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Il parait que les Anglais considéraient néanmoins l'île de Terre-Neuve comme le lieu où Cabot était venu atterrir; mais nous ne croyons pas que cette opinion soit antérieure au XVII siècle, En tout cas, :1a première carte, à notre connaissance, qui inscrit l'atterrage de Cabot sur un point de l'île de Terre-Neuve, ne remonte qu'à l'année 1617 (carte de Mason) La croyance est
1. Sir Clements Markham se trompe lorsqu'il dit positivement que Pedro de Ayala ementions in his despatch of July 25, 1498, that the chart had been sent to Spain». (Geographical Journal, vol. IX, N° 6, p. 607). Voici le texte relevé sur la copie même qu’en à fait Bergenroth à Simancas: «Porque creo V. A. ya tendra aviso de todo lo [. ....] y asymismo al carta o mapa mundi que este ha fecho, yo no la enbio agora, que aqui la ay». Il y a évidemment une lacune après «todo lo», et plus bas il faut lire, selon nous, «[aun] que aqui la hay» et traduire la phrase ainsi: «Parce que je crois que V. A. ont déjà connaissance de tout ce qui .... et quant à la carte ou mappemonde que celui-ci [Cabot] a faite, je ne vous l’envoie pas maintenant, quoique je l’aie ici».
RANGER PILES "à
L'atterrage de Cabot au continent américain, 5
évidemment dérivée des termes employés dans les actes de Henry VIT pour désigner les pays découverts par Cabot en 1497, La récompense de 10 livres sterling du 10 octobre de cette année est accordée «to hym that founde the new iles, Les lettres - patentes de 1498 portent: «Lande and iles of late found», Les préts faits par le roi d'Angleterre le 1% avril 1498 à Thirkill, Bradley et Carter ont pour motif l'intention de ces derniers de se rendre à ethe new iles, Enfin dans un acte du 24 septembre 1502, il est fait mention de marcnands qui sont allés «in the Newe founde Lande»,
Les partisans de cet atterrage sont le jouet d'une illusion produite par le mot «ile», Ils i beaucoup de ceux qui suivirent ses traces ne surent jamais que
gnorent que ni Jean Cabot ni
Terre-Neuve est une île. Durant près d’un demi-siècle elle resta soudée au continent dans toutes les cartes. Jean Ruysch, par exemple, qui plusieurs années après la découverte visita ces régions sur un navire anglais, ne la sépare pas de la terre - ferme dans sa célèbre mappemonde de 1507, et ne la désigne qu'en ces termes: «qui peninsulæ Terra Nova vocatæ», Et c'est bien de notre Terre-Neuve dont-il s'agit, car ses contours sont empruntés à quelque carte lusitanienne, dont une, pour ne citer que la plus ancienne portant cette désignation, c'est à dire la carte dite de King, y inscrit le Capo rasso.
Les cartes de Ribeiro de 1529 et celle de Viegas de 1534, ignorent aussi que Terre-Neuve est entourée d'eau de tous côtés. Enfin, ce n'est qu'à la suite des découvertes de Jacques Cartier qui, en franchissant le détroit de Belle-Is!:, reconnut la véritable configuration de Terre-Neuve, que les cartographes se décidèrent à la détacher du continent.
Ceux qui adoptent Terre-Neuve comme atterrage en 1497, prétendent même fixer le point préeis, au Cap Bonavista, et en s'appuyant sur des raisons bien peu scientifiques. La première est que la carte de Mason (1617) et celle de Du Pont (1625, ms.) le disent. Est-ce parce qu'elles ont été dressées par des Anglais ? Si c'est un argument, alors que penser de la fameuse Now Map de Molyneux (ou d'Edward Wright), également anglaise, gravée avant 1600, et où se lit, en travers du Labrador: This land was discovered by Zohn Sebastian Cabot for Kinge Henry y° 7, 14976 Et les mappemondes construites par les cartographes officiels de la couronne de Castille, qui quatre vingts ans auparavant et du vivanr de Sébastien Cabot, pilote-major d'Espagne et leur chef,
6 Henry Harriese,
placent de même cet atterrage au Labrador, n'auraient elles aucune portée dans la question ?
Ils invoquent ensuite une prétendue «tradition constante». Or ce pays ne fut habité que cent ans après la découverte; tous les Indiens moururent, leur langage même disparut, et ils n'éprouvérent jamais pour les Européens que de l'aversion (Dawson). Il ne suit pas que des habitants, quatre siècles depuis l'événement et poussé par l'amour-propre de clocher (la plaie des études historiques{) viennent formuler une assertion en invoquant à l'appui uniquement ela tradition», L'existence de cette «tradition» et surtout d'une etradition constante», exige d'être démontrée, Jean Cabot dit lui-même n'avoir pas rencontré un seul habitant au cours de son voyage de 1497: «non a visto persona alguna (Pasqualigo)». Qui done à recueilli cette prétendue tradition, qui l'a transmise, et comment alors que le pays était encore inhabité ; enfin, où en est-il question dans le folk-lore ou dans les anciens écrits ?
Un des nouveaux convertis à cet atterrage si problématique, sir Clements Markham, président de la Société royale anglaise de Géographie, qui naguère avait défendu avec énergie l'Ile du Cap- Breton comme premier point d'arrivée de Jean Cabot en 1497, a cru devoir renforcer cette opinion par des considérations techniques: «l'Ouest magnétique, dit-il, dût être en réalité lors de ce voyage, l'Ouest par S'/2 S. Le même trajet dans la direction du Sud causé par la variation de la boussole qui conduisit Colomb à Guanahani, aurait conduit Cabot à la baie de Bonavista».
D'abord sir Clements omet de donner la longitude où Cabot a commencé à gouverner vers l'Ouest magnétique. Cela est très important car il n’est pas permis de dire que elle route de ce genre conduit à {el point, si on ne sait pas d’où part la dite route. Il se contente d'affirmer que ce point de départ fut «vers le parallèle de Blacksod», ce qui rend ce point de départ tout aussi indéterminé. Il en serait autrement si la route réelle de Cabot avait été suivant un parallèle à l'Ouest du Monde. Dans ce cas, la donnée de la longitude serait inutile pour déterminer où cette route l'aurait conduit. Mais il n'en est pas ainsi, puisque sir Clements Markham fait intervenir explicitement la variation magnétique et que Cabot est supposé avoir suivi l'Ouest magnétique au lieu de l'Ouest du Monde.
Le savant géographe dit ensuite, — à l’imitation d'un confrère dont nous examinerons tout à l'heure le travail —, qu'après avoir passé le méridien des Açores la variation magnétique a dû
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L'atterrage de Cabot au continent amérirain, 7
être à l'Ouest, et égale à Ouest par S'} S (169 52° 0), Et d'abord, qu'en sait-il? La ligne d'égale variation de 16° 52° O du temps de Cabot est-elle déterminée? Même, en supposant que cette assertion fut exacte, que fait-on de la route rééllement suivie par Cabot avant d'atteindre le méridien des Açores? Cette partie de sa route totale est cependant, indispensable à connaître si on veut savoir en quel point du méridien des Açores sa route réélle fut l'Ouest par S'/2 8, afin de pouvoir connaître où cette dernière route la fait atterrir sur la côte du continent amtricain.
La même déviation vers le Sud («the same amount of southing») dont parle sir Clements Markham se refère sans aucun doute à l'écart angulaire total, causé par la variation magnétique, sur la route totale de Colomb et non pas au esouthing» des trois jours employés par Colomb à l'O NS O magnétique, lequel «southing» fut annulé par le «northinge des trois jours de navigation à l'O N O, ainsi que le reconnait sir Clements Markham lui-même.
Quant à l'assertion que dans ces conditions Cabot aurait fait son atterrage à la baie de Bonavista, nous démontrerons mathématiquement que cette conséquence supposée de la variation magnétique est complétement fausse, et que, même avec les prémisses avancées par sir Clements Markham, Cabot serait venu atterrir à environ quatre dégrés plus du nord que la baie de Bonavista.
On savait depuis longtemps, par Eden (1555), par Ortelius (1570), par Hakluyt (dès 1582), par Chytræus où Kochhaff (1594), que Sébastien, fils de Jean Cabot, avait dressé, fait graver et nublier, au moins en Angleterre dans l'année 1549, une mappemonde. Nous savions aussi qu'elle renfermait une partie intitulée dans les légendes de cette carte: Terra nova, quam vulqus Baccalios appellat. D'après Hakluyt ou y lisait aussi ce qui suit:
«Anno Domini 1497, Joannes Cabotus Venetus, et Sebastianus illius filius eam terram fecerunt per viam, quam nullus priûs adire ausus fuit, die 24 Junïüi, circiter horam quintam bene manè. Hane autem appelavit Terram primum visam, credo quo ex mari in eam partem primüm oculos injecerat. Namque ex adverso sita est insula, eam appellavit insulam divi Joannis, hac opinor
8 Henry Harrisse,
ratione, quod aperta fuit eo die qui est sacer Divo Joanni Baptistæ» 1,
Malheureusement, en l'absence de toute description graphique, il était impossible de préciser le lieu d’'atterrage, et même de dire dans quelle partie de l'Amérique septentrionale nous devions le chercher, On n'avait pour se guider que le mot précité de Baccalios (Baccalaos — la contrée des Morues). Quant à celui de Terra Nova, il faut bien se pénêtrer de l'idée que pendant trente sept années au moins en France, et plus tard ailleurs, il ne s'appliqua pas à Terre-Neuve considérée comme île. On ne put donner ce nom et on ne le donna alors qu'aux terres continentales ou supposées telles, explorées par Cabot et par les Corte- Real, et toujours dans le sens de pay: récemment découverts. C'est à dire, dans le cas actuel, la région que nous appelons le Canada, et à laquelle on attribuait pour côte à l’est, les profils orientaux de notre Terre-Neuve, île que les cartographes continuèrent à ne pas séparer du continent jusqu'aa retour de Jacques Cartier à St. Malo au mois de septembre 1534 En tout cas, nous n’avons constaté l'insularité de Terre-Neuve, cartographiquement pour la première fois, que dans une carte de 1541 et, fait notable qui s'explique cependant par les échancrures nombreuses et profondes de ses contours, sous la forme d’archipel ?.
Ce n'est même qu'à dater de la carte dressée vers 1505 par Pedro Reinel, cosmographe portugais, qu'on trouve dépeinte l’entrée d'une grande région fluviale entre le cap Race et une île imaginaire de St. Jean, placée, dans les cartes de la première moitié du XVI siècle, à proximité du nord de la Nouvelle-Ecosse. On ne saurait y voir que le Golfe St. Laurent. Ces contours se sont transmis avec quelques changements, de peu d'importance d'ailleurs, dans les œuvres de l'hydrographie sévillanne pendant de longues années, sans que le géographe put, par cette seule
1. Hakluyt a publié ce texte plusieurs fois, selon, dit-il, lPédition que fit Clément Adams de cette carte à Londres en 1549. Hakluyt plus tard substitua à la date inéxacte de 1494 celle de 1497. Nous avons dû choisir la version de 1549, pour nous placer au point de vue des connaissances qu’on avait avant la découverte de la carte de 1544, et nous avons choisi la dernière des publications d'Hakluyt (1599—1600), comme ayant été plus répandue que les autres. Son texte de la légende VIII diffère de celui de la première édition. Peut-être est-ce un remaniement qui est propre à Hakluyÿt.
2. Desliens, Descelliers, Jean Rose et tous les cartographes diéppois continuèrent pendant longtemps encore à représenter l’île de Terre Neuve fragmentée en de nombreux morceaux.
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représentation, se faire une idée de leur véritable forme. C’est à dire que la côte y est donnée comme presque lisse et qu'elle | omet la grande île ou péninsule échancrée, évidemment la Nouvelle-Ecosse, qui, dans la réalité, va presque rejoindre en sa par-
tie septentrionale extréme le littoral sud-ouest de Terre-Neuve. À la suite des découvertes de Jucques Cartier, les contours | de cette région commencèrent à se modifier considérablement. | L'Ile du Cap-Breton, encore attachée à la terre-ferme, mais repré- | sentant avec une exactitude relative la partie essentielle de ses | profils géographiques, n'apparût d'abord que dans les mappemondes des cartographes diéppois. Ce qui est naturel, puisque la découverte du détroit de Belle-fsle avait été faite par un de leurs
\ compatriotes.
| IV | Tels étaient les éléments de connaissance et de discussion lorsqu'on trouva en 1843 chez un curé de Bavière, une grande {! mappemonde gravée sur cuivre qui répondait à la carte de Cabot, 4 telle que nous la connaissions par la description de Hakluyt et
| surtout celle de Chytræus. Les légendes présentaient des difé-
rences et elles étaient précédées du texte original espagnol, inconnu jusqu'alors. On y remarqua aussi le millésime de 1544, au lieu de celui de 1549, comme date de la confection du planisphère. C'était donc la première édition de ce curieux monument | de la Géographie, sans autre valeur du reste que son extrème rareté et les questions qu'il soulève. Depuis 1844 cette mappemonde est exposée dans les galeries de la Bibliothèque nationale de Paris, et c'est le seul exemplaire connu.
Lorsqu'elle fut mise à la portée du public et que Jomard | l'eut publiée en fac-similé, les géographes s'aperçurent que pour | le Canada ce n'était qu'une reproduction servile des cartes diép-
poises connues jusqu'ici, notamment celle, dite à tort, de Henry IT. En d’autres termes, l'Ile du Cap-Breton y affecte absolument les caractères d'une vaste presqu'île, inclinée de l'ouest à l’est, et | dont la partie supérieure f.:me un petit promontoire ou car. En j ce lieu est inscrite la légende prima tierra vista. A côté, sur le terre-plein, ou lit encore prima vista. C'est done là que, selon | ce planisphère, Sébastien Cabot qui le construisit, plaçait en 1544 | l'atterrissage de 1497. Avant cette trouvaille, tous les historiens | des découvertes maritimes pensaient que Jean Cabot aperçut pour la première fois le nouveau monde, soit sur la côte de Terre-Neuve,
10 Henry Harrisse,
soit sur celle du Labrador, Personne n'avait songé à l'Ile du Cap- Breton.
Les opinions étaient donc divisées. Cependant, la plupart des historiens et des géographes, parmi lesquels il importe de citer en première ligne Champlain, Biddle et Humboldt tenaient pour le Labrador. Comme à l’époque où ils écrivaient, la carte même de Cabot n'était pas connue en tant que monument géographique visible, ou peut se demander s'ils auraient persisté dans leur opinion en voyant les assertions si positives qui se trouvent inscrites sur les contours canadiens de ce planisphire.
Aïnsi qu'on devait s’y attendre, la production de ce document nouveau produisit un certain effet sur les historiens de la Géographie. Le Pr, Kohl, à notre avis le plus compétent des écrivains qui s’occupèrent de la question, rejeta néanmoins l'atterrage au Cap- Breton. Nous devons ajouter que le savant brémois ne croyait pas que la carte fut l’œuvre de Sébastien Cabot. Selon lui, elle avait été dressée par quelque compilateur ignorant, et s’il la rejette, c'est en raison d'une sorte de mouvement réflexe, produit par les nombreuses erreurs géographiques et philologiques qu'elle renferme. La repoussant dans son ensemble, on comprend qu'il en récuse les détails et se range, pour l'atterrage, à l'opinion de Biddle et de Humboldt, partisans convaincus de la Prima vista au Labrador.
Il faut reconnaître dans cette manière de voir un état d’esprit provenant d’une conception «à priori de la moralité et du savoir de Sébastien Cabot, résultat de quatre siècles de mensonges accumulés et répétés sous toutes les formes, sans cesse et partout: Un si grand homme, un navigateur si fameux, un savant à qui la science est redevable de tant de grandes découvertes, le fondateur de la suprématie maritime et commerciale de l'Angleterre; enfin l'homme que Ferdinand d'Aragon et Charles - Quint honoraient de la plus grande confiance !, n'a pu faire une œuvre aussi médiocre! Tel fut le sens, sinon le texte des objections.
1. Comme s’il manquait d'exemples de grands rois et de grands empereurs «s’y connaissant en hommes» et qui furent néanmoins exploités par des charlatans! Combien en a-t-on vu leurrés par la promesse de découvrir la transmutation des métaux? Pour Ferdinand, pour Charles-Quint, la pierre philosophale c'était la découverte d’un passage au Cathay par le Nord-Ouest, et c’est en faisant miroiter à leurs yeux cette prétention fallacieuse, que Sébastien Cabot se maintaint dans les emplois et les honneurs en Espagne et en Angleterre, après avoir vainement cherché plusieurs fois à séduire et à tromper de la même façon la République de Venise,
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L'atterrage de Cabot au continent américain. 11
A ce sujet, il est triste d'avoir à dire que révoquer en doute la véracité, la valeur scientifique, les prétendues découvertes et les principes de l’astucieux Vénitien, c'était et c'est encore, aux yeux de certains critiques, le haïr personnellement et le calomnier! Cependant Sébastien Cabot ne posséda jamais un seul des mérites que la légende lui attribue, et la preuve en est faite par des documents irréfragables *.
Kohl s’est trompé quant au caractère authentique de la carte. Elle est bien l’œuvre de Sébastien Cabot.
Une première raison, c'est que le fait est explicitement déclaré dans les légendes de la carte méme: «Sebastian Caboto capitan, y piloto mayor de la $. c. ce. m. del Imperador don Carlos quinto deste nombre, y Rey nuestro sennor iso estu figuru extensa en plano».
Ensuite, quand elle fut faite, en 1544, Charles-Quint était souverain des Pays-Bas, et nul, pas plus à Anvers qu'à Augsbourg ou en Espagne, n'eut osé ajouter les armes de l'Empire à une falsification quelconque, et encore moins attribuer le planisphère, sans droit, au pilote-major de Sa Majesté. C'était aussi le fruit d’un travail de graveur de deux ans au moins, exigeant une presse importante, dont on n'eut guère pu se servir clandestinement. D'ailleurs, rien de plus rare à cette époque que des cartes falsifiées.
2. Il serait à désirer qu’on ne répondit plus à des preuves documentaires par des phrases, des objurgations et des idées préconçues. Oui ou non, est-ce Sébastien Cabot qui a découvert le continent américain; etait-il même à bord ? (Voir Protest of the Twelve Great Liveries of London; 1521, &e.). S'est-il jamais montré navigateur habile? (Voir l'Enquête du Fiscal; juillet 1532, suivie de quatre condamnations). Ses projets de découverte d’un passage au Cathay, par l'Ouest, puis par le Sud, ensuite par l'Est, ne sont-ils pas empreints de charlatanisme? (Voir les Relations des ambassadeurs vénitiens; 1522, 1551, &e.). Estce à lui que revient le mérite des résultats de l'expédition de Chancelor au nord de la Russie? (Voir la correspondance dans Hakluyt). A-t-il découvert la Déclipaison et la Variation de la boussole, ou quoique ce soit touchant le magnétisme terrestre? (Quel savant oserait le prétendre?). A-t-il trouvé le moyen de déterminer la longitude en mer, ou, au contraire, sa méthode ne se traduirait-elle pas par une erreur en longitude de 600? (Voir le rapport d'Alonso de Santa Cruz à Philippe II). Ses instructions nautiques, ayant pour base les courbes d’égale déclinaison, dont il fait des méridiens, ne sont-elles pas absolument erronées ? (Voir le «Retulos dans sa carte). Son planisphère de 1544 n'est-il pas une œuvre des plus médiocres, même pour l’époque? (Voir ce que Kohl et les géographes compétents en pensent). Et ainsi de suite pour tous les mérites que la légende attribue à Sébastien Cabot. (Pour les textes, voir le Syllabus dans Jean et Sébastien Cabot; Paris, 1882, et dans John Cabot, the Discoverer, London, 1896).
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Une autre raison, que nous croyons tout à fait concluante, c'est que Richard Eden, ami personnel de Sébastien Cabot, s'est servi de cette carte qu'il dit positivement être l'œuvre du navigateur vénitien: ethe carde made by Sebastian Cabot». Et nous savons que c’est cette carte même, parce qu'il en a reproduit une des légendes, très typique! Qualifiée de «the great Map», elle fut longtemps exposée dans la galerie du palais de Westminster, ainsi que chez le duc de Bedford, à Cheynies. Il est facile de l'identifier, car Hakluyt et Purchas en citent de visu la 8ème 16. gende : justement celle qui nous intéresse le plus.
Enfin, lorsque Cabot revint en Angleterre, i] fut fait à Londres une nouvelle édition de la carte. C’est à dire qu'on fit dans l'année 1549 un nouveau tirage de la planche, et que Clément Adams ayant remanié le texte latin des inscriptions longitudinales, elles furent réimprimées et collées sur les côtés, comme dans l'exemplaire de 1544, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de Paris.
Pour nous servir du langage de Hakluyt, <the copye of Gabote’s map s2tt out by Mr. Clemente Adams was in many merchants houses in London». Non seulement Sébastien Cabot dans les neuf années de son séjour à Londres (1548—1557) n'a pu ainsi manquer de voir fréquemment sa propre carte, mais il n’est pas probable que Adams, rédacteur des voyages de Willoughby et Chancelor préparés par Cabot; en plus, chargé de l'instruction des pages de la reine, et qui en cette qualité a dû le rencontrer souvent à la cour, aurait pris sur lui de faire une nouvelle édition de ladite carte, sans le consulter et sans lui en demander l'autorisation. Cabot a done, de toutes façons, accepté au moins tacitement la paternité du planisphère qui porte ostensiblement son nom, ses titres et qualités.
Quant au caractère intrinsèque de la carte, on y remarque surtout le trait distinctif des idées scientifiques de Sébastien Cabot; par exemple, sa théorie absolument erronée des courbes d’égale déclinaison, dont il fait des méridiens*, à l'aide desquels il prétend même déterminer la longitude en mer. Aïnsi, non seule-
1. La légende hyperbolique concernant la fertilité de La Plata: «Cabote tould me that in a region within the ryuer, he sowed L graynes of weate in September, and gathered thereof L thousand in December». Eden, Decades of the newe worlde; London, 1555, fo 256.
2, Voir ladi.e légende XVII avec la description des cartes que Cabot envoya à Juan de Samano et à Charles-Quint, ainsi que sa conversation avec l’ambassadeur Contarini; John Cabot, the Discoverer of N. America, pp. 282, 283, 297.