PUISSANCE DE LA CHALEUR SOLAIRE
équivaut au travail continu de 4163 chevaux-vapeur. Sur la terre entière^ c'est un travail de 51 0 sextillions de kilogrammètres ou de 217316000 000 000 de chevaux- vapeur.
543 milliards de machines à vapeur de 400 chevaux chacune, travaillant sans relâche le jour et la nuit^ représenteraient la force dépensée pour notre planète seule par la radiation solaire I . . .
Une partie de cette puissance est employée à échauffer Técorce terrestre jusqu'à une certaine profondeur; mais comme le sol et TAtmosphère rayonnent dans l'espace, et que le globe terrestre ne parait perdre ni gagner au point de vue de la température moyenne, au moins pendant de longues périodes d'années, toute cette partie de la radiation du Soleil peut être considérée comme maintenant l'équilibre de température sur la planète.
Une autre partie se transforme en mouvements moléculaires, en actions et réactions chimiques, qui sont la source où la vie des végétaux et des animaux puise incessamment de quoi se perpétuer et s'entretenir. La chaleur qui semble anisi propre à ces êtres, n'est autre chose qu'une émanation de celle du foyer commun. tt C'est ainsi, dit Tyndall à ce propos, que nous sommes, non plus dans un sens poétique, mais dans un sens purement mécanique^» des enfants du Soleil. »
La vie terrestre est suspendue aux rayons du Soleil. De même que notre globe est soutenu dans l'abîme de l'espace par la main invisible de l'attraction solaire, ainsi la vie elle-même, végétale et animale, qui fleurit à sa surface, n'est entretenue que par la force incommensurable de l'activité solaire* Les rédigions antiques, les premières poésies de l'humanité éveillée, saluaient déjà dans Tastre radieux le grand moteur de la création : elles ne faisaient que deviner, sous une forme bien pâle encore, la grandeur de l'action permanente du foyer de notre système sur les mondes habités qui gravitent dans son fécond rayonnement.
Si Ton calcule en valeur productive la puissance des rayons solaires, on constate qu'ils versent sur chaque mètre carré une quantité de chaleur suffisante pour faire bouillir en moins de dix minutes un litre d'eau à la température ordinaire (ce chiffre est celui de notre climat). Le soleil, par un beau jour, lance pendant huit ou neuf heures, à Paris, un travail de près d'un chevalvapeur par mètre carré. La chaleur solaire, émise sur une surface de 100 pieds carrés, correspond, aux latitudes tropicales, à la combustion déplus de 100000 kilogrammes de charbon par heure.
L'intensité d'un phénomène calorifique qui se traduit par une
pareille consommalioû de houille dépasse rimagination. L'ingénieur américain Ericson^ qui 8*est occupé des machines solaires à vapeur dont nous parlerons tout à Theure^ a calculé que Teffet mécanique de la chaleur solaire tombant sur les toits de Philadel* phie pourrait faire marcher plus de cinq mille machines à vapeur de la force de vingt chevaux chacune. Archimède, après lachèvement d'un calcul sur la force du levier, disait qu avec un point d*appui il se chargerait de soulever le monde. Le même ingénieur prétend que « la concentration de la chaleur rayonnante du Soleil produirait une force capable d'arrêter la Terre dans sa marche! »
La chaleur est une force au même titre que le mouvement. Le travail produit par l'élévation de température de 1 kilogramme d eau à un degré plus haut, est exactement le même que celui qui serait nécessaire pour élever à la hauteur de î mètre un poids de 425 kilogrammes.
La chaleur solaire est la source des seuls travaux naturels que rhomme ait su jusqu'à présent détourner à son profit. On ne peut guère, en effet, compter parmi ces travaux que ceux qui résultent de l'emploi du combustible, des moteurs animés, des cours deau et du vent. Or, c'est cette chaleur qui donne naissance aux vents, au cours des eaux ; c'est le Soleil qui fait tourner les moulins, courir les locomotives, voguer les ballons dans les airs.
D'ailleurs le combustible de l'industrie vient aussi du même astre : à l'état de bois, c'est du carbone absorbé par les végétaux respirant dans l'air sous l'influence de l'astre radieux; à l'état de houille, c'est encore du carbone fixé jadis par la même influence dans les grands arbres antédiluviens.
Sous quelque forme qu'elle emprunte le concours des agents naturels, l'industrie humaine ne relève que du Soleil ; et elle est encore loin de recueillir la majeure partie du travail engendré sur notre planète par cet immense foyer. Si, comme l'expérience la depuis longtemps établi, la chaleur reçue en très-peu de temps par une surface de médiocre étendue soumise à l'insolation est considérable; si, de plus, il est facile de préserver cette surface du refroidissement et de lui conserver sur le milieu qui l'environne un excès de température immense : il est clair qu'on peut se proposer d'emmagasiner directement le travail de la chaleur solaire. On comprend d'ailleurs toute l'importance d'une pareille conquête pour les régions où cette chaleur est ardente et l'Atmosphère toujours pure ; car c'est dans ces régions que l'énergie des moteurs animés, les cours d'eau et le combustible font défaut.