‹ L'atterrage de Jean Cabot au continent américain en 1497 [microforme]Chapitre 3 sur 7 · ETIENNE AE: STATE · texte numérisé non relu

ETIENNE AE: STATE

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ment cette méthode se trouve expliquée et appliquée dans su légende XVII; mais on relève dans le corps de la carte, en un point correspondant au 45° long. O de Paris, la fameuse ligne de démarcation (nullement à sa véritable place), et le long de laquelle coure la légende: «Meridiano adonde el aguia de marear mucstra divectamente al Norte»,

C'est par la méthode historique que nous devons maintenant résoudre le problème de l'atterrage à l'Ile du Cap-Breton, tel qu'il est explicitement marqué sur la carte de Sébastien Cabot, et en démontrer l'inauthenticité.

Quand Sébastien Cabot accompagna Lord Willoughby en Espagne (1512), il se rendit à Burgos, où Lope Conchillo, le secrétaire de la reine Juana, et l'évêque de Palencia lui accordèrent une audience. Tout porte à croire que le rusé Vénitien fit briller à leurs yeux la possibilité d'arriver au Cathay par quelque passage du côté des Baccalaos, passage connue de lui seul, et comme il le dit à Contarini quelques années plus tard, pour y avoir été de sa personne, Ce détroit se trouvait même tracé dans la carte que sir Humphrey Gilbert vit à White Hall? Cabot invoqua sans doute aussi sa prétendue connaissance intime de cette contrée, (où très probablement il ne mit jamais les pieds), s’attribuant, ainsi qu'il le fit nombre de fois, le mérite d'avoir découvert ces pays en 1497. Sur le rapport que Conchillo envoya à Ferdinand d'Aragon, ce prince le chargea d'interroger Cabot. Celui-ci, naturellement, s'empressa d'offrir ses services au roi, qui les accepta, leurré par ces espérances vaines, et il le nomma capitaine de vaisseau.

Le point de départ de la carrière de Sébastien Cabot en Espagne fut donc la connaissance spéciale et exclusive qu'il prétendait posséder de la région des Baccalaos et d'un détroit conduisant du Canada à la Chine et au Japon.

En 1516, il devint pilote de S. M., en 1518, pilote-major, surintendant de la chaire de cosmographie et professeur de science nautique à la Casa de Contratacion. Cabot fut titulaire de ces emplois pendant trente années. Il va de soi que les délinéations de la côte orientale de l'Amérique septentrionale, au moins à

1. «lo so perche io ho navigato tutti quelli paesi e so ben il tutto». Dépêche de Contarini au Conseil des Dix, 81 déc. 1522.

2. Sébastien Cabot considéré comme cartographe, dans la Revue de Géographie, de M. L. Drapeyron; No de juillet 1897.

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partir de la Nouvelle-Ecosse, dans toutes les cartes de l'hyarographie sévillanne jusqu'au milieu du XVI* siècle, émanent directement ou indirectement, de lui. Or où placent-elles les découvertes des Anglais, par lesquelles, à cette époque, il ne pouait s'agir que des pays trouvés par Jean Cabot, est-ce à l'Ile du Cap-Breton? C’est invariablement au Labrador, et jamais au sud de 50° latitude.

D'autre part, ces mappemondes ainsi que toutes les cartes et globes terrestres construits au XVIe siècle en Allemagne, en France, en Italie, en Portugal, en Catalogne, représentent, plus ou moins sommairement, le littoral de la Nouvelle - Ecosse dans toute son étendue. Lit-on en ce lieu sur un seul de ces documents géographiques la moindre allusion à des découvertes qu'y auraient fait les Anglais? Ce que nous y lisons, à l'endroit même où l’on voudrait aujourd’hui placer l'atterrage de Cabot, et où Sébastien lui-même, mais trop tardivement, le marque d’une façon si explicite, c'est au contraire Terra de los Bretones, Entrée des

| Bretons, Isla de Bretoni et Cabo de los Breiones. On lit même sur | | |

la plus ancienne connue de ces cartes (Kunstmann N° IV): Terra que foy descuberta por bertomes. Pourquoi les Portugais, les Catalans, les Italiens, les Espagnols, qui n'avaient aucune raison de préférer les Bretons aux Anglais, auraient-ils attribué à la Bretagne, tacitement et positivement, la découverte de la Nouvelle- Ecosse, si le mérite en revenait à l'Angleterre ? Ainsi, d'une part, les documents cartographiques, ceux - là mêmes qui furent préparés d’abord par Sébastien Cabot, ou sous sa direction, ou d’après ses données, excluent de la Nouvelle- Ecosse le pavillon anglais pour le placer au Labrador. De l’autre part, ils concèdent l'Ile du Cap-Breton à la nation qui en porte et en a toujours porté le nom. Cette manière d'agir se continue sans interruption. Tout à coup, en 1544, par un phénomène que personne n'a reproduit en Espagne ou ailleurs pendant trois siècles, Cabot dresse et publie un planisphère dans lequel, par deux fois, il inscrit l’atterrage de 1497 à l'extrémité septentrionale de l'Ile du Cap-Breton.

Est-ce donc qu'il a découvert les épures de son père, ou quelqu'autre document contemporain de la découverte, et que bo-r- “4e relé de remords, il veuille corriger une erreur de tant d'années, faite sous ses yeux, par son ordre? La surprise redouble jorsqu'on s'aperçoit que toute cette partie de la carte, y compris la nomenclature française mal déguisée, (mais, comme bien l’on pense, sans la fameuse légende inscrite à l'Ile du Cap-Breton sur la

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carte de Cabot: Prima tierra vista) a été audacieusement plagite de la carte diéppoise dressée par Nicolas Desliens en 1541, (Bibliothèque royale de Dresde), exclusivement d'après les épures que rapporta Jacques Cartier en 1534.

Cette volte-face de Cabot, qui à cet égard n'a jamais été suivie par aucun autre cartographe, demande à être expliquée. Malheureusement on en est réduit à des conjectures. Certains critiques pensent s’en rendre compte par ce qui n’est qu'une légende, à laquelle nous crûmes aussi autrefois: c'est que le gouvernement espagnol cachait avec le plus grand soin le lieu de ses découvertes maritimes et punissait, méme de mort! ceux qui les divulguaient par des cartes géographiques. Cette allégation, au moins en ce qui concerne l'Espagne du XVI° siècle, ne repose sur rien de sérieux.

D'abord, on ne s'explique pas l'intérêt que les Rois Catholiques et Charles-Quint pouvaient avoir à placer les découvertes des Anglais au Labrador plutôt qu'à l'Ile du Cap-Breton, si, en realité, c'était sur les côtes de cette dernière région que Cabot avait atterri. Pour l'Espagne, l’un et l’autre étaient des pays sans valeur aucune. Les cartes de Ribeiro (1529) inscrivent au Labrador: «No ay en ella cosa de provecho», et sur la région terreneuvienne <asta aora no an allado cosa de provecho mas de la pescaria de baccalaos que son de poca estima».

Aussi ni Ferdinand d'Aragon ni Charles-Quint n'attachaient d'importance aux contrées septentrionales du nouveau monde. D'ailleurs il ne savaient rien de la géographie de cette région, puisque quand Agramonte voulut conduire une expédition aux Baccalaos, on lui imposa la condition d'avoir à bord deux pilotes bretons qu'il devait faire venir exprès de Bretagne. Enfin, Oviedo, historiographe officiel des Indes, déclare que ni lui ni aucun de ses compatriotes n'avaient de renseignements sur ce pays, et que c'est pourquoi la Carte modèle (Padron General) de Chavès, ne se prolongeait pas au-delà du 21° de latitude nord. Les Espagnols, conséquemment, n'avaient rien à cacher concernant la géographie de ce que nous appelons la Nouvelle - Ecosse et des terres adjacentes.

Quant à faire un secret de ses cartes, c'est encore une légende. Rien ne permet de supposer que la profession de cartographe ne fut pas libre à Séville, sous la condition toutefois de faire viser les cartes par le pilote-major et les cosmographes de la Casa de Contratacion. Si la chose se fut passée en Italie, on eut pu y voir une sorte de porte de derrière, pour reprendre

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d'une main ce qui était donné de l'autre. Maïs en Espagne, rien

de plus contraire à l'esprit des institutions. Charles -Quint n'eut

pas hésité à déclarer que les cartes marines était un monopole de

l'Etat. Aussi cette formalité n'avait en aucune façon pour but de

s'assurer qu'elles ne contenaient pas de renseignements géogra- ? phiques que le gouvernement voulait tenir secrets. Elle était

dictée uniquement dans l'intérêt de la navigation.

Enfin, croit-on qu'en Espagne, le pays où les rois légiféraient sans cesse, surtout au XVI° siècle et particuliérement pour ce qui concernait le nouveau monde, une loi aussi draconienne que celle qui aurait condamné à la peine de mort tout individu coupable d'avoir porté sur une carte des délinéations géographiques non autorisées, ne se trouverait pas dans les recueils de çédules et d'ordonnances? Il n’y a rien de pareil dans aucune des ÆRecopi- ÿ| lacioncs de leyes dont nous possédons un si grand nombre.

Du reste, on n'a qu'à jeter les yeux sur toutes les cartes de l'hydrographie sévillanne ainsi que sur leurs dérivés qui nous sont parvenus, pour se convaincre qu'elles contiennent absolument ce qu'on savait et ce qu'on pouvait savoir ou supposer en Espagne de l’Amériqne septentrionale à l'époque où elles furent faites. k

Il reste maintenant à déterminer pourquoi en 1544 les dé- l couvertes de Jean Cabot qui jusque là avaient cté fixées par son fils au Labrador, furent transférées par celui-ci à l'Ile du Cap-

Breton.

Les archives vénitiennes nous ont edifié sur la moralité et | les procédés de Sébastien Cabot. C'était un intrigant italien dans toute la force du terme; complotant sans cesse contre ses maîtres, Charles-Quint et Edouard VI, qu'il trahit toujours.

Dès 1538, Cabot avait tenté de faire agréer ses services par Henry VIII A cet effet, il s'était abouché avec l'ambassadeur d'Angleterre en Espagne, sir Thomas Wyatt, qui le recommanda | à sir Philip Hoby, de passage dans ce pays. La tentative ne réussit cependant que plusieurs années après. Dans l'intervalle, la région des Baccalaos avait acquis de l'importance. A la suice des voyages de Jacques Cartier, la France, alors en guerre avec l'Angleterre, y avait planté des colonies, notamment autour du golfe St. Laurent, pays que Cartier et Roberval décrivaient à François [*, comme étant beaux et fertiles, riches en mines de cuivre, avec d'excellents ports et arrosés par les plus belles rivières du monde.

Dans ces conditions, placer les découvertes de Jean Cabot à l'Ile du Cap-Breton, c'était déclarer cette contrée territoire rele-

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vant de l'Angleterre, puisqu'il avait été le premier Européen à y aborder et à en prendre possession au nom de Henry VIl: «sub banneris vexillis et insignis nostris», comme dit ce prince dans ses secondes lettres-patentes. C'était enfin et surtout, se concilier les bonnes grâces d'Edouard VI ou de ses conseillers. De fait, Sébastien Cabot fut appelé à la cour d'Angleterre en 1947, et y reçut immédiatement des pensions et des emplois.

Cette explication n'est qu'une conjecture, mais elle nous parait fort probable,

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Après avoir démontré que jusqu'ici on n'a pu prouver par les cartes, surtout par celle dont Cabot était responsable en vertu de ses fonctions, que l'atterrage se fit à l'Ile du Cap-Breton, ou à Terre-Neuve, il faudrait pouvoir indiquer le licu méme, Ce problème n'est pas moins difficile à résoudre que l'autre; mais on peut chercher dans les documents contemporains de la découverte quelque donnée sur ce sujet, et voir s'il est possible d'en tirer une indication utile.

Aussitôt que Jean Cabot arriva à Londres pour rendre compte à Henry VII du résultat de son premier voyage transatlantique, ses compatriotes se mirent immédiatement en rapport avec lui et l'interrogèrent. Parmi ceux-ci, il y avait des gens de marque qui envoyèrent à leurs correspondants à Venise, à Milan et ailleurs en Italie, les renseignements qu'ils avaient pu obtenir. Plusieurs de ces correspondances nous sont parvenues. La plus curieuse est la lettre que Raimondo di Soncino, l'envoyé de Ludovic le More à la cour d'Angleterre, adressa à son maître le 18 décembre 1497. On y remarque le passage suivant:

«in questo regno è uno populare Venetiano chiamato messer Zoanne Caboto de gentile ingenio, peritissimo dela navigazione .., Cum un piccolo naviglio e xvir persone se pose ala fortuna, et partitosi da Bristo, porto occidentale de questo regno, et passato Ibernia pit occidentale, e poi alzatosi verso el septentrione, comencid ad navigare ale parte orientale [sic pro «occidentale», lassandosi (fra qualche giorni) la tramontana ad mano drita, et havendo assai errato, infine capitoe in terra ferma, dove posto la bandera regia, et tolto la possessione per questa Alteza, et preso certi segnali, se ne retornato» !,

1. «En ce royaume est un Véuitien du peuple, appelé Mr. Jean Cabot, de

18 Henry Harrisse,

L'Irlande s'étend du 51° 15° au Bbo 15° lat, N. Entre laquelle de ces deux latitudes Cabot mit-il le cap sur l'Ouest ? Dans quelle longitude commença-tl à se diriger vers l'occident ? On l'ignore tout-à-fait, Prenons pour latitude une moyenne, soit 53°, et pour longitude un point peu éloigné de la côte d'Irlande, Comme il n'est pas fait mention d'un changement dans la direction du Sud; qu'au contraire le langage de Soncino indique une traversée se continuant à l'Ouest, un tel trajet malgré le caractère irrégulier de la navigation qu'implique le mot «errato», devait porter Cabot au Labrador. A l'appui de cette hypothèse, ou peut admettre sans invraisemblance dans la région des vents généraux d'Ouest traversée par ce navigateur, une prédominance des vents de S O le portant vers le Nord, Louvoyant par mauvais temps ou, comme disent les marins, tenant le cap bâbord amures, il n'aurait pu ni apprécier ni corriger cet écart, Rien d'impossible, conséquemment, à ce que Cabot ait fait son atterrage aux environs de Sandwich Bay ou d'Invuctoke, par 53° 30° de lat, N. Dans l'état actuel de la question, et avec les maigres données que nous possédons, ceci n’est et ne saurait être qu'une hypothèse, Notons cependant qu'elle s'accorde parfaitement avec la région découverte par les Anglais, c'est-à dire par Jean Cabot en 1497, selon les cartes faites où inspirées par son fils pendant trente années, et qui toutes marquent cet atterrage au Labrador.

Un savant canadien, le Dr. Dawson, prenant également pour base les trop brefs renseignements de Soncino, a pensé, et avec raison, qu'il fallait tenir compte dans cette théorie de la variation magnétique!, C'est évident, mais où puiser les éléments nécessaires? Cet écrivain a pensé les trouver dans les détails que donne le journal de bord de Christophe Colomb lorsqu'il traversa l'Atlantique en 1492. L'idée était ingénieuse, avec une apparence scientifique séduisante, et on l’accueillit «a priori avec

belle intelligence, très habile dans la navigation . . . . Avec un petit navire et 18 persounes, s'abandonnant à la fortune, il partit de Bristol, port occidental de ce royaume, laissa lirlande [qui est?] plus à l'Ouest, puis s’éleva vers le nord [et] commença à naviguer dans Ja partie de l'Est [sic pro Ouest], laissant (après quelques jours) l'étoile du nord à droite, et après avoir beaucoup erré, enfin arriva à la terre-ferme, où il planta l’étendard royal, prit possession [de cette terre] pour Son Altesse [Henry VII], recueillit certaines indications et s’en retourna».

1. he Voyages of the Cabots in 1497 and 1498; with an attempt to determine their landfall.. Dans les Transactions of the Royal Society of Canada, Section II, 1894, p. 58,

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