féconde de la lumière solaire, la Terre tourne dans le rayonnement lumineux, présentant son front au Soleil, et se donnant un matin perpétuel par la succession régulière de ses méridiens sous l'astre-roi. Pour chaque région du globe le matin arrive, en relation avec le cours diurne apparent du ciel; pour l'ensemble du globe, le Soleil se lève constamment, distribuant sans arrêt depuis le commencement de ce monde l'heure joyeuse de son lever à la circonférence sans cesse renaissante de notre mobile planète.

Il y a des mondes qui n'ont jamais de lever de soleil, jamais de matins, jamais de soirs, jamais de nuits : cç sont les mondes à la surface desquels règne constamment une lumière soit diffuse et douce, soit éblouissante, et qui puisent dans leur propre atmosphère cette permanente clarté. Il en est d'autres sur lesquels apparaissent et disparaissent des soleils de couleur, substituant les flammes de Téearlate, du rubis ou de Témeraude à la blanche lumière caractéristique de notre soleil. Ces mondes éclairés par plusieurs soleils de couleurs différentes ne sont pas rares dans l'espace. Il en est d'autres encore pour lesquels le retour quotidien de la lumière et de la chaleur n est pas régulier comme ici-bas, mais soumis à des fluctuations qui tantôt donnent des matins enflammés par des torrents de lumière, et tantôt laissent la nuit empiéter sur le domaine du jour.

Ainsi, ce que nous voyons sur la Terre n'est pas Timage de similitudes absolues pour les autres mondes. Nous ne saurions

trop apprécier le système organique dont la nature a gratifié notre planète. Quel spectacle plus digne d'attention que celui du retour quotidien de la lumière dans l'Atmosphère de notre monde obscur, surtout lorsqu'en songeant à ce retour on en voit sous un même coup d'oeil toutes les conséquences sur le renouvellement incessant de la vie !

Cest une heure de paix et en même temps d'activité que celle du réveil de la nature à l'aurore. Tous les êtres, se levant d'ua repos régénérateur, reprennent le cycle interrompu de leur destiaée terrestre, et comme le printemps dans l'année, le matin est dans le jour l'instant du renouvellement. Les oiseaux, chantent à l'astre radieux leur cantique matinal, de leur voix aussi pure

dans l'ordre du son que l'aurore dans l'ordre de la lumière. Autour des habitations champêtres, nos animaux domestiques cherchent instinctivement la liberté dans la lumière, l'activité, l'agitation, sortant avec bonheur de l'inactive léthargie. Notre espèce humaine toutefois, par une malencontreuse exception, s'est accoutumée, dans ses grandes cités, à faire la nuit du jour, et le jour de la nuit. Minuit n'est plus le milieu du sommeil, et la ■ matinée » commence, à Paris, peu avant midi pour s'étendre jusqu'au coucher du soleil. C'est là une singulière transformation, que les astronomes seuls pourraient justifler, mais qui forme maintenant la règle générale des villes humaines, et, sans aucun doute, exerce une funeste influence sur la santé et sur la force organique générale.

Comme nous l'avons tu, la réfraction atmosphérique fait naitre le jour avant le lever du soleil, et le prolonge après son coucher.

Dans mes voyages scientifiques en ballon, j'ai pu faire quelques expériences spéciales sur la lumière de l'aurore.

A l'époque du solstice d'été, quand l'Atmosphère est sereine cl la lune absente, une élévation de 200 mètres, à minuit, hors de la brume inférieure, est sufHsante pour observer au nord, nette ment dessinée, la clarté du crépuscule.

Lorsque la lune brille dans sa plénitude, il est facile de suivre la comparaison de sa lumière avec celle de l'aurore. C'est ce que j'ai fait entre autres pendant la nuit du 18 au 19 juin 1867. Comparant simultanément la lumière de la lune, qui venait de passer au méridien, avec celle de l'aurore et suivant l'accroissement

Fig. 63. — Lt maliBée.

de celle-ci, j'ai reconnu que les deux clartés se sont égalées à 2^ 45° du matin, 1 heure 13 minutes avant le lever du soleil. A partir de cet instant la lumière de l'aurore alla en augmentant sur celle de notre satellite.

Ce qui me surprit le plus daos cette expérience, ce fut de reconnaître que la blancheur légendaire de ta lumière de la lune n'est blanche que par comparaison avec nos lumières artificielles. Elle rougit devant celle de l'aurore comme celle du gaz devant elle.

Une différence remarquable distingue également la lumière de l'aurore de celle de la pâle Phœbe. Lors même qu'elle n'a pas encore atteint l'intensité de la seconde, ta première pénètre les objets de la nature, tandis que celle de la lune glitse à leur surface et les estompe vaguement.

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