‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 66 sur 269 · r- mir rir-.-iiii-renoe · texte numérisé non relu

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THEORIE DE UARG-EN-GIEL.

les rayons réfléchis sur une rivière. Cet arc coupait d'abord Tare extérieur de manière à le partager en trois parties égales. Quand le soleil s'abaissa vers Thorizon^ les points de rencontre se rapprochèrent. 11 n'y en eut bientôt plus qu'un seul^ et^ comme les couleurs étaient dans un ordre inverse^ le blanc parfait se forma par la superposition des deux séries. Le soleil peut du reste produire^ après s'être réfléchi sur une nappe d'eau^ un cercle complet. Quelquefois la ii^artie supérieure manque^ et il reste le singulier phénomène de Tarc-en-ciel renversé.

Les académiciens envoyés au cercle polaire pour la mesure du méridien observèrent^ le 1 7 juillet 1 736^ sur la montagne de Ke-

Fig. 68. — Théorie des deux arcs de Tarc-en-ciel.

tima^ un arc-en-ciel triple analogue à celui dont parle Halley. Dans

celui du bas le violet était en bas^ le rouge en dehors^ comme

toujours : c'est l'arc principal. Le second^ qui lui est parallèle, est

l'arc secondaire^ chez lequel le rouge est en bas et le violet en

haut. Le troisième arc^ partant des pieds du premier^ traversait le

second et avait^ comme le principal^ le violet en dedans et le rouge

en dehors. C'est cette observation que nous reproduisons figure 69.

Puisque l'arc-en-ciel est dû à la réfraction et à la réflexion des

rayons solaires sur des gouttelettes d'eau tombant dans l'air^ on

conçoit que la lumière de la lune puisse donner naissance à une

apparition analogue^ quoique moins intense. C'est ce qu'il m'a été

194 L'ARC-BN-CIEL.

donné de constater un soir de printemps à Compiègne. C'était le 9 mai 1865, à 10 heures 30 minutes du soir. Le principal du collège eut Tobligeance de venir me prévenir de Tapparition qu il venait de remarquer, et nous pûmes Tétudier à loisir. C* était la veille de la pleine lune. L*astre était élevé» de 60 degrés au-dessus de rhorizon oriental. Varc-en-ciel lunaire se déployait à rouest avec une grande netteté de teintes. On distinguait les sept couleurs prismatiques dans leur ordre normal. Au-dessus de Tare principal on remarquait Tare secondaire, plus faible, mais encore nettement dessiné. Ce phénomène météorologique, qui ne laissait rien à désirer, est d*autant plus rare que sa visibilité réunit plus de conditions difficiles à trouver réunies. La journée avait été orageuse et une petite averse venait tout récemment d'arroser le parc, ce qui avait élevé dans T Atmosphère les parfums des lilas et des giroflées^ et donnait un charme particulier à cette douce soirée du mois de Maïa.

Brandes, Dionis Duséjour, Sennert, de Tessan, Rozier, Bravais ont observé et décrit Tarc-en-ciel nocturne. Je lis aussi dans Améric Vespuce (1501) qu'il a observé plusieurs fois « Tiris pendant la nuit » et de? météores rares dans l'ancien continent. 11 croit que le rouge de l'arc vient du feu, le vert de la terre, le blanc de lair et le bleu de l'eau; et il ajoute : ce signe cessera de paraître quand les éléments seront usés « quarante ans avant la fin du monde. »

Je vois dans un ancien traité de météorologie, celui du P. Cotte, qu'en outre de Tarc-en-ciel ordinaire, de l'arc secondaire, des arcs réfléchis, et de l'arc-en-ciel lunaire, on a encore mentionné une autre sorte d'effet optique nommé « arc-en-ciel marin », formé sur la surface de la mer, composé d'un grand nombre de zones, et apparaissant parfois sur les prairies humides à l'opposite du Soleil. Ce cinquième aspect est une espèce d'anthélie, que je décrirai plus loin, à la fin du chapitre suivant.

On a aussi donné le nom d'arc-en-ciel m blanc » au cercle antbélique dont il sera question dans le même chapitre.

Enfin on remarque parfois des bandes colorées au-dessous du violet de Tarc-en-ciel ordinaire; elles paraissent appartenir à un arc superposé au premier. Cet arc prend alors le nom d*arc surnuméraire; il est dû à des effets très-complexes d'interférence. — A tous ces faits j'ajouterai encore l'observation suivante.

Le 30 décembre 1868, de 2 heures 45 minutes à 3 heures, entre Rouilly-Saint-Loup et Troyes, je vis un magnifique arc-en-ciel marchant, ayant son pied droit dans Test et son pied gauche dans le nord-ouest. Le train marchait d*abord de lest à Touest et tourna

I uy Cirer/ Chromohlfi.

ARC-EN-CIEL LUNAIRE OBSERVÉ A COMPtÈGNE .

DIFFÉRENTES SORTES D'ARCS. 19b

bientôt tout à fait du sud au nord. Dans la première position, le pied droit de l'arc était vu vers l'arrière du train. Avançant peu à peu, il finit par être vu tout à fait en face de mon compartiment.

En même temps, en 5 minutes, l'arc s'éleva dans le ciel, sur les nuages différents et parfois m£me se dessinant en vert-violet sur l'azur. Lorsque l'arche eut atteint la {mrtie supérieure du eiet, où il n'y avait plus de nuages, elle disparut en haut, les pieds restant visibles sur les nuées grises inférieures. On ne voyait point sur quelles gouttes de pluie l'arc se dessinait. En arrivant à Troyes,

i' observai qu'il avait dû tomber un peu d'eau. Le temps était resté très-beau sur la ligne depuis Chaumont.

C'est la seule fois que j'aie vu marcher un arc-en-ciel.

Une autre observation intéressante que j'ai faite, le 4 juin 1 871 , est celle d'un arc-en-ciel entièrement visible sur le ciel resté blett. Les couleurs sont plus légères et plus aériennes encore que dans l'état ordinaire. Je me trouvais alors entre Dieppe et Rouen, audessus de la verdoyante vallée de Monville. Le fait s'explique en remarquant que la pluie rare qui tombait devant les spectateurs

196 UARC-EN-CIBL.

n'était pas assez épaisse pour modifier Tazur du ciel situé derrière elle^ et que les nuages passagers d*où ces gouttelettes tombèrent ne s'étendaient pas jusqu'à la région sur laquelle Tare se projetait. Avant que la science ait donné l'explication de ce simple phénomène optique, il était interprété comme un signe céleste, et il n*est pas sans intérêt de revoir ce qu'on en pensait alors.

Varc-en-ciel était, aux yeux des Hébreux, le gage de Talliance que Dieu avait contractée avec les hommes, suivant sa promesse à Noé après le déluge.

Ayant paru comme un signe d'alliance entre Dieu et les hommes, il semblait conséquent d'admettre que ce phénomène ne pouvait être antérieur au déluge. Les théologiens ont sérieusement discuté ce point de dogme. Luther n'hésite pas à déclarer que Tare-en -ciel parut miraculeusement après le déluge. Fromond, au contraire, admet que, du jour où Dieu eut créé le soleil et l'eau, l'arc-en-ciel dut exister; mais qu'il devint seulement après le déluge un signe du pacte conclu entre Dieu et les hommes.

Chez les Grecs, Iris (Ip', arc) était fille de Thaumas (merveille) et d'Electre (splendeur du soleil); elle était sœur des Harpies et dMè7/o (tempête). Ce symbole rappelait que pour faire naître l'arc-en-ciel il faut que le soleil luise et que letemp» soit pluvieux. — Remarquons encore quelques détails historiques curieux.

Bien que messagère de Junon, on voit par l'Iliade que le maître des dieux avait parfois aussi recours à Iris. Les divinités ne pouvaient, en effet, avoir de plus gracieux envoyé. Elle servait aussi de ceinture aux dieux; les poëtes la représentaient ornée des plus belles couleurs. On lui attribuait, enfin, la formation des nuages pluvieux.

Uranus fut vaincu par Kronos, à l'aide d'une immense faux céleste, qui n'était autre que l'arc-en-ciel.

Iris purifia Junon revenant des enfers. Les anciens semblaient, ainsi, faire jouer un rôle de salubrité à l'apparition de l'arc-en-ciel dans l'atmosphère. Quelquefois, cependant, ils en faisaient aussi la messagère de la Discorde.

Chez les Scandinaves, l'arc-en-ciel est un pont de trois couleurs, d'une grande solidité, jeté entre le ciel et la terre et par lequel les géants tenteront plus d'une fois d'escalader la demeure des dieux ; mais le sillon de feu tracé dans le milieu est un obstacle au passage des géants. Heimdall, né de sept femmes, garde ce pont c<^lesle.

Les théologiens, saint Basile entre autres, voyaient dans les trois couleurs de l'iris un symbole de la Trinité. Plusieurs Pères n'y reconnaissaient cependant que deux couleurs, le bleu et le rouge, qui étaient, pour eux, emblématiques des deux natures du Christ, etc. On conçoit que toutes ces imaginations n'étaient pas faites pour amener la théorie scientifique.

Le premier qui ait tenté d'expliquer le phénomène de l'arc-enciel par une réflexion de la lumière à Tintérieur des gouttes de piuie^ est un moine allemand nommé Tbéodoric; le second est un archevêque, A. de Dominis (1611). Mais la véritable théorie en a été donnée pour la première fois par Descartes, sauf la séparation des couleurs qui ne fut déterminée que par la découverte de Newton sur l'inégale réfrangibilité des rayons du spectre solaire.

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