CERCLE ÉTUDIÉ EN BALLON
Les traités de météorologie n*ont pas^ jusqu'à ce jour^ mis Tordre nécessaire dans la classification des divers phénomènes optiques de Tair. Quelques-uns de ces phénomènes, d'ailleurs, n'ont été vus que rarement, et leur étude avait été insuffisante pour cette classification. Cependant la méthode de description scientifique est assez importante pour que nous nous arrêtions un instant à nous en rendre compte, car c'est la condition même de toute clarté dans un sujet aussi complexe.
Nous venons d'examiner le phénomène si fréquent de la production de l'arc-en-ciel, et nous avons vu qu'il est dû à la réfraction et à la réflexion de la lumière dans des gouttes d'eau, «t quil se produit à Y opposé du soleil ou de l'astre éclairant. Nous allons maintenant aborder un ordre de phénomènes plus rares, mais qui offrent avec Tarc-en-ciel le lien commun de se produire également à l'opposé du soleil. Je réunirai ici ces divers effets optiques sous \% nom A' auihélies (de âv6l, à Topposite, et viXioç, soleil) .
Les phénomènes optiques qui se produisent du côté du soleil, ou autour de lui, tels que les halos, parhélies, etc., formeront le sujet du chapitre suivant.
Avant d'arriver aux anthélies proprement dits, ou aux cercles coloriés qui apparaissent autour d'une ombre, il est bon de signa-
198 ANTHÊLIES.
1er d*abord les effets produits à Topposite du soleil sur les nuages ou les vapeurs au lever ou au coucher de lastre du jour.
Sur les hautes montagnes^ on voit assez souvent Tombre de la montagne se dessiner soit sur la nappe des brouillards inférieurs^ soit sur les monts voisins^ projetée à l'opposite du soleil presque horizontal. J'ai vu distinctement Ï0î7ibre du Righi se dessiner nettement sur le mont Pilate situé à Touest du Righi^ de Tautre côté du lac de Lucerne. Ce phénomène se produit quelques minutes après le lever du soleil^ et la forme triangulaire du Righi est dessinée dans une esquisse très-facile à reconnaître.
Vomhre du mont Blanc se voit plus facilement au coucher du soleil. Dans Tune de leurs ascensions scientifiques^ MM. Bravais et Martins l'observèrent entre autres dans une situation très-favorable; elle se dessinait sur les montagnes couvertes de neige^ et elle s éleva graduellement dans l'Atmosphère jusqu'à atteindre la hauteur d'un degré, restant encore parfaitement visible : l'air, au dessus du cône d'ombre, était teint de ce rose pourpre que l'on voit, dans les beaux couchers de soleil, colorer les hautes cimes, ce Que l'on imagine, dit Bravais, les autres montagnes projetant, elles aussi, à ce même moment, leur ombre dans l'Atmosphère, la partie inférieure sombre avec un peu de verdâtre, et au-dessus de chacune de ces ombres la nappe rose purpurine avec la ceinture rose foncée qui la séparait d'elles; que l'on ajoute à cela la rectitude du contour des cônes d'ombre, principalement de leur arête supérieure, et enfin les lois de la perspective faisant converger toutes ces lignes l'une sur l'autre, vers le sommet même de l'ombre du mont Blanc, c'estrà-dire du point du ciel où les ombres de nos corps devaient être placées, et l'on n'aura encore qu'une idée incomplète de la richesse du phénomène météorologique qui se déploya pour nous pendant quelques instants. Il semblait qu'un être invisible était placé sur un trôné bordé de feu, et que, à genoux, des anges aux ailes étincelantes l'adoraient, tous inclinés vers lui. A la vue de tant de magnificence, nos bras et ceux de nos guides restèrent inactifs, et des cris d'enthousiasme s'échappèrent de nos poitrines. »
Parmi les phénomènes naturels qui s'offrent à nos regards sans exciter notre surprise ou attirer notre attention, il s'en rencontre quelquefois qui possèdent les caractères d' une intervention surnaturelle. Les noms qu'ils ont reçus témoignent encore de la terreur qu'ils inspiraient; et même aujourd'hui, que la science les a dépouilles de leur origine merveilleuse et a expliqué les causes