‹ L'Atticisme de LucienChapitre 15 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De même que le Jugement des voyelles peut être utilement consulté pour les idées de Lucien en phonétique, et le Pseudologiste, le Leæiphane etle Maître de Rhétorique pour l'étude de son vocabulaire, de même encore en syntaxe nous examinerons d’abord ce que Lucien a pu nous laisser voir de ses idées dans le Démonaæ el même dans le Soleciste ; car ce dialogue semble tellement appartenir à la même époque, il reproduit si bien les idées chères à notre auteur, que, sans rien préjuger de la question d'authenticité, nous pouvons, sinon l'utiliser sans scrupule, tout au moins l’analyser avec profit.

En fait, il est plus systématique et plus riche en renseignements que tous les autres. Il y est question de toutes sortes de fautes, et surtout du langage de Soles, colonie athénienne isolée en Cilicie‘ ; cet idiome rempli d'impuretés restail grec toutefois. Les barbarismes, au contraire, étaient les fautes commises par les étrangers qui apprenaient le grec ; les solécismes étaient celles des Grecs qui ont désappris leur langue. Lycinos {(aom déjà pris par Lucien dans les Portraits, Lexiphane, etc.) raille un pédant redresseur de fautes

1 Xénophon, An. I. 2, fin.

grammaticales ; il multiplie, en lui parlant, les solécismes, il l'en harcèle en quelque sorte et l'en accable sans que l’autre s’en aperçoive seulement. Nous avons déjà parlé de la prononciation et du vocabulaire, il reste à passer en revue les vrais solécismes.

hot cohoœu&, dit d’abord Lycinos en employant le futur avec dou, suivant un usage alors assez fréquent, en particulier chez Appien(Hithr. 69).

’Enct & pv oicôæ, dit-il ensuite, & d'oùx oicéx. Il faudrait rà pv, rà dé ; mais, depuis Aristote, on substituait volontiers le relatif au démonstratif, comme jadis, chez les loniens, le démonstratif au relatif.

*Ogéev duian, solécisme qui est peut-être un latinisme, pour Gpekoy duyncecbar.

Méya &Ghov, grande récompense : il faut péyav.

Zuyicuv àv, éineo deoetas, passage obseur et altéré ; peut-être faudrait-il #0ncas après un irréel.

Acæys à l’accusatif est un barbarisme.

Ev cohomuqué neccvres, solécisme pour éis cohotxtquéy

Atépbopa intransitif est un usage de la xown diddentoc.

Iladiov rov ras titOus GnAabévruv : solécisme, parce qu'en altique 6nkto signifie allaiter, non étre allaité.

AüEävorra (p. adéavéueva) nadia est un solécisme pour le même motif.

Après ces dix fautes qui toutes ont échappé à l’atten tion du pédant, Lycinos fait intervenir un grammairien, Zuxpdrnç 6 dr voù Méyo, sans doute Modoueotix en Cilicie, inconnu d’ailleurs, avec lequel il se serait rencontré en Egypte :

S auveyevépuny à AiyÜrta.

Lucien serait-il revenu de l'Egypte, où il fut, sur ia

fin de sa vie, au nombre des Salariés ? Les solécismes

l'intéressaient-ils encore dans sa vieillesse ? Quoi qu'il L'ATTICISME. u

en soit, Socrate de Mopse ressemble beaucoup à Démonax ‘ ; mais celui-ci est un hommedu monde, et celui-là un érudit ; l’esprit du second se manifeste sur la place publique et dans la société ; le premier est assis dans sa chaire de professeur. Démonax ne voulait pas s’enndre interpeller dans la langue d’Agamemnon ; Socrate de Mopse connaît fort bien, trop bien peut-être, celle d'avant comme celle d’après la bonne époque attique.

La première phrase :

Iluvixa ÉEeror ; — tis av anoxptbein TELi TÜS THMÉGOY GS é£oy ; n’est pas très claire. Sans doute, il ne faut pas employer, quand on parle de l’avenir, des mots de sens trop précis, comme rnvixa.

Mibüons n’est usité que pour le féminin ; Lucien a dit * : pé6uaos nai näpotvos, en parlant d’un homme.

EE éxumokñs *, pour änrodñs, « à la surface », est une expression vicieuse ; on a l'air de dire « hors de la surface », comme « hors du bocal ».

Les raïlleries suivantes atteignent les solécismes commis par affectation d’atticisme ; la liste en est assez longue si l’on y comprend les impropriétés de vocabulaire signalées plus haut : les fautes contre la syntaxe sont en petit nombre :

Ni pour vuiv.

T:ôwËëa dans la bouche d’un Atticiste pouvait remplacer ren (refvñéoua d’ailleurs n’est pas attique), a tu mourras » ; il vaut mieux, dit Socrate, sacrifier l'atticisme et ne pas prononcer de mot de mauvais augure.

Huy ei un est un pléonasme vicieux.

1 Dém. 26.

2 Ti. 55. — 3 Cf. Lucien lui-même, Nigr. 35, et Arist. Gén. An. 2, 7, 17, passage contesté.

“Exrote est une forme maladroitement imitée de Platon, qui dit éiozore Ou #crote.

*1Jov, voici, ne doit pas être employé pour vois.

‘Inca pour zérouat fait à Lycinos l'eflet d'un pédantisme étymologique soulignant le rapport du verbe avec le substantif rrñoi.

Cette intervention de Socrate de Mopse est assez mal rapportée au reste du dialogue, et fait l'effet d’une énorme glose ; limitation du Démonaæ est visible, d'autant plus qu’elle est plus maladroite. Puis, le dislogue reprend où on l'avait laissé, exactement, avec la même façon de présenter les fautes :

Avéwya pour évéwyuat n’est pas aftique.

Tos inneis pour inréas est un solécisme : Lycinos est sévère pour une forme usitée dans Athènes depuis l'époque d'Alexandre, mais Lucien n’a jamais violé la règle attique sur ce point. ‘

Zpds adrois pour nuäs «rois est un néologisme imité de éxvroûs, synonyme de muäs ou Dudç œbrous.

Kaÿ° ss, solécisme évident pour xx’ éva, finissait sans doute par être décliné xabeïs, xaôéva, xabevos, simple synonyme d’éxaoros : ainsi en latin pro consule a bientôt donné naissance au substantif proconsul.

Nüv d avec le futur est un solécisme.

‘Yépifu rw signifie outrager matériellement la personne de quelqu'un ; sinon il faut ét; riwx. En dépit de l’exemple tiré du Banquet de Platon, la distinction est fort subtile, Lycinos y consacre plusieurs lignes et semble s’y acharner. Une seule chose l’excuse, ce sont les prétentions de son adversaire : « Or, a-t-il dit plus haut, oùx émerpentéoy codoxitor, pas d’indulgence pour le soléciste ! »

Zrovddbew npôs rie, «faire du zèle », doit être distin-

surabondamment ce qu'il ne faut pas faire ; mais il y est surtout question de style. « Si vous faites un solécisme ou un barbarisme, dit le Maître de Rhétorique (17), remédiez-y à force d'impudence. »

Le Pseudologiste, dirigé contre un sophiste très peu correct à tous égards, donne aussi des listes de barbarismes : au chapitre 29, il y est question de la forme de phrase :

e rhobotôs Tis xai ÔUo névnres noay ÉyÜpoir (à mAoÿsto) dnéntelve Ourepoy Tv neruv. ‘Enavopboüpevos dE où... ÉPNG . ŒTEPOY.

On en venait, comme pour xaëeis, à établir une déclinaisOn Gatsoos ‘, aréou, OU dtepos, dxepoy, dtepou, elc., sans songer à la contraction et à l'absence du + dans © et 5. — Lucien relève ensuite le solécisme zotüy punvoir,

Enfin, dans le Démonax (40), il est question d’un certain Polybe qui se vantait d’avoir recu le droit de cité romaine : « Plût au Ciel qu'il t’eût fait plutôt Grec que Romain ! » dit Démonax. Et, à ce propos, on peut se demander quelle fut exactement l'influence exercée sur la syntaxe de Lucien par la connaissance qu’il pouvait avoir de la langue latine et des bons auteurs contemporains de César, d’Auguste et de Domitien. Qu'il ait compris, et même parlé le latin, cela est hors de doute, si l’on se reporte à l'Excuse, ch. 43 :

« dJAX nai Dpeis adtoi, El Ti AG Y® TAG Pouaiwy pOYHS ÉRALW, TOUS TP0THYOPEUOVTUS GYTIOEËLGULEVOL Ta Tûs VyLEiXS OVOLATI TOÂKHLS GueiSeo GE. » ,

Il voyagea en pays latin, non seulement à Rome,

1 Employé par Lycophron, v. 590.

mais dans la haute Italie ‘ et en Gaule? ; avec sa faculté si remarquable d’assimilation, et quel que fût le mépris des Grecs de race pour l’idiome barbare de l'Occident, ilest plus que probable qu’il parlait le latin et qu'il le lisait. Néanmoins l'influence de la langue-sœur ne dut pas être bien considérable ; le rejet systématique du verbe à la fin de la proposition, et, dans le corps de la proposition, l'usage de mettre avant le verbe, sans motif plausible, toutes les déterminations, est une habitude latine ; la construction des phrases, avec la principale en têle, et les subordonnées en appendice, se rencontre chez Quintilien ; mais il ne s’agit là que d’une coïncidence, qui sera expliquée en son lieu. Une seule fois Lucien a employé le génitif de qualité :

poosépous fious navrès edaus ,

ce qui est un latinisme à côté de l'expression de Platon :

edaipay yép pot à àvio épaivero nai To tpéToU na Tôv Xéyuv * ; Lucien a dit &idæiuevos. L'usage très fréquent de és “pour észe avec l'infinitif, pour iva et pour ôu, estil une inilation de l'emploi si varié du latin ut? L'étymologiedesdeux mots est pareille ; tous deux marquent une simple subordination, de sens très général; mais la simplification progressive dans l'emploi des particules est un phénomène connu, et qui, du latin aufrançais, s’est encore exagéré par l'emploi presque universel de que. Nous savons qu’en bon Grec Lucien était réfractaire àtouteinfluenceétrangère , et nous pouvons considérer comme absolument négligeable celle du latin sur lui. Les Romains, pourtant moins civilisés,

& Ambre, pass. — ? D. acc. fin. — *S. enc, — * Phédon, 38 E. — 5 Cf p. 493 sqg. — © Man. H 15.

ne se sont résignés qu’à la dernière extrémité à l’importation des mots grecs ; les Grecs furent encore plus scrupuleux, et les syntaxes principalement, qui ont tant de traits communs, demeurèrent en somme libres et indépendantes.

Si nous pouvons dès maintenant tirer quelque conclusion des passages cités plus haut, c’est à coup sûr que le public du second siècle, semblable au public français sous Louis XIII, n'était pas, tant s'en fallait, indifférent à ces questions ; on apportait à la grammaire et à l'élégance du style l’atiention qu’en d’autres temps on eût consacrée surtout aux affaires publiques ; à ce seul titre la syntaxe de Lucien mériterait une

étude particulière, intéressante sûrement, et très probablement fructueuse.

La syntaxe grecque, depuis l'époque attique, s'était moins gravement modifiée que les autres parties de la grammaire : peut-être est-ce parce qu'au moment où furent composés les poèmes d'Homère la langue à cet égard était déjà presque parfaite, comme la structure du vers héroïque. Toutefois la xouva duxhextos s’écarta de l’usage classique sur un certain nombre de points dont voici les principaux :

«) Les noms abstraits en -cts, avec ou sans « privatif, ont remplacé l’infinitif avec l’article et l’infinitif sans arlicle à tel point que le rôle de cette forme si commode, capable d'exprimer à la fois le cas, le temps et la voix, se réduit à bien peu de chose. Sans doute les Attiques, et surtout Thucydide et Démosthène, avaient abusé de l'infinitif, employé avec l’article à tous les cas, pour donner à leur discours plus de vivacité et d'énergie ; mais à parlir de Polybe on substitue aisément à l’infinitif de sens final ia suivi du

subjonctif ou de l’optatif * ; ou bien encore on étend, d’une façon abusive, des constructions comme celle de l'infinitif avec rc après les verbes paraoibo, End, aJamovito, anéyo, éoyw. Plus tard, Elien tout au contraire multiplia l'emploi de l'infinitif avec l’article au lieu d’une proposition en 6rws ou ivx ; et en général depuis le second siècle avant Jésus-Christ, cette confusion des deux constructions fut très fréquente (Cf. en français afin de et afin que, pour et pour que). On écrivait voit ôtt, ciopuat êzu, oidæavec l'infinitif. Quant au sujet de la proposition infinitive, il se mettait à l’accusatif comme en latin, même s’il était identique à celui dela proposition principale ; d'autre part, l'expression éxav eva était employée à tort et à travers, et le fut encore par un puriste comme Aristide ?.

B) Le participe au génitif absolu est employé sans scrupule par Polybe, tandis que les Attiques le rattachaient à la construction générale de la phrase :

Thy nÀUw dAobday oi roképuot Émoracav,

ou ne le construisaient absolument que pour le mettre en relief ; on écrit des participes pour des adverbes sans discernement, dès l'époque d’Aristote.

y) Le mode optatif a presque disparu de l’usage ordinaire, surtout depuis le premier siècle de Jésus- Christ ; aussi les écrivains se trompent-ils souvent dans l’emploi de ce mode, et Denys lui-même critiquet-il bien à tort (2° lettre à Ammée, 12) ce passage de Thucydide, IE, 39 : « Et quand il serait vrai que nous

1 "Ivx remplace aussi ôrws après p2ovttfe et roovooïuat ; les Atticistes et surtout Lucien réagirent contre cet emploi trop général et populaire de ‘va, par l'emploi souvent abusif de &s. Cf. inf. p. 193 sqq.

3 xzu, 793, 335 : Cf. Phrynichos, éd. Rutherford, p. 340.

aimoas mieux nous former à la vaillance par une vie facile que par un exercice pénible, à l’aide des mœurs plutôt que des lois, toujours est-il que nous avons l'avantage de...

nai ei pabupix pékkoy à névoy pehétn, xai pri put rmévoy to néoy n tpénuwy avôpeins ÉOEAOUMEY xvdUVEUE, REPUYIYVETAL Muiv... »

Thucydide n'observe pas, dit Denys, la concordance des temps, parce que neovyiywerat est à un temps principal ; mais précisément éfélomes à l'optatif marque le style indirect au sens large du mot, et Périclès met dans la bouche des ennemis d'Athènes cette assertion d’ailleurs exacte. Le conditionnel fut exprimé sans discernement par l’optatif, ou par l'addition non justifiée de dy dans les propositions subordonnées dont le verbe est à l’optatif ; & du reste manque souvent au mode potentiel.

0) La voix moyenne, dont les Altiques avaient fait un si utile et si constant usage, perd souvent son vrai sens, sans toutefois disparaître absolument comme dans la syntaxe latine. Polybe écrit

TOOGERITUTTELV, GTÉAAEL, GUMÉOUAEUE ?

au lieu du moyen; Philon, äppobopar, ÉAriGopar, oivoyooipar, UnoShérouat ?, au lieu de l'actif, l’Antiatticiste propose duakéyew pour dtahéyecbat :

1 Berliner Wochenschrift, 1890, p. 759.

2 Treitel, de Philonis sermone, p. 10.

on lit paäyoucuw sur un papyrus du 1° s. av. J.-C. ; Moœæris, quoique ÿrsoutruxituv, conseille de conjuguer : noëtTo, Toäoua ; au 1v° siècle de J.-C. Ammonius, l’auteur des Synonymes grecs, s’eflorce de distinguer ddaËn de dudéëoux. Toute la subtilité et l’érudition des Atticistes ne suffit pas à les préserver de toute erreur sur ce point, surtout quand ils avaient, comme Lucien, des idées larges et médiocrement scrupuleuses. | | 4

Citons encore la disparition progressive des particules, du cas datif, du nombre duel, de la distinction, souvent délicate chez les classiques, entre les négations oùx et un. Les particules tombées en désuétude dans la conversation familière, et devenues presque inutiles dans l’écriture depuis l'invention des signes de ponctuation, obscurcissaient maintenant ce qu’elles avaient mission d’éclaircir ; il était bien difficile de les employer à propos, maintenant qu'on n’en connaissait plus l’usage que par les vieux auteurs *. Le datif, dissocié en ses éléments (préposition + substantif), le duel, visiblement inutile, passaient de jour en jour à l’état d’archaïsmes ; les premiers Atticistes qui les remirent en honneur, parurent « forcer leur talent » et écrire sans grâce ; que dire de ceux” qui aflectaient d’en faire usage à tout propos ? |

Lucien suivit la mode régnante dans ce qu’elle avait de plus raisonnable et de plus conforme à la tradition.

La syntaxe d'accord ne présente guère de particularités en dehors des attractions et.des syllepses : le sujet de l’iafinitif est attiré au nominatif par celui du

‘ Cf.fin du la précédent chapitre. — ? Cf. Lucien, Lexiphane, 1 et 4: 3" 660okw, <à x6pa por ÉriteBdAwalov; Soléc. 29, rotwv pnvoiv et var.

verbe principal, quand les deux désignent la même personne :

epepnéltne adte undevès Aou rpocde& éivat”, est une attraction assez rare. Celle-ci l’est encore plus : ds To pndèv ov era Cüy darohauBaves ”,

le nominatif y étant intercalé entre rc et l’infinitif. Mais voici la plus remarquable :

da % vepékn éyo eivat OOEc ”, mais le nuage semblera être mot.

AGëo est pour déËa. ‘Eys est une fois encore employé en attribut, avec attraction du verbe à la première personne :

, , e , 9 ss , . , & Thv Tupawvida 6 raboas eiui éyo #ai to Eipos .

Lucien aflecte souvent de maintenir au neutre un pronom sujet ou attribut placé à côté d’un substantif d’un autre genre, pour peu qu’il veuille insister sur l’idée abstraite marquée par le pronom :

roûto Thy Aoyokiay x&)GÜGL *.

Appodirny © éncince IoaËrréhns *.

AGnvay ro renAaopévoy ‘.

roûto ai Abñyat*.

TaÜTa à TPOGOÛOG *.

roùro remplace Apeoræyiray t°.

On a plus rarement, et surtout dans les déclama-

t Dém. &. — ? Sal. 16. — 3 Dial. D. 6, 5. — * Tyr. 2. — 5 D. acc.3. — * Portr. 23. —* Ibid. — 8 Sc. 7. — ?. Phal. II, 8. — 19 An. 19.

tions de rhéteur, comme si c'était une affectation, l’attraction chère aux Attiques :

oùtos Üüvatos, aÜTn Twoia *.

oùtos ot xavoy, et, plus haut, roùro %v à téyvn *.

La construction suivante est aussi fréquente que la non-attraction, à laquelle elle se rattache étroitement :

w4Ù Faros .

deuvoy n dyvoua*. AG GTO À opt

C'est, dans les deux cas, la prépondérance croissante de l’abstraction qui produit, ici une irrégularité de . syntaxe, là une régularité excessive.

La syllepse

TOÔGEYE RAS

est commune à toutes les époques.

L'article est généralement placé avec son substantif devant oùros :

Ô dyo oùtos.

Avec un adjectif épithète, on trouve :

rois xaXkiotors toutots (1ÉXious ”,

à dyabès oÙros vip”, ou

ai entév Tv É6douaiuv Exeivoy Tpayaduv ”, et,avec un autre déterminatif :

ro Tâs pÜdiws Toto RAGGUA ”*.

UTyr. 17. — 3 Man. H. 63 et 51. — * Ami M. 7. — ‘ D. Cal. 1. —

5 Salle, 6. — 6 S. enc. 12. — ? Sal. &1. — * Ibid. — * Man. H. 1. — 10 Pér. 8.

174 L'ATTICISMR DE LUCIEN

Par exception, dans un traité apocryphe en ionien, la Déesse Syrienne, on trouve cÿtos joint au substantif sans article : rain 200v. Dans cet ouvrage, et dans la Tragodopodagra, v. 11, l’article tient la place du relatif. — Îl est rare que l'attribut soit précédé de l’article :

o. ei hoyulofe Gi n nca muiv Tn xai roogodos... oÙ dufponoi eisivt,

et que l’article soit privé de son substantif: Tv (réduw) Kutdiy *.

Thy (dixny) êni Gavato dvéneious ‘.

Les expressions suivantes sont singulières :

ete Ô yoncuès xx à xATAdIN ‘, sans verbe, et rhéoy To Ddatoc *.

Il est vrai que cette dernière locution est placée dans la bouche de Lexiphane ; il convient de la considérer comme vicieuse. |

Les adjectifs sont souvent remplacés par des noms abstraits, comme dans les langues modernes :

vnriétnta (au singulier) ovæér", rhatavou ebouia ai noù eubaA ‘ ; dans la seconde phrase les deux tournures sont réu-

nies. Le superlatif absolu est souvent exprimé par le positif accompagné de l’article au génitif pluriel :

dousns Gppiov Toy route} G |.

4 Z. trag. 18. — ? Portr. &. — 3 Air. &&, — + Aix. &&. — 5 Le. 13. — 6 Alc. 3. — 1 Salle, k. —58 Dial. C. 5,4.

L'emploi d’adjectifs au neutre, si cher à Thucydide, à la place de noms abstraits insuffisamment autorisés à son époque: rù v«vræév, est pareil chez Lucien, en tenant compte de la différence des temps:

rù dperoy râs xopñs cuyéouoa ‘.

IL y a même de sa part quelque affectation d’archaïsme, puisqu’au début de la lettre à Nigrinos, citant Thucydide de mémoire, il remplace par ro Aëoyauévo le oyrués de l'historien *. Cet usage est bon en soi, parce qu’il laisse aux mots abstraits le temps de s’affermir et d'affirmer leur solidité ou leur nécessité : l'excès, ici comme ailleurs, eût tout gâté. — Lucien a beaucoup usé des adjectifs verbaux, négatifs ou non, et en général des adjectifs dérivés : d'yeurtos, dféaros, dveduvos, Grixoos, dreiparos, drpovonTos, YÉVLOS, GUvETÔS, ÜREOMLEDOS, patos (you) *.

C'est une habitude commune à Lucien et à Dion de préciser le comparatif par l'emploi de raw :

rävu peiboy Tñs ÉLauToD xepalñs pouneloy ,, ou par celui, plus remarquable, de pälov :

péloy roæyttegoy adrè moriaety puot doxû ‘.

La construction avec l'infinitif est fréquente, mais dans les cas seulement où le positif pourrait se rencontrer ainsi construit :

éropa... ca rapadpapelv duervoy *.

eidévar ti doc Hdtoy œixeiy ‘ ; * Salle, 7. — 3 C'est là un exemple curieux et exceptionnel chez

Lucien d'hyperatticisme. — ? Tor. 2%. — + Nigr. 411. — * Péch. 39. — Par. 10. — © Man. H.6.— *K. 1.

176 L’'ATTICISME DE LUCIEN plus souvent, avec où yeïpov :

OÙ xeïpoy adro eineiy ?, éxelvo où ysicoy eidévat ”, etc.

xeipoy est ici un synonyme familier du positif.

Le superlatif à cette époque semble ne plus être assez expressif; il est souvent renforcé par des particules de toute espèce, parfois peu compatibles avec sa palure : rœvu, dervéc, oÙto, oùto On, Àlay, olos, Ocos, &s olovre :

tà À" AuéTEER TAVU ÉdaTa ”, égti yap pÜupyvporatos devas ?, pra ao cÙta pastoy où)" ebyspès ÜnoAMGNTE 7 Tpdyuu

Pour kiav, il y a un exemple de l’Ane ‘, et pour oùto ôn et &ç oloy te uüliotæ, un exemple du Charidème ‘ aussi apocryphe. Mais les exemples suivants sont authentiques : | | © fios oïos dSporuros 3, olvos oïos MOiotoc ”, othias rheitoy écov dnodéovrus °.

Ocov ‘‘, ds oïcy re ‘* et éx1* se rencontrent avec le positif :

pupia Cox ÉYOVTas TONYLATA, / GG ay ÊTt rauro& nine.

Mais il faut noter que rauroxx, comme upix, est une sorle de superlatif. Une seule fois ‘* le superlatif est

1 Dips. 6. — ? Z. ir. 7. — 3 F. 44. — + Luc. 4. (9). —5 Tyr. 15. — 6 Luc. 55. — 7 Charid. 15, 19. — 8 Nav. 22. — 9 F. 1&. — 10 To. 12. — 11 D. acc. 3. — 1? Charid. (?), 6. — 13 Herm. 61. — ‘* Dial. D. 1,1.

remplacé par le comparatif : ruv djsive pour nv àsicrav. Enfin le régime du superlatif est qualifié par os :

toy GRÂGY TEYVY TEOPEPEGTUTN 1,

surtout dans l'expression pôvos tv dAlwv". D'une fagon générale, à cette époque, le superlatif ordinaire, usé à force d’avoir servi, ne suffit pas toujours à l’expression du plus haut degré de comparaison ; reconnaissons que Lucien n’a que médiocrement usé des pléonasmes usités à son époque.

Pronoms. Le démonstratif rso5tcc se trouve une fois construit avec l’article :

TÙS TOLMÜTUS TOY AROOUGEWV ?.

Exeivoe renvoie assez souvent à ce qui suit :

éxelyo ÉTTO TPOYEOY, DS GULEVOY My...

éacivo GavndGo, ÜruS HLAVTIS DY CÙ RLOEJIYIOTRES

éxeivo pLÉVTOL 06&, UM AGUTOMEVOS GO 6 XX ALES AnCxX AGE... oder éneivo Emmy, Gtt... ‘, etc.

Cet emploi se rencontre, assez rarement il est vrai, chez les classiques, mais surtout quand éxsivo a le sens emphatique de son correspondant latin //ud. Oro renvoie aussi à ce qui suit:

y dpxh ToÙ romputos aûtn' vv dé por Evvene.… Le sens causal de 6ç est parfois souligné par l'emploi de ‘jé :

ris àv dinyacaodar... düvato, O6 JE MNÔË TOY oixetoTéTuy

GTÉCYETO * ;

1 Par. 26. — ? Paras. 14, Ti. 55, Dial. D.2%4, 1 ; Dial. Morts, 2, & — 3 TuP.2.— 1 Nigr. 9. —"* Prom.20. — 6 Péch. 48. —7 Sal. 26. — ‘ H. V. II, 24. —* Trav. 26.

La langue de Lucien n’ignore pas ces rappels dont le français profite si heureusement (le, dont, en, y, ne) ; seulement le rappel en grec n’est pas si léger : c'est oùtos, précédé de xai et de oùdé, ou suivi de toivuw :

roûro (rù Tab) toivuv *.

dg Taye npo Toù ypnouod, Tadta K0n pobeoû , % dé duot$n oÙx Ératvos toÿ oikou puôvoy, — Toto ‘yGo. … *

L'emploi de œrés pour 6 auréç * et pour oùros est assez libre; peut-être ici faudrait-il faire un peu large la part des fautes de copiste ; de plus, l’un de ces emplois rares est mis dans la bouche de Lexiphane, 1 :

, , RE) , , , avtiGUToctaÈS To Apiotovos ëy avt :

c'était sans doute une aflectation d’atticisme. Deux fois, on trouve le réfléchi au lieu de aœùroc :

+ adTüy tas duyds *,

mais la construction même prouve qu'il faut lire autéy, el

ai (épaivero) dAÂn Ts JA KATO Ha rôeS ëv Th",

ce dernier passage résultant d'une singulière correction de Jacobi{z. | L'expression odtos éneîvos Hpddotos éctiv à avyyapie tas mäyas “ rappelle l'expression très logique de Virgtle, Æn. IT, 553 :

Nimirum haec illa Charybdis,

évidemment voici la fameuse Charybde.

17,6. —°?Z.tr. 30. — 3 Sall. 3. — * Man. H. 15. — 5 Nigr. 31. — 6 H.V.I, 10. — : Hérd. 2.

Un atticisme cher aux pédants du u° siècle est l’intercalation dans le dialogue de 3 d'à", dit-il; mais ce qui est tout à fait incorrect et ne saurait être, vu le nombre, justifié par les erreurs des copistes, c’est :

ñ d'os à Avéyanaws, conformément à un passage du Leæiphane, 2 :

ñ d'oc o Kad:

la même faule se retrouve souvent : dans les œuvres authentiques de Lucien. C’est une imitation visible du ñn dés de Platon, que, sans doute, dès cette époque, des additions marginales entrées dans le texte rendaient plus clair pour le lecteur :

« dit-il (Socrate). »

Le Charidème (?), 25, une fois de plus, nous présente une expression tout à fait anormale :

Tr M. où tTocoütov éméÂnce ts yosits Toy otxwv ñ OGOY TOUS ELGEDHOUÉVOUS ÉRTANTTEL.

C'est un pur solécisme. L'emploi de x ne donne lieu à aucune remarque importante : une fois tivos est interrogatif indirect :

éGéhw eidévar Tivos dyabod ToUTO HoLoUGLY + ; une autre fois il est précédé de l’article :

To pv TIVU RUATEUELY, TOY ÔÈ naaouTiAGELy DIDATROUEY *.

4 Lex. 2.— ? Sc. k. — : Ami M. 7, et passim, B. 9, 32, 47. — & Ami M.1. —° An 24.

: Nombres. — Lucien se désigne ordinairement par le singulier :

éyo Zvpos àvnp,

dit-il quelque part ; quelquefois cependant il parle au pluriel :

où yéo 6e tpayeidy tva pes dEouey ”, x dy ® vÜy dédua UTEG EUAUTOU... GROONGALEVOL À [4 DV”, oùdè éxeivo ot ixavéy. . ÎGEœumev yap ÀAdyou dEtot ”.

On cite encore d’autres exemples : dans l’Apologie, { et 45, l’habitude du haut fonctionnaire disant : « Nous, préfet de l'Egypte. », pourrait contribuer en quelque chose à l'emploi du nombre, si nous ne voyions dans les deux cas le singulier juxtaposé au pluriel. — Le duel se rencontre environ 80 fois dans les écrits au. thentiques, si l’on y comprend l'usage de quelques vieilles formes : vo *, co *, elc., tombées en désuélude.

La règle rx Éga rpéye est rarement violée: une fois * le pluriel ivicrayra est accompagné du sujet (rx) Our, et, ailleurs ’, le pluriel %oav après t& xopactæ taira. Dans la phrase suivante ‘, le singulier sito mérite d'être signalé, en ce sens que les sujets sont reliés entre eux par té el xai :

ystro Onoeds te xai Ayudeds nai Alas à Telauœvtos.

L'expression de Thucydide, ddüvaré éot, pour &dvvarov, se rencontre bien dans la bouche du pédant Lexiphane, 2 :

xüi Ôn JE ATUTNTÉE .

{M.Rh.3. — ? Amb. 6. — * Ha. &. — ‘ An. 16, Herm. 35. — 5 Dial. Morts, 3, 1. — Nav. 1. — Pr. 19. — $ Hérdt. 1. —" Luc. 36. — 8H, V.II, 23.

LA SYNTAXE DE LUCIEN 181 mais Lucien dit aroudaatéoy éctiv !, et même émapey drive peuxtéoy TO ioropias ouyynéportt", et | énaç vù Onpia tryveuréov ? :

c’est l’excès opposé, et non plus simplement le rétablissement de la régularité grammaticale.

Cas. — L'accusatif précédé de l'article semble, dit Schmid, emprunté à la langue d’Hérodote : 6 tv cüpryya, à tas Ska éxatouBés. Dans la Traversée (4 et 13) notamment on trouve : à ro Eÿkoy, l'homme au béton. C'est un déterminatif du sujet'. Le verbe peut être déterminé par l’accusatif neutre d'un adjectif en guise d’adverbe; l'exemple suivant, entre beaucoup d’autres, est très remarquable :

devès Bhémovres nai péya xeynvôres puoèy pÜéyyovrat aai ioxvov rai quvaundes ‘.

ILest assez rare que, dans ce cas, l'adjectif soit précédé del’article :

énedn Tà nüy Muougs TAY masévrav *, et qu’un substantif fasse fonclion d'adjectif : éptotapefla notauà oivoy féoure Es ! Herm. 23. —? Man. H. 6. —®F. 26.— L'accusatif grec, xonszèe sù 400, avait à peu près disparu dans la xotvà Gtékexznc : il

était exprimé par la préposition xaz4 (acc.). #Nigr. A. — © Désh. 5. — 7H. V. I, 7.

Le génitif de qualité a déjà été signalé comme latinisme, et le génitif partitif après osoÿros, comme un atticisme, quand le pronom n'a pas l’article ; parmi les génitifs de cette espèce, Hérodien et le Scoliaste de Lucien rangent la formule :

HOTÉWYA TOÙ HOKVIOU |

Le génitif final marqué par toù suivi de l’infinitif est fréquent dans Thucydide à la fin des phrases :

Toù Tüs nposodous [LEA OV iévar at *.

Lucien, d’une façon plus large, a pu dire :

tivos oùy &yafoù dvÿ Taûta * ; ééhe eidévar tivos dyaÿod todto motousty* ;

Le génitif sans préposition après un verbe passif passait pour un atlicisme, bien qu'il ne se rencontrât pas chez les prosateurs attiques :. les tragiques seuls en ont fait usage. Lucien en fournit un exemple :

épopémmy oÙGæy aùTob ”, sans parler du proverbe évopevos toù Nixoctpdtou *,

qu'il cite à plusieurs reprises,et d’un passage de l’apocryphe Charidème, 9:

oÙx © Zeus paôvos Eau ToÙ adAdOUS.

Le génitif de temps signifie toujours « dans l’espace

1 Ti. 48. — ? Thuc. 1, k. — 3 Coll. 5. — + Ami M. 1, — 5 Ass. D.5. — 6 Man. H.9.

de » ou « depuis », sauf à deux places où il marque la durée :

Ty 600 EE pévoucay Toy ÉEÂS [LEON ?, Éouxx évtauba dratoibery totdy D TÉVTE UEpÈV *. Ilest vrai qu'ici le génitif peut être régi par le préfixe ÔLa. | Enfin le génitif du point de vue est fort peu employé : a GAAX Toùs pév ént Ta dEBL eistOYTY dpes”.

eDpe TOUTO pLÔVOY ÉRIYEYPAUÉVOY ElGIOVTWY Ti Tù Êesla Toûs 1 Aumvo ”.

éy dEËLX eictévroy ‘.

Le datif de relation, dont le seul exemple en attique est, ou peu s’en faut, la locution 5 toôno, n'est pas atlique dans ce passage de l’Ane, 43 :

Aentôs yiyropat au Gobevns TO cart, non plus que le datif de temps, Dial. C. 8, 2 : éyn sixogu Eterty ératonousu, où À OxTmXRIÔERGETIS, ni Le datif absolu (latinisme ?) El, de Dém. ? 40 : AptGTOTÉAE PLAOTUPL.

Adtois avec le datif sans article, si fréquent dans les ouvrages de Xénophon, est d’ailleurs régulier : , . . ” , = . ; 6 pavrpey els T0 Gpos aùtoïis GÉéhous ”, TAVTES ÉTUTOLYOUTAL QUTR DL} EATIAT 7,

1 Dial. D. 10,2. — ? Luc. (?), 3. — * Ami M. 18. — ‘ Dial. Court. k,3. —5B.8. —°K.923 —7TI. 33.

datif qui dépend peut-être du passif (forme moyenne) éTUTpUpOUT EL. |

À plusieurs reprises les emplois de la question ubi et de la question quo sont interverlis ; assurément, sur 5 exemples de ubi pour quo, 3 sont apocryphes ; mais on à : |

Xe Tapa Got ApisTinTos ‘, et pouré api Got”,

que Jacobitz a sans nécessité corrigé en cé. — Quo pour ubi est un peu plus fréquent, puisque, sur 9 exemples, 2 seulement sont apocryphes :

Kdyo... op@y oi xwduvou xabeothey ”, yo uno (acc.), 3 exemples *, anoxeupévos els ”, dvwpoyxÜn Oncaupès ürè rov Eouñv*, | xemévos mi (acc.) ?.

Donc, la syntaxe des cas présente, en somme, peu d’irrégularités ; les anomalies dans la construction des cas avec certains verbes ne sont pas plus nombreuses :

rdv natéoa ÉXTOLIAY TEROMMAUS (—ÉATETUNAÈG) ”, tdaËa puhocdpous crouddTavtus TApUGITIX ”, ürodvoput, Uno avec Eis ”, | npootintuy AytAléa Aa lxeteboy ”.

Eù row se construit régulièrement avec l’accusalif : Lucien a dit : |

= L , , Û + , 1 TGV TOUS EUEPYÉTOS UT’ EU TOLOUVTUY 7,

1 Dial. Morts, 20, 5. — ? Dial. C. 10, 1. — 3 AI. 55. — + Coll. 12, Cog. 14, Pèch. 36. — ® Man. H.5. — 6 Nav. 20. — 7 Zx. 4. —8 K, 12. — ° Par. 37 (latinisme ?). — ‘ An. 37, Dial. Morts, 27, 3. — Avec sis, Herm. 71. — !! Par. 46. ’Ix:=c5wv peut avoir exercé quelque influence. — ‘? Désh. 19.

La syntaxe du verbe, et surlout des modes, est, comme toujours, la plus importante : nulle part il n’est plus facile de saisir, par l'analyse grammaticale, le sens de la pensée ou du système de l’auteur, car nulle part les rapports de la syntaxe et de la pensée ne sont plus étroits. Néanmoins l’emploi des voix et des modes mérite quelques observations.

Les voix. — Voici une liste de verbes que Lucien a conjugués au moyen contre l’usage ordinaire :

&vrihotGogodpat : Atovuadôwpos avrehotdopeïto tà elxéta !.

aro0Àéropat : tv fnerpov énobkenémevot ?.

Jtaxovou at : rôv ofvov huiv ypuolp Ôtaxovobmevot 3, értO5opat : éniOvo4puevor ypù Tà Gta xabr abat t. érixkelopat : énixhesäpevot 146 Oüpac, Ouvowpev 3. ÊTITÉUVOUEL : éniteuoupat tnv axoAoylav 6.

xahkAtAoyoëpar : xakAtkoyrsämevos 7.

xatabapasvopat, écrit xatabpasivoma 9.

Aerrokoyoomat ?,

uetagxeuétouar : Ex nholou elç xataywyav metacxeuaséuevor 10.

olxovouodpuat : otxovouroaobar tâv GAnv !!.

ravvsylbopar 1?, gupietopat 18 : ébütata oupléoupat. — oupl£opal ri pédos.

Le verbe dpuétomar a été employé par Platon ‘, le verbe éu61$atoua par Xénophon !5, éuxedoouar par Proclos *, éurokuwoua par Cicéron ‘’, é&v6eaboa par Hérodote ‘*, ebropoïuat par Aristote ”, rapaïowumar par Denys d'Halicarnasse ”, rapnyopoüpat par Hérodote” ; de toutes ces formes, Lucien ne présente que des exemples tout à fait isolés. D'autre part, il a employé les

1 B. 40. — ? H. V. II, 47. — 2 Luc. 53. — + Ti. 9, — * To. 50. — 6 P. Portr. 16. — ? To. 35. — * Dial. M. 21, 2. Cf. Diogène Laert. 2, 197. — 9 Pr. 6, et Z. conf. 10. — 19 To.57. — ‘1! Man H. 51. — 18 Diel. C. 184,14. — ‘5 Nigr. 10. — D. acc. 12. — ‘+ Rep. 39e. — 15 Hellén. 5, 1, 19. — Lucien, Trav. 51. — ‘#4 Alc. 60. — !7 Ad Attic. 7,7, 7. — 1% Lucien, Alx. 13. — Hdt: I, 63. — 1° Œc. 2, 2, 4. — 20 Denys, 2, 70. — 15, 108. — 9, 55, etc.

formes aclives suivantes, qui sont rares : GALOTmoaTs, éXTOpIGO, TpOGapaGÉ, Sgnnoxs . El ruséyo au sens de se prostituer à quelqu'un * ; l’aclif de ces verbes est inusité ou change de sens suivant la voix. Bien plus nombreux sont les exemples de futurs moyens pris au sens passif :

nävres Enutpitovtar aùTA OLMAERTIAN *

Cette anomalie était, au témoignage de Mæris, regardée comme un atticisme; elle avait au moins le mérite de simplifier un peu la morphologie, et d'abréger une longue désinence.

Les temps. — La forme passive du futur, nous venons de le voir, tendait à disparaître ; rxoôncona était remplacé par 6abouar ; mais en même temps le futur antérieur était fort employé, soit avec une nuance de seus parfait :

(EX) & T9 Towadt ñ à Xeopoyivo Tebaerat *, demeurera ensevelie, soit plutôt sans différence d’accep-

tion, comme le prouve, dans l’exemple suivant, la juxtaposition des deux futurs :

oivo cet xa ÉTL TOU VÉATUOOS TETAEN AU ÉRMEÀNON Tà GUuTnoGiD”.

Dans ce passage du Toxaris (62), c'est bien encore le sens du futur ordinaire :

05 Gy MTTOY VÉMATAL ATOTETMNGETOL.

® 1 Songe, 15 — ? Cf. Aristophane, Lys. 162. — 5 I. 23. — ‘+ Dial. Mar. 9, 1. — * Dial. D. 4,84.

En fait, la diflérence qui sépare les deux futurs est souvent peu facile à distinguer : on trouve employés les futurs retpocopat, yeypapopar, deôiaopur, dedtxacop, élonaopat, el, plus rarement, xexAmoopo, Àecibouou, neradoopar, renpaËouar, éppibouo, toujours avec le sens passif ; le voisinage morphologique de 6agouar et teaponar favorisait l'emploi passif du futur moyen.

En revanche, le futur antérieur actif a disparu de la langue en même temps que les formes r:E t et éthës * ; c’est encore une simplification. — A l’indicatif, le futur remplace le subjonctif délibératif après é6éko et Boiouu, contre l'usage allique : à côté de Bouks rapoyaye ; on trouve foika éniéaocmeba ; el Boiha rpocüñow ‘; ailleurs, Gékes dimynoopet * ; éGéhets yo abs éndvequ ; nataplôpicouat*; [foûke drzato)oynaopat noôc ce * ; Le verbe principal semble être mis entre parenthèses : « Veux-tu que nous embarquions » est remplacé par: «(si) tu veux, nous embarquerons ». Tous ces exemples sont tirés de dialogues écrits en style familier. — L’apocryphe Lucius fournit deux exemples remarquables du futur à l'infinitif :

30 : ësyoy nv T@ omAaTn dmontevely fee, 50 : puoboy Unécysto ei ouyympoess ati... Tv vUxTa avaraysEs OL.

Le présent historique est recommandé par le rhéteur Aristide pour donner au style de la simplicité (äpéerc) ; on le rencontre souvent, surtout dans Luctus et l’Hisloire vraie.

L’aoriste est quelquefois confondu avec l’imparfait,

1 Cf. page 84. —* Portr. 44: iornin. —* Trav. 6,5 et 9. — * Herm. 80. — 5 Nav. & et 26. — © Ti. 37.

comme pour y ou #onv ; c'est la règle en allemand ; Lucien ararement employé l’aoriste gnomique, presque inconnu au latin et tout à fait inconnu au grec moderne.

La forme périphrastique du parfait se rencontre dans l’Alewandre, 61 : L |

dvdot Ov yo navrov malota Oauuacas Eyu, p Ÿ

Cet exemple est isolé : à cet égard la langue faisait peu de progrès dans le sens de l’analyse. — Avec le sens du présent, le parfait se rencontre déjà chez les classiques et dans la Rhétorique de Denys d’Halicarnasse ; Lucien a dit :

dpäpevos Ô Ôidxovos TA Got TAPAxEULÉVE pÉDUY ÉAEÏVO) rapatébemey ÜrotovbopÜoas * ;

éEekndvac ”,

olo8” G re duevivo yev ; sais-tu quelle différence il y a *?.….

Voici même un exemple du plus-que-parfait employé sans. nécessité, puisque le verbe àv65 marque un état ; l'imparfait suffisait donc :

To Édapos payaipars énvüae .

A l'impératif, le parfait moyen était recherché comme un atlicisme : dédeëo *, némavoo *, xéxpayG" (forme hybride). Quant à l'infinitif parfait après ypn ou dei, nous ignorons si c'en est un. — Comme il arrive souvent aux époques de décadence, le participe du parfait aclit à sens neutre ou du parfait passif, c'est-à-dire de la forme temporelle où l’idée d'action est le plus effacée, fait de plus en plus fonction d’adjectif, et souvent est susceptible, soit de degrés de signification, soit de

‘ Sal. 26. — ? Sal. 29. — 3 Sol. 11. — + H. V. II, 30. — 5 To. 25, 53. — Cf. Homère, I!. E. 28.— 5 Ami M. 36, Nav. 39. — T Ti. 53.

désinences adverbiales : éypmyoporus !, pperonmévax ”, TapnpEAn EVE *, Tepuhaypivos *, tebacpaxôta *. Les mots se sont usés, et sont arrivés à perdre tout sens verbal : la langue vieillit évidemment.

Les modes. — L'indicatif propre est régulièrement employé ; tout au plus peut-on relever quelques coustructions singulières :

1° au présent : ôpa ph toùro pnot Tuytädns ”, véritable proposition interrogative indirecte ;

togoUtov déu... @ote mot JOXG ‘, et, un peu plus loin :

oÙy oùto Anpodoxoc... tits Àéyoy Édtiv, Gate Anonaat... 2° aux temps passés :

ûv y tt émppañuuoas Àôn, où inror xatépheëay taüta”, pour xataphéEouaiy OU xataphéyotey dy ; péuvngo fuiv dyew.…, el vas duvato, tüv rupatidov piav'? ;

ici l’auteur exprime un soubait qu'il croit à coup sûr irréalisable ; il fait parler ironiquement le personnage. La laitière était convaincue, mais parlait dans le même esprit, en disant :

« Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable. »

Oùtus... &ote est construit avec l'indicatif d’un temps passé :

oÙto ay éott tù éniypapua, Gote ovhouny adro Môn

énvyeypapÜo

à Itokeuaios oûtos éEsxavtôn, ...ote .…..ebfue Eade ‘7...

‘* Herm. 1. Cf. Plutarque, M. 32. — ® Danse, 67, änaë. — ° Am. (?) 50. Denys Hal. 7, 12. — + Ami M. 6, exemples de Xénophon, Isocrate et Démosthène. — 5 Désh. &. Cf. Polybe, 2. 10, 7. — 9, 9, 8. — * Ami M. 29. — 7 Salle, 15. — * Salle, 18. — * D. acc. 1. — 1° Nav. 15. — 11 Dém. &h. — 12 J), Cal. 3.

Assurément la longueur de la phrase justifiait ici une anacoluthe. Mais dans l'exemple suivant l'indicatif est tout à fait inattendu après iva av, « partout où » :

GouAEvg any atoukigat... Îv, aUtoY Thy TEPÜ0YOV &y VAdttay Ôtéuyov !,

et, dans celui-ci, conformément aux libertés de la syntaxe grecque et du langage parlé, l’altraction modale n’a pas lieu :

oUy iva..., ei Éxutoy Énhy péowv énéGake, xaTayvOTE Ha LLIONONTE

3° au futur. Le futur de l’indicatif est assez librement employé au lieu du subjonctif ou de l’optatif aoriste :

tivos oùv ÉveXX pin Totoope * ; tive Buurov ei xpuôñoetat * ; dédta un d0ëw (subjonctif ?) ’, padeis apéro ës Tov veby, Évriva pui Éy® KaRËGO *. Kaæléoo peut être un subjonctif, mais ce n’est pas cer-

tain, puisque Lucien connaît également les formes xal® * et xadido ”.

ÉppovriGoy si émauvédovtet ”.

4° à l’irréel, qui est employé pour le potentiel : si Anobavor, àv édonate'", pour doite dv. lei l’orateur considère le don comme im-

probable, malgré le meurtre accompli, ou encore le don

‘1, 2. — ? Salle, 32. — 3 Phal. IX, 12. — + Phal. II, 13. Supposition inadmissible. — 5 Portr. 2. — 6 To. 80. — 7 Ti. 52. — 9 Al. 49. — 9 Salle, 5. — 19 Tyr. 43.

comme certain, si le meurtre — simplement possible — était accompli, ce qui n’est pas encore fait. Quoi qu'il en soit, ces particularités dans l’emploi de l’indicatif, cette tendance à en élendre l'usage, vient de la propension qu'a Lucien à écrire simplement, et à se rapprocher, dans la plus large mesure grammaticalement permise, de l’usage de la conversation.

Le subjonctif se rencontre irrégulièrement, soit avec un relatif sans &, soit après ei (ce qui rentre dans le cas précédent), plus rarement après noi el Ewç. ‘Av manque avec le subjonctif, l'optatif et l’irréel, quand la règle l’exigerait. On trouve ce mode après oùx £yo éraxc :

oÙX yo OTGS AUUOGHL Toùs RÜTOY !.

‘Qc se comporte comme un pronom relatif ?:

ta J'ÉAÀX AaTù PoÏy PÉpETOL DS UV TU YN ÉAUITOY TUPAGU- PILLEVX.

*Ecte dv, qui est un dorisme, est peu régulièrement construit avec le subjonctif, pour l’optatif sans à :

Ocpéns TLS ELTTNHEL TEOULÉYONY gt av 2EUNpta VOS AD ärékntat", puisque méppévoy représente un imparfait ; quant à la phrase suivante, elle est inintelligible si l’on maintient mx au lieu de pé : |

égT'äy Ah ÉTEPOS Go! À07y0S SULUAYNGAS APÉANTAL TAG Bis ‘,

On trouve exceptionnellement & avec le subjonctif délibératif, avec ivo et l'indicatif (cf. supr.), avec l'infinitif futur :

. û # LA , * , = - | b Éksivoug &v olat QIXGISTENOV QITIATEGURE TOLRÜTE ROLIÜVTAS ,

dé povny itecÜar &y tà yryvomeEva oipat ‘*

! Salle, 30.—?Z. tr. 22. — 2 Man. H.91. — * Herm. 21. — * Péch. 29. — F5.

Dindorf a écrit itoacôc : avec le participe futur :

évvoeis oious eixôs auy Gnhots ÉcecÜat Toùs aa yupLvoÙs av @iboy toïs duspevécty éunoumaovtas *,

corrigé par le mêmeen éurowoavræs. On peut citer aussi le passage du Soléciste (2), probablement blâmé :

guyicay &y elnep ëGelmoetus,

peut-être pour ouveis dv, ce qui justifierait à La fois la Jecon des manuscrits et la correction des éditeurs : la leçon, en ce sens que la faute du Soléciste est ordinaire dans le langage courant ; la correction, parce que c’est bien réellement une faute (cf. p. 161). C’est ainsi que les philologues ont très souvent hésité entre le désir de rétablir le texte exact, et celui de l’établir correct.

L'optatif est très souvent employé dans les propositions secondaires, sans qu'il y ait de temps historique dans la proposition principale :

Dris yvette IIroepaïos Gaerv, ds yevoiunv els Gedv ”, présent historique (?), et optatif d’hypothèse ;

K cirov épà xai K. sis ce CppÔvtas, os OLAOTATELVTO émet plovels nuir, de pu éË ioou yevoiue0æ"… xabiTouey, &ç ui évoyAoïer “…

daovcoy 6tou ÉvExX... GG [LM YÜYVOUTO 6...

UrOÜNTOUEL, ds KOVEVAGEt

héyet ds "pvapiGous "..…,

etc., etc. En général, Lucien préfère à iva la particule os, formée comme la conjonction latine ut; àç est

1 An. 2%. — ? Dial. Morts, 13,3, —32 Dial. Morts, 13,6. — * Herm. 24. — 5 An. 16. — © An. 98, etc. —7 Man. H. &. —*® M.Rhet. 11.

ainsi emplové passim dans les Dialogues des Dieux, le Coq, le Deuil, le Maître de Rhétorique, l’Hippias, l’Eloge de la Mouche, le Pseudologiste, le Navire, les Dialogues des Courtisanes, les Fugitifs, les traités relatifs à Aronos, le Banquet, l’Assemblée des Dieux, Anacharsis. La cousitruction avec le subjonctif est fort rare:

Goû aùtoù yapiv ÉcTaAnv, 6 pr Juapleion dE € RACÜTOS ! ; ici JexpOsioe semblerait plus naturel.

ta d'A péoerat, &s ay tÜyn*, ele.

‘Qc final est extrêmement rare chez les orateurs attiques ; on n’en cite que deux exemples authentiques (Lysias, xxvnir, 14; Démosthène, xx1v, 146),dontle premier seul présente le verbe au subjonctif, romsuct ; aussi Markland et Bekker ont-ils cru devoir rétablir, comme dans l’autre (yvoo:o6e), le futur de l'indicatif. On pourrail supposer que dans une harangue prononcée en pleine place publique,devant une fouleet des juges nombreux, le monosyllabe proclitique &ç ne pouvait êlre suffisamment entendu ; mais Thucydide, dont le dessein el la concision bien connue s’éloignent lant du langage parlé, n’a employé às final que deux fois, Aristote, qu'une fois (Phys. 204, 25), et encore le ms.I porte-t-il 6rws. Lucien au contraire, sur 318 cas de propositions finales dans certains opuscules authentiques, emploie ds 297 fois *, tandis que le plus souvent iva est adverbe. C’est là incontestablement, diton, une influence du latin * ut (cf. p. 66) ; l'emploi de

1 Tim. 86. — ? Z. tr. 22. Cf. Nav. 36, Dial. Morts, 4, 3, Sc. 1, Ami M. 39, D. acc. 2.

3 Dessoulavy, diss. inaug. Würzbourg, 1881, p. 38.

* Telle est du moins l'opinion du docteur Heller, dans son travail die Absichlsälze bei Lucian, {re partie.

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