LA CHALEUR SOLAIRE
Les rayons du Soleil^ après avoir traversé lair, une vitre ou un corps transparent quelconque^ perdent la faculté de retraverser ce même corps transparent pour retourner vers les espaces célestes. C'est par un procédé fondé sur cette loi physique que les jardiniers accélèrent au printemps la végétation des plantes délicates en les recouvrant d'une cloche en verre qui admet les rayons solaires^ mais ne les laisse ensuite 8*échapper qu'avec beaucoup de difficulté. Si le jardinier met deux ou trois cloches Tune sur Tauire , il fait invariablement cuire la plante ainsi recouverte^ et même dans les jours sereins de mars et d'avril il est souvent obligé de relever un des bords de la cloche de verre pour que la plante ne souffre pas du soleil de midi. Au moyen d un appareil composé d'une boîte noircie en dedans et de plusieurs glaces superposées^ Saussure a pu porter de Teau à TébuUition ; et pendant son séjour au cap de Bonne-Espérance^ dans les jours brûlants de la fin de décembre, sir John Herschel a pu faire cuire un a bœuf à la mode » de grandeur très-raisonnable au moyen de deux boîtes noircies placées Tune dans Fautre et garnies chacune d'une seule vitre, sans aucune autre cause de chaleur que les rayons solaires qui venaient s'engouffrer sans retour possible dans cette espèce de souricière, ix II y eut de quoi, dit M. Babinet, régaler toute sa nombreuse famille et les invités, à cette cuisine opérée avec un fourneau d'un si nouveau genre. » Cette condensation s'opère en vertu de la loi qui fait régner le froid sur les hautes montagnes.
La boîte d'Herschel, fermée seulement par deux lames de verre, atteignit successivement 80, 100 et 120 degrés de chaleur.
Quoique ce fourneau nous paraisse si nouveau, on pourrait presque dire cependant qu'il est renouvelé des Grecs. On trouve, en effet,que cent ans avant notre ère. Héron d'Alexandrie a décrit dons ses Pneumatiques un grand nombre d'ingénieux appareils légués par les anciens, et sans doute par les savants hiérophantes d'Egypte. L*un de ces appareils, qui parait avoir été construit par Héron, tire de Teau d'un réservoir par le seul effet de la dilatation et de la condensation de Tair sous Tinfluence du soleil, alternativement montré et caché à l'appareil.
A la fin du seizième siècle, le savant napolitain J. B. Porta exposa dans sa Magie naturelle les applications mécaniques de la chaleur solaire. Si l'on place, dit-il, un globe de cuivre au sommet d'une tour, et que de ce vase un tuyau descende dans un réservoir d'eau, en échauffant le globe supérieur par du feu ou le soleil,
Tair raréfié s*écliappe. Bientôt le soleil se retirant^ le Tase de cuivre se refroidit^ Fair se condense et Teau est aspirée.
Salomon de Causs a donné au commencement du dix-septième siècle la description de la première machine élévatoire fonction* nant à laide du soleil. C'est sa fontaine continuelle. Imaginons, posées sur une citerne , une série de caisses de cuivre^ au tiers remplies d'eau. Un tube horizontal est posé sur cette série de caisses et communique par de petits ajutages verticaux jusqu'à l'eau des caisses. La chaleur solaire dilatant Tair^ fait exercer une pression sur Teau qu'elles renferment et la fait monter dans le tube horizontal supérieur. Une ouverture est pratiquée sur ce tube^ et Ton peut ainsi produire un jet d'eau.
Lorsqu'une partie de l'eau contenue dans les caisses est montée, et que, la nuit venue, l'air se trouve raréfié, l'eau de la citerne, qui est en communication avec les caisses par un tube vertical, une soupape et un tube horizontal communiquant, s'élève pour remplir les vases comme ils l'étaient auparavant, « tellement, dit Salomon de Causs, que ce mouvement continue autant comme il y aura de l'eau dans la citerne » et des alternatives de soleil et de nuit. Cette fontaine continuelle destinée à l'embellissement des jardins pourrait, moyennant quelques améliorations, servir à résoudre économiquement le problème de l'élévation des eaux. Quoi de plus rationnel, en effet, que le projet de faire monter les eaux à l'aide de l'agent même qui les élève dans la nature?
La concentration de la chaleur solaire dans une enceinte vitrée est un fait expérimental si facile à constater que l'observation en a dû suivre d'assez près l'invention des vitres. Cependant, malgré les diverses constatations qu'on a pu faire à cet égard, et malgré les applications que nous venons de signaler, on ne voit point avant Saussure une étude scientifique bien complète du phénomène. Depuis Saussure et Herschel diverses études furent reprisi's par plusieurs physiciens. Ce curieux problème est actuellement dans sa phase la plus intéressante peut-être, dans celle qui donno d'une part des résultats sérieux, et qui permet d'autre part à l'imagination de deviner pour l'avenir des résultats plus considérables encore.
Crûoe aux travaux persévérants de M. A. Muuctiol, professeur au lycée J»* Tours, nous pouvons maintenant posséder des appareils nous permettant de substituer les célestes rayons du soleil au charbon vulgaii-e pourla cuisson des alinienS.
Dans un bocal de verre on place un vase de la même forme en cuivre ou en f«'r battu, et Ton recouvre le tout d'un couvercle de verre. (Vite simple marmite <<»-