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LES PHÉNOMÈNES OPTIQUES DE L'AIR

qaable, c^est que ces disques rouges oiTraient l^apparence d*autant de soleils bien ronds, ils étaient disposés à peu près parallèlement à Thorizon de TOcéan, et bien nettement espacés sur une étendue considérable. Dans le premier moment j'en comptai dix-sept assez également distants les uns des autres, et deux tout à fait détachés dajis la partie du sud. Je voulus faire un croquis du phénomène; mais quand je fus en mesure de dessiner, il avait changé d'aspect. La plupart des disques ronds étaient devenus irrégulièrement angulaires, et deux d'entre eux avaient disparu doucement. En commençant à se déformer, ils jetaient vers l'horizon comme une cascade de flammes pareilles à ces gloires qui, s'échappant des nuages au coucher du soleil, ont été souvent reproduites par les peintres.

Bien que le météore changeât à tout moment, il était important de faire quelques observations précises qui pussent servir de base à une théorie de ce rare phénomène. Nous descendîmes dans la prairie attenante, et, après y avoir placé à distance et comme signal une lampe allumée, je pris au moyen d'un sextant des angles qui furent orientés le lendemain avec un théodolite.

Les divers disques perdirent ensuite leur éclat peu à peu, se résolvant le plus souvent en de longues lueurs horizontales. Les dernières lueurs s'éteignirent à 8^,5G'B. Peu à peu un petit disque bien brillant apparut, s'effaça lentement et disparut à 8^,52™. Quatre nouveaux disques apparurent à 8**,55™ ; peu après, l'un des anciens disques disparut, et il s'en forma encore un du côté du sud. Le disque extrême du côté du nord grandit alors en diamètre, et sa hauteur apparente s'accrut jusqu'à 55', quantité que je dus estimer de vue, car l'horizon était alors trop sombre pour permettre l'usage des instruments. A 9'',2'", le disque extrême du côté du sud continuait à grandir, et le dernier vers le nord perdait son éclat d'un moment à l'autre; celui-ci s'évanouit à 9^,4». Enfin, à 9*, 18", la dernière lueur rouge, au sud, venait de disparaître, la dernière au nord n'étant qu'un de ces lisérés rougeAtres faiblement accusés qu'on voit souvent après le coucher du soleil dans un horizon nuageux.

On voit que tous ces phénomènes eurent lieu dans la période crépusculaire: on peut les expliquer par des solutions de continuité circulaires dans les nuages, qui donnaient ainsi passage aux rayons du soleil; mais j'ai cru devoir les décrire parce que de pareils effets sont rares, et ne me paraissent pas avoir été mentionnés. Je n'ai rien dit de l'apparence grandiose que présente un chapelet de perles rouges suspendu sur une ligne presque droite dans un ciel nuageux au-dessus d'un horizon nettement défini et relativement bien éclairé. Les promeneurs qui aiment à s'attarder sur le rivage de l'Océan ont rarement vu un spectacle aussi mobile et aussi délicieusement intense que celui du 9 juillet 1853.

A ces différents aspects dus à la réfraction et à la réflexion de la lumière dans les couches atmosphériques^ ajoutons enfin la déformation du soleil à l'horizon^ qui présente parfois les apparences les plus bizarres par suite du défaut d*homogénéité des couches inférieures et des jeux singuliers de la réfraction. La figure 82 reproduit Tune des observations les plus curieuses qui aient été faites sur ce point. C'est celle que MM. fiiot et Mathieu ont faite sur les bords de la mer à Dunkerque.

Tous ces brillants météores n'étaient pas inconnus aux anciens. « Quelquefois^ dit Pline^ on voit plusieurs soleils en même temps^ non pas au-dessus ni au-dessous de lastre^ mais de côté. Nos

pères ont eu le spectacle de trois soleils sous les consulats de Mucius et (le Posthumius, sous Marcius et Parcius, sous Antoine et Dolabella, sous Lépide et Planus, et sous le règne de Claude. » (Pline, t. II, cil. 31 .) En donnant à ces météores le nom de soleil, les anciens n'ignoraient pas plus que nous que leur ressemblance avec cet astre se bornait à la forme, et que languissants et sans force (SénèqueV, ils n'avaient rien de sa puissance calorifique.

De tous les phénomènes optiques, ce sont ces halos, parhélies, croix, couronnes, apparences fantastiques, qui ont le plus frappé les populations, et qui occupent le plus de place dans les annales météorologiques superstitieuses, dans l'histoire des phénomènes célestes. Effrayés par ces aspects insolites, comme par les mirages, pluies d'étoiles, tremblements de terre, etc., les hommes, dont l'ignorante vanité se représentait Dieu sous la forme d'un vieil empereur assis sur les nuages, interprétaient ces phénomènes comme autant de signes de la volonté divine, tantôt compatissante, tantôt courroucée. Plusieurs critiques du siècle dernier et de celuici ont nié ces apparitions et déclaré absolument mensongères les curieuses relations du moyen âge. Or, après avoir comparé ces relations, on ne peut partager cet esprit de négation absolue; seulement tous ces récits ont grossi, exagéré, altéré la réalité par suite des terreurs causées par ces mystérieux phénomènes. Plusieurs d'entre eux restent encore difficiles à expliquer, malgré les progrès des sciences; mais la plupart rentrent dans les classifications que nous avons adoptées ici.

Il est curieux d'en rappeler quelques-uns.

L'apparition de ce genre qui eut le plus grand retentissement dans l'histoire de notre civilisation chrétienne est certainement celle du fameux labarum de Constantin. Dans sa guerre contre Maximien Hercule, cet empereur et son armée furent témoins de l'apparition d'une troix brillante qui fixa dans le ciel les regards étonnés de plusieurs milliers d'hommes. Les auteurs se sont peu étendus sur les circonstances météorologiques du phénomène; cependant ils ont remarqué que le ciel était couvert d'un voile gris et que le temps devint pluvieux. Ce sont bien là les conditions du halo. Nous pouvons parfaitement admettre la réalité de la vision, mais de son caractère purement naturel. On conçoit parfaitement d'ailleurs qu'elle ait frappé le fondateur du christianisme politique et qu'on Tait regardée comme une manifestation divine. La nuit suivante, Constantin revit la même croix en rêve et un ange lui ordonnant de prendre la croix pour enseigne militaire. Ce

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