MESURE DE LA LUMIÈRE
sant sous la fenêtre le papier préparé sMmpressionne plus ou moins suivant l'intensité de la lumière qui agit sur lui.
L^appareil est orienté au sud dans les observations à terre. Au lever du soleil^ le papier perd un peu de sa blancheur. A mesure que le soleil est moins oblique^ il noircit plus vite et davantage. Si des nuages passent sur lastre radieux et assombrissent rAtmosphère, il reste blanc ou gris pâle pendant la durée du passsge. Si le ciel reste couvert toute la journée^ les douze bandes horaires^ ou la bande diurne de douze heures, donnait Tintensité relative de la lumière qui a pénétré les nuages. S il pleut, le papier est sensiblement rougi par l'humidité. S*il n'y a qu'une heure ou deux de ciel couvert dans la journée, le papier est moins noirci pendant cette période. En dosant le bain d'argent, on peut donner au papier toute la sensibilité désirable. On voit, sans autres détails, que cet appareil donne par la série de ses indications Tétat diurne et horaire de la lumière, la variation de l'Atmosphère, le lever et le coucher du soleil, leur valeur lumineuse, la durée du jour réel et son intensité à midi. Comparé aux indications du thermomètre pour la chaleur, de l'hygromètre pour rhumidité et du baromètre pour le déplacement de Tair, il complète Tenregistrement de l'action des forces de la nature sur la vie végétale et animale.
En ballon, cet appareil, placé horizontalement, m'a indiqué les variations d'intensité de la lumière suivant les heures, les hauteurs, Tétatdu ciel, et surtout, ce que j'avais désiré, la modification apportée par les nuages dans la distribution de la lumière dans {Atmosphère.
J'ai donné à cet instrument le nom de photomètre. On a par la planche précédente un exemple des essais que j'ai entrepris depuis plusieurs années sur ce sujet, et de l'utilité qu'il est permis d'en espérer pour l'avenir. C'est le fac-similé de diverses Ittodes de papier sensibilisé exposées au photomètre. I^ première est celle du 20 mars 1 868 : on voit la lumière s'accuser, dès avant le lever du soleil, par un ciel pur, et s'accroître graduellement. La seconde indique le passage d'un nuage sur le soleil, à 1 0 heures 30-40 minutes. Là troisième montre qu'en traversant une couebe de nuages en ballon, la lumière est plus faible au moment où l'on pénètre dans l'intérieur du nuage, redevient bientôt analogue a la lumière diffuse d'en bas, la dépasse vite en intensité, s'accroît à mesure qu'on s'élève, et devient complète aussitôt qu'on a dépassé la suTÙLce supérieure du nuage. Dans la 4' et dans la 5' bande, on
peut comparer l'intensité et la durée de la lumière au solstice d'été (20 juin 1869) et au solstice d'hiver (22 décembre 1869).
Il y a des jours qui sont singulièrement sombres pendant quelques heures. Tel a été^ par exemple^ le 4 mai 1 868^ entre 1 0 heures et midi. Tel a été aussi^ dans Tannée 1870^ le 8 juillet, de t heure à 3 heures. La lumière a diminué à Paris depuis 10 heures du matin par suite de nuages amoncelés, et son minimum a eu heu au moment du violent orage qui éclata sur Paris et les environs.
J*ai appliqué ce photomètre à la mesure de la variation de lumière produite par Téclipse de Soleil du 22 décembre 1870; l'éclipsé est peinte en quelque sorte sur la série des bandes de papier photométrique, suivant la progression exacte de ses phases et l'état de l'Atmosphère. On voit que le jour n'avait que 4 degrés de lumière à 8 heures du matin, 10 degrés à 9 heures, 12 degrés à 10 heures, 14 degrés à 1 1 heures. Puis la lumière diminua progressivement jusqu'à 8 degrés 5 dixièmes au milieu de Téclipse, remonta à 1 1 degrés à 1 heure 30 minutes, à 1 3 degrés à 2 heures, pour redescendre ensuite à 9 degrés à 3 heures, et à 3 degrés à 4 heures S J'ai fait cette expérience à horizon découvert, près des remparts (6* secteur de l'enceinte fortifiée).
Ces degrés sont ceux d'une échelle arbitraire que j'ai appliquée aux teintes progressives qui correspondent à l'intensité de la lumière. En supposant que 20 degrés, par exemple, représentent la teinte noire, ou le maximum d'intensité, et 0 l'obscurité complète où le papier reste blanc, 1 à 19 degrés représenteront suffisamment tous les gris intermédiaires.
On apprécie directement de la sorte l'influence de la lumière solaire dans la nature terrestre, selon les années, les saisons, les jours et les heures, influence qui doit entrer dans l'étude des phénomènes de la vie, au même titre que les indications du thermomètre, de l'hygromètre et du baromètre. — L'Observatoire de Montsouris enregistre depuis sa fondation les variations de la lumière par un procédé analogue.
L'étude que nous venons de faire de l'œuvre de la lumière dans l'atmosphère terrestre nous amène à nous occuper maintenant d'une œuvre incomparablement plus puissante et plus active, quoique moins visible : l'action de la chaleur solaire, c*esl-à'dire; la température, les saisons et les climats.
l. Voyez les Comptes rendus de V Académie des sciences^ du 26 décembre 1870.