‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 68 sur 269 · SPECTRES. - OMBRES. — AURÉOLES · texte numérisé non relu

SPECTRES. - OMBRES. — AURÉOLES

de leur production^ ces phénomènes ont conservé une partie de leur importance primitive^ et sont accueillis par le savant avec autant d'intérêt que lorsqu'on les considérait comme les effets immédiats de la puissance divine.

Dans leur multitude assez variée nous devons signaler d'abord ici le Spectre du Brocken.

Le Brocken est le nom de la montagne la plus élevée de la chaîne pittoresque du Hartz^ dans le royaume de Hanovre. Il est élevé d environ 3300 pieds au-dessus du niveau de la mer^ et de son sommet on découvre une plaine de 70 lieues d'étendue^ occupant presque la vingtième partie de TEurope^ et dont la population est de 5 millions d'habitants.

Dès les époques historiques les plus reculées, le Brocken a été le théâtre du mer- Teilleux. On voit encore sur son sommet des blocs de granit, désignés sous les noms de siège et tTautel de la sorcière; une source d^eau limpide s'appelle la fontaine magique, et Tanémone du Brocken est pour le peuple la fleur de la sorcière. On peut présumer que ces dénominations doivent leur origine aux sites de la grande idole que les Saxons adoraient en secret au sommet du Brocken, lorsque le christianisme était déjà dominant dans la plaine. Comme le lieu où se célébrait ce culte doit avoir été très-fréquenté, il n'est pas douteux que le spectre, qui aujourd'hui le hante si fréquemment au lever du soleil, ne se soit montré également à ces époques reculées. Aussi, la tradition annonce-t-elle que ce spectre avait sa part des tributs d'une idolâtre superstition.

L*une des meilleures descriptions de ce phénomène est celle qu'en a donnée le voyageur Hane^ qui en fut témoin le 23 mai I7t)7. Après être monté plus de trente fois au sommet de la montagne, il eut le bonheur de contempler Tobjet de sa curiosité. Le soleil se levait à environ quatre heures du matin par un temps serein; le vent chassait devant lui, à Touest, des vapeurs transparentes qui n'avaient pas encore eu le temps de se condenser en nuages. Vers quatre heures un quarts le voyageur aperçut dans cette direction une figure humaine de dimensions monstrueuses. Un coup de vent ayant failli emporter le chapeau du touriste, il y porta la main, et la figure colossale fit le même geste. Hane fit immédiatement un autre mouvement en se baissant^ et cette action fut reproduite par le spectre. Le voyageur appela alors une autre personne. Celle-ci vint le rejoindre; et tous deux s étant placés sur le lieu même d où l'apparition avait été vue d'abord, ils dirigèrent leurs regards vers l'Âchtermannshohe, mais ils ne virent plus rien. Peu après, deux figures colossales parurent dans la même direction, reproduisirent les gestes des deux spectateurs^ pais disparurent.

200 ANTHELIES.

Il y a quelques années (été de 1862), un artiste français, M. Stroobant, a pu observer et dessiner avec soin ce phénomène. C'est ce dessin que Ton voit ici. L'observateur était ailé coucher à lauberge du Brocken, et s'étant fait éveiller vers deux heures du matin, il parcourut le sommet du plateau en compagnie d un guide. Ils arrivèrent au bord d'un point culminant au moment où les premières lueurs du soleil levant permettaient de distinguer avec netteté les objets qui se trouvaient à une assez grande distance. « Mon guide, dit M. Stroobant, qui depuis quelque temps marchait le nez au vent, regardant tantôt à droite, tantôt à gauche, m'entraîna tout à coup sur une élévation d'où j'eus le rare bonheur de contempler pendant quelques instants ce magnifique effet de mirage qu'on appelle le Spectre du Brocken. L'effet en est saisissant ; un brouillard épais, qui semblait sortir des nuages comme un immense rideau, s'éleva tout à coup à Touest de la montagne; un arc-en-ciel se forma, puis certaines formes indécises se dessinèrent. C'était d'abord la grande tour de l'auberge qui s'y trouvait reproduite dans des proportions gigantesques, puis nos deux silhouettes plus vagues et moins correctes; toutes ces ombres portées étaient entourées des couleurs de l'arcen-ciel servant de cadre à ce tableau féerique. Quelques touristes qui se trouvaient à l'hôtel avaient vu, de leur fenêtre, apparaître l'astre à l'horizon, mais personne n'avait aperçu la grande scène qui se passait de l'autre côté de la montagne. »

Quelquefois ces spectres sont entourés d'arcs coloriés concentriques. Depuis le commencement de ce siècle, les traités de météorologie désignent sous le nom de Cercle d'Ulloa l'arc extérieur pâle qui environne le phénomène, et parfois on a donné à ce même cercle le nom d' « arc-en-ciel blanc, m Mais il n'est pas formé à la même distance angulaire que l'arc-en-ciel; il n'est pas toujours unique, et, quoique pâle, enveloppe souvent une série d'arcs coloriés intérieurs.

UUoa se trouvait au point du jour sur le Pambamarca, avec six compagnons de voyage; le sommet de la montagne était entièi*ement couvert de nuages épais; le soleil, en se levant, dissipa ces nuages, et il ne resta à leur place que des vapeurs légères qu'il était presque impossible de distinguer. Tout à coup, au côté opposé à celui où se levait le soleil, <c chacun des voyageurs aperçut, à une douzaine de toises de la place qu'.il occupait, son image ré- Qéchie dans l'air comme dans un miroir; l'image était au centre de trois arcs-en-ciel nuancés de diverses couleurs et entourés à une

Flg. 711. — Le Speclre du Brockcn.

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