LE LEVER DU SOLEIL
des collines plus rapprochées, les pâturages et les prairies verdoyantes de ce paradis terrestre, les lacs innombrables qUi réfléchissent le ciel, les villes coquettes en miniature, les villages et les chalets rouges qui sont disséminés à tous les points de ce parterre. Nous avions fait, le long de la route, quelques haltes bien Déoeasaires pour nos poumons, nos jambes, et même pour nos gosiers.
On admire, en montant, la belle vallée qui s'étend au pied du Righi, mais le regard et la pensée sont péniblement surpris du fameux éboulement du Rossberg qûen 1806 engloutit tout le riant village de Goldau et combla une partie de son ûc. Cette arête encore blanche de la haute montagne, ces rochers gris amoncelés dans la plaine , invitent à songer aux mouvements incessants de la nature, qui s'accomplissent comme si Thomme n'était pas sur la terre.
Quant au lever du soleil, je ne pense pas qu'il puisse être plus magnifique en aucun lieu de la terre, si ce n'est en ballon.
Cest sublime, et c'est indescriptible. Je ne crois même pas que beaucoup d'âmes le sentent exactement, ni que beaucoup d'esprits le comprennent dans sa Térité.
D^ailleors la scène, l'instant, la situation, la nouveauté forment un excellent prélude à ce spectacle. Une heure avant le lever du soleil, le chant pastoral d'une trompette de bois éveille les voyageurs. Nous étions 230 ! La lune répandait une faible clarté dans l'Atmosphère, et on distinguait dans le lointain les glaciers blancs éclairés par une teinte mélancolique et silencieuse. Jupiter brillait à côté de la Lune, et Vénus resplendissait à l'orient. A ce tableau particulier de la nuit succéda la toilette des montagnes. Peu à peu, lentement, elles se lavent en quelque sorte de l'obscurité qui les environnait, et se montrent dans leurs formes et dans leur fraternité. Une lumière diffuse se manifeste et s'accroît dans l'air froid et humide du matin. A l'est, l'horizon est crénelé par les dentelures grises qui dessinent seulement sur l'espace plus lumineux la silhouette des sommets.
C^est alors que vers le sud les glaciers pâles, à peine visibles sous le règne de la lone et de l'aurore, deviennent roses, d'un rose tendre et véritablement céleste : le soleil vient de se lever pour ces sommets lointains. Les cimes argentées se dorent et se réunissent, et forment dans l'espace un paysage singulier et frappant, qu'on croirait arrangé par les nuages. Cette illumination des Alpes au lever du soleil offre un caractère d'immensité et de puissance qui donne de la surface terrestre et de son mouvement vers la lumière une idée tout à fait spéciale.
Après ces glaciers, d'autres glaciers s'illuminent à leur tour. Du sommet du Righi on domine l'horizon dans toute sa circonférence. Le Finsteraarhorn, l'Aigle, le Moine, la Jungfrau, le Blakenstock, l'Uri, le Saentis, le Gloernich, et cent autres apparaissent dans la douce splendeur. Des glaciers roses l'œil revient aux découpures de Thorizon oriental.... lorsque soudain un mince rayon rouge apparaît et remplit Tespace. Alors, lentement, majestueusement, l'astre flamboyant semble sortir des cieux gris, et peu à peu, distribuant la clarté matinale sur tous les points, fait surgir de l'ombre montagnes après montagnes, paysages après paysages, développant pour ainsi dire le panorama comme une série de plans qui s'écarteraient et reculeraient, de telle sorte que les glaciers primitivement apparus semblent s'éloigner de plus en plus, et laisser un immense espace à la succession des montagnes, des collines et des vallées plus rapprochées....
La lumière du Soleil donne à notre planète sa parure et sa beauté; aux campagnes le verdoyant tapis des prairies^ aux sillons
Tor des blonds épis^ aux fleurs leurs chatoyantes couleurs^ au ciel son azur et ses nuances variables. Mais en traversant TAtmosphère, cette lumière est en partie absorbée par les couches d'air qu'elle traverse, et c'est cette absorption qui nous donne notre ciel atmosphérique.
Par des recherches fort curieuses, on a pu évaluer cette absorption. Pour donner une idée de cette méthode, je rappellerai d'abord à nos lecteurs que la lumière, toute coquette et insaisissable qu'elle paraît, est cependant douée d'un pouvoir mécanique aussi réel que celui de la chaleur; je citerai, entre cent exemples, celui de l'explosion d'un mélange de chlore et d*hydrogène dans un flacon. Cette explosion est produite par la seule action de la lumière, attendu qu'en gardant le flacon dans l'obscurité, les deux gaz restent en présence sans se combiner.
Or, dans des recherches spéciales à cet égard, MM. Bunsen et Roscoe ont voulu évaluer en fonction de Vacide chlorhydrique produit, la quantité d'action chimique exercée par la lumière.
Pour cela, ils ont fait agir un faisceau de rayons introduit dans une chambre obscure sur le mélange gazeux de chlore et d'hydrogène; en opérant à des hauteurs de soleil dififérenles, ils ont évalué l'influence absorbante de l'Atmosphère sur les rayons qui avaient ainsi traversé des couches d'air d'épaisseur variable. Ils ont donc pu en déduire la quantité d'action chimique qui serait exercée par le soleil à la limite de notre Atmosphère sur un mélange de chlore et d'hydrogène.
Le calcul appliqué à leurs observations a montré que si les rayons solaires ne subissaient aucune absorption atmosphérique en tombant verticalement sur la terre dans une atmosphère indéfinie de chlore et d'hydrogène, ils provoqueraient, pendant chaque minute, la formation d'une couche d'acide chlorhydrique d'une épaisseur d'environ 35 mètres. Après avoir traversé l'Atmosphère, ces rayons n'ont plus qu'une force représentée par 14 mètres et demi, c'est-à-dire qu'ils ont perdu environ les deux tiers de leur intensité primitive. Les recherches sur le rayonnement solaire ont montré que, dans les mêmes conditions, l'action calorifique est au plus diminuée d'un tiers de sa valeur. Ainsi, les rayons les plus réfrangibles de la lumière sont absorbés en plus grande proportion par l'Atmosphère que les rayons les moins réfrangibles. L'air garde, emploie, réfléchit, fait jouer et travailler les deux tiers de la force lumineuse que le Soleil nous envoie; il n'absorbe au contraire qu'un tiers de la chaleur que nous rece-