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L’ATTICISME

&s, connu des classiques, mais très rare dans leurs ouvrages, s'est considérablement développé au contact du latin, et non pas seulement parce que les particules de liaison allaient se simplifiant ; la preuve en est que le peuple, ignorant de la langue des Romains, conservait iva à l'exclusion de 6, et que la particule va, abréviation de iva, demeure aujourd’hui un élément important de la conjugaison des verbes, tandis que às a disparu sans laisser de traces. A cet égard les Atticistes se seraient donc nettement écartés de l'usage populaire ; ils auraient, en ressuscitant un emploi exceptionnel chez les plus purs Attiques, et en le généralisant avec affectation, manifesté une fois de plus leur inintelligence du vrai génie attique, et Lucien‘ les aurait aveuglément suivis dans cette erreur.

À vrai dire, il n’est nullement prouvé que le peuple au n° siècle s’abstint d'employer &s ; ce témoignage d’une pareille dissemblance entre la langue de notre auteur et l’usage de la conversation populaire serait isolé, et à ce Litre déjà suspect ; n'est-il pas plus vraisemblable que celte prédilection excessive pour os fût en accord avec les préférences du public, de ce large public d'Athènes qui, au rebours du peuple de Rome, n’avait en somme qu’un langage, intelligible à tous, et non pas une langue écrite différente de la langue parlée, ni une syntaxe des lettrés élrangère à la plèbe ? Quant à la persistance de va pour ivx, qui peut dire si cette particule n’est pas de ces mots pour

t Elien, lui aussi, multiplie l'usage de &<, et comme la plupart des auteurs de cette époque emploie mal l'optatif, ou plutôt ne l’emploie guère : ainsi on ne trouve pas ce mode chez lui après un temps historique pour indiquer le style indirect au sens large du mot. P. Thouvenin, Philologus, 1895, 4° fasc.

un temps disparus dont le poèle a parlé en si bons termes : | « Multa renascentur qu jam cecidere… .…. si volet usus ? »

Le déplacement de l'accent dans ce qui reste de ivx plaiderait plutôt pour l'hypothèse d'une résurrection que pour celle d’une persistance continue de la pardicule dans la bouche du peuple grec.Quoi qu'il en soit, l'emploi de l'optatif avec & final peut se justifier jusqu’à un certain point: à à l’origine, par opposition à äxe (motif réel), signifiait « sous prétexte que », de telle sorte que la proposition commençant par &s semblait toujours appartenir au style indirect ; or le verbe qui introduit le style indirect est le plus souvent à un temps historique ; de là cet emploi de l’optatif soulignant ce qu’il y avait de peu réel dans la proposition en &. Il est très remarquable que Lucien suit strictement la règle lorsqu'il emploie ivæ, et qu’il construit à peu près loujours ‘ &ç avec l’optatif, que la syntaxe demande, ou non, le subjonctif. ‘Os causal semble régir l’optatif à l’exclusion, ou à peu près, de tout autre mode. Par contre, après un passé, le subjonctif est très rare : des deux seuls exemples relevés chez Lucien, l’un est apocryphe (Lucius, 30, après £a), l'autre à la rigueur explicable :

Désh. 8: rüy naidov moobvénces, àe pri nésyuow (en ce moment).

Avec ras, employé d’ailleurs dans la même proportion qu'à l’époque attique, l'optatif remplace presque partout le futur de l'indicatif; mais l'exemple le

« 235 exemples avec l'optatif contre 78 avec le subjonclif (Dessoulavÿ, dans les propositions finales et consécutives. ‘lvz n'est guère employé quand la règle demande l'optatif.

plus curieux en est ce passage du début de l'Hésiode :

éxeivo anopñout WEtov, Onws xhelots.….

C’est une citation altérée, ou tout au moins diflérente du texte des manuscrits d'Hésiode, qui donne :

. événveucay ÔÉ pLot aUdnv Geinv, Gore x}touuxr Ta T' Écodpeva mp t' Éouta!.

L'altération est double : Gore ainsi employé serait incorrect en prose, et Lucien a changé la conjonction plulôt que de changer le mode; quant à la lecture xkeiou, elle prouve à coup sûr les progrès de l’iotacisme à celle époque. Le vers ne serait juste qu’en écrivant : os xAeiouu, et il faut convenir que ce dernier verbe s’accorderait bien mieux avec le sens du contexte.

L’optatif est construit après éreAnbivar avec «x au sens de érws (en latin ut consécutif).

L'optatif est employé d’une façon abusive dans les propositions conditionnelles en &i, si le verbe précédent est : — 1° au parfait de l'indicatif :

0 TpOtovos, El TUYOL, ÈS TNY TpUpLyAY TOTÉTATAL *. eluba pour, et note cyoknv dyouut *.

demvbiotar, et vis (BAërot "… L'irrégularité peut se justifier : le parfait est au fond un passé, et ei marque la répétition indélerminée d’une

action ;. l’action n’est pas aussi formellement soulignée que dans les Dipsades, 2 :

rmphcavtes, Onûte oGecbein..…,

4 Hésiode, Théog. 30 sqq. — ? Z. tr. 47. — 3 Ami M. 6. — ‘ El. M. 1.

mais l’idée n’en est pas absente; — 2° au présent de l'indicatif. Les exemples en sont très nombreux, surtout dans l’Anacharsis et l’Hermotime ; citons au hasard :

, * + , , - * L , . || Pipe TVA WITUMY aUT ei AYQËLOS ŒXIVOLTO ÉRTTELOO! xaÜioTavTat, El TOTE APXOLVTO ? etc.

Dans tous ces cas, il s’agit d'une action peu certaine dans le présent ou dans le futur, quelquefois dans le passé ; — 3° même au futur de l'indicatif:

et tu oÙx Eyor xataBadéoÜar, Enticet ‘.

el te Thv yvouny oxédato, nävu evouy edphsets ëi yYapuLoy évouto..…., OÙDÈ oÙtu TAÛTN

C’est là un usage tout à fait contraire à la tradition des Attiques, suivant laquelle on met l'indicatif après ei et un verbe principal au présent, le subjonclif avec d) après ei et le verbe principal au futur ; — 4° enfin à l'impératif :

et Toutots énmiÔeiexto... Axl oÙToL ÉnatvÉsOUTai dé, vOuube JET ba yvoouos”,

ce qui revient à « e/évnoat yropuoc ».

dague oivuy Ds Éyots ÉASYYEL el tit noomiouut GAÜPOY aiTAGUS, Ô ÉRTUNY GTOSENÉTO un dyfov, el dTuyhoeas ”.

On rencontre même cette tournure après un verbe principal au subjonctif présent :

lv", einote noheuos d'os custain, Eye"...

1! Herm. 82. — ? Anach. 24. — 3 S. enc. 1. — * Erc. 18. — * Harm. 2. — Harm.2. — 1 Alx. 21. — 4 Nav. 23. — * K.9. — :0 Man. H. $.

Ces exemples, et quelques autres d’une authenticité moins sûre, peuvent tous se ramener aux cas précédents du présent ou du futur de l'indicatif. L’irrégularité n’en est pas moindre, et ne peut guère s'expliquer que par l'usure, en quelque sorte, des règles si complexes de la syntaxe classique. Nous touchons ici à l’un des points les plus délicats de la grammaire: il n’est pas surprenant qu’à l’époque impériale et dans le style familier on se soit parfois écarté de la règle stricte. Ainsi & se rencontre avec l’optatif ‘ dans une proposition subordonnée :

fiv rh xabbors Tà Créppara ?.

époipnv ei (interr.) fBoukotofe av yevécOat*. épeobai ae ei (id.) éféhots dv * oÙx oidu el Tis &v EÙ ppov@y vas yoito ei yao oùTos Eyer... ai oUdèv &y Un” oùdevès ana} karyein °

Cette dernière construction, fort intéressante, ressemble à notre emploi français : « Si vous aviez voulu et que vous eussiez pu. » À mesure que, dans la phrase, on s'éloigne de la conjonction, il est nécessaire de fortifier le sens modal dans la forme verbale elle-même. Les exemples de & après ei dubitatif pourraient à la rigueur se justifier ; par contre, l'optatif avec ñv, ou encore avec éradav, est un vrai solécisme :

éneday xai ToUtov EmLdeEœUt *

Dindorfa cru devoir corriger ce passage, mais on trouve encore :

éneduv Joue ”.

énedav Delnaers ?,

1 Q< äv se rencontre 10 fois avec l’optatif, contre 9 avec le subjonc tif; ôruws av une fois, avec l'optatif, Charid. 7, opuscule apocryphe (Dessoulavy). — ? Hés. 7.—3 Pér. 23. — * Herm. 80. — 5 Man. H 20. — 6 Z. conf. 5. — 7 Par. 26. — * Luc. 21. — ? Am. 16.

dans des œuvres apocryphes, il est vrai. "Ev6” &, énôtav, énav, x&v sont suivis de l'optatif dans des passages tout à fait isolés :

@pnv tt yapuisai got mpokauSayoy Tÿs VUXTOS Coov &y

, L duvaiuny ‘,

est plus régulier ; mais et assez souvent, & manque au potentiel. Cette particule était parfois répétée, el comme rappelée dans les phrases trop longues, même à la bonne époque; une dizaine de fois Lucien a usé de cette liberté :

igoc Gy TaÛta..... NV AV...

oÙx av ed] yos Gpaods élvar JoËsuev dv ot.

Lay ÉDÉDETO AY xAY ÉRI ROÏŸ NYVINGEY Àv y yoys HO y... énoi "6 AY Eyoye NÜéws dy... Évoipny dy °..

Cette répétition est surtout naturelle après la crase xav dans laquelle & à en partie disparu.

. La particularité la plus remarquable de la syntaxe de l’optatif chez Lucien est certainement celte extension dans l'emploi de &ç; c’est aussi celte confusion croissante entre les deux modes personnels de subordination, confusion telle chez les Latins que le nom même de l’optatif leur est inconnu : de plus en plus l'optatif, perdant sa fonction primitive, tend à devenir un subjonctif passé.

L'infinitif, dans sa syntaxe, a moins varié. Lucien a très rarement fait usage de l’infinitif final, dont Virgile en latin nous a laissé un exemple célèbre :

Sidoniost invectus equo, quem candida Dido Esse sui dederat monumentum 7...

1 Cog. 1. — * Herm. %. — : Herm. 39. — * Dial. D. 24, 2. — 5 To. 30. — 5 An. 29 et 33. — 7 Æn. V, 571-2.

Homère a dit : 83 £'iuey; Platon, rapéyo épavrèr tépavers ; Thucydide, déxx Tüv veuv npoërepubay taTuTrÉ LATE 5 Lucien dit à son tour : -

EheUGeDoy domxas Eva, épopoy ge eivar GrehiuTravoy ”, popuiaods elvat donouey œUToUs

L'infinitif est plus fréquent dans les propositions secondaires du style indirect (cf. en latin après cum interea, cum interim), lorsque la conjonction a un sens très affaibli :

Esn.. toy Atoxkéa othocopias änox}siovra ebvoDyny ôvta, As Hat yuvarËi prerelvat

dc üy Kai paoy JUvacbar veiy

vo 'ov gobñvar aùtov *.

GOTLS &Y UULEUVOY ÉTALVÉTAL AÜTNS TAY AGUNV |.

Cette dernière proposition pourrait avoir son verbe

à l’optatif ; mais, outre qu'elle est encastrée entre plu-

sieurs propositions à l'infinitif, Lucien à l'optatif dit

presque toujours énawéceu. L'infinitif se rencontre

encore après ônep ‘, el Je puni”, Up &v, dypret ç", ét"

évÿa ‘*, dc:

Drébeucty OS ypewv elvat !”.

"Qonsp sine “* est une expression parliculière à Lucien; une fois, épeloy, construit avec le subjonclif au lieu de l'infinitif, est blâmé ‘6.

‘Oote avec l’infinitif est assez rare‘ ; c’est générale-

4 Désh. 12. — 2 Trav. 7. — 3 An. 27. — 4 Eun. 7. — * To. 19. — 6 B. 20. — TP. Portr. 5 —% Nigr. 27. — 9Sal. 33. — 19 Coll. 12 — 1 D. Cal. 18. — 12 Nav. 7. — 13 K. 31. — 14 Per. 27. — 1 H. F. 1, 9. — ‘6 Sol. 4. — 17 Ami M., Dion , Dém. 63, Sall. 18.

ee

ment à que Lucien préfère en pareil cas, à limitation d’Hérodote et surtout de Xénophon ‘ ; en ceci &, synonyme encore du latin (ita) ut, se construit comme le français pour. Il ne semble pas d'ailleurs que l’emploi de l’infinitif se soit rétréci au contact du latin, ni étendu à mesure que les conjonctions de subordination prenaient un sens plus précis.

A la syntaxe des modes est étroitement liée celle des négations, surtout de la négation pr.

On trouve quelques exemples de px après énei :

© dn Atoyévns Gpôv taÿta, émet Hmdèv elyev dre xai mpärtou,

et de très nombreux exemples de un après ét. Quand Lexiphane dit :

nuvédvopat rhv yuvaixe vogéiv, Ôte pu pe?,

il ne viole aucune règle. Presque tous ces cas appar- .tiennent au style indirect (sens large du mot), soit qu'on rapporte la pensée de quelqu'un ou le motif admis par celui qu'on fait parler, sans prendre ce motif à son compte, soit que le verbe principal soit à la première personne et qu’on donne, à ce qui suit su, la valeur, non d’une citation, mais d’une hypothèse personnelle. Le $ 128 de la syntaxe de von Bamberg : « on emploie ux si lg verbe principal est à un mode qui exigerait un », n’est au fond qu’un cas particulier de cette règle générale, que la justification de px dans la proposition complétive se trouve toujours dans le sens attaché au verbe principal. En conséquence, tout verbe principal accompagné de x a ses subordonnées construiles avec un.

AL 41, B., Cog, Désh. 23, Dial. C., Herm. 6k, K., Lez. 2, Pér., Ami M., Toxaris, 25 et 27. — * Man. H. 3. — : Lex. 19.

Avec os on trouve chez Lucien un exemple isolé de cette construction :

Eeyev n Maia &s undë (2 Epuüs) JLÉVOL TÜS VUXTUS ËV tÔ ovpavd À.

C’est le véritable style indirect. Les exemples avec

l’infinitif sont plus nombreux :

TETIOTEUXOS ph LAÂDS Taûtu Eyew duevoy ñ Eve? ;

ils le sont encore plus avec les parlicipes, même de sens non hypothétique :

pLaptupeité pot ndéTOTE ÉVARGÉGAVTI ”,

synonymes de propositions causales ou consécutives,

toujours au style indirect (sens large) ; cet usage

g’étend, comme il convient, aux propositions relatives non hypothétiques :

eidos obdéy jLe Tetoôpevoy Ô Tu ui ÉdOËEV

Quant à l'exemple relevé par Schmid de py dans une proposition indépendante au style indirect :

Kai undË oxpas sidévat ”,

il est clair que le point qui précède remplace arbitrairement une simple virgule, et qué ce cas rentre dans les précédents.

Les rares exemples d'emplois de oùx en pareille circonstance sont tous justifiés, en particulier celui-ci, où ei est un synonyme familier de ôrt :

yéhoïov EdoËev, ei où dEtoïs... oÙx Eyav*.

: Dial. D. 7,4. —? Par.1.— 3 J. V.9. — 47. conf. 9. —SEI. D 9 — (6 Dém. 13.

De même après etre :

elte eidiv, eÛte oUx elotvt.

En général, lorsque Lucien emploie oux après &i, c’est que le sens hypothétique de cette conjonction est effacé au point que l'irrégularité est admise chez les Attiques eux-mêmes, et même après éav :

ei TLG OÙx ÉYOL... ÉNTIGEL ei Jap oÙtTos yet... Ha odév &v ana] ayein *.… ei gopoi ôvres éotuaiabov... nai oùx é00Eabov … et (= net) où vüv Éyvas *…

Oùx s'emploie encore après &ote construit avec l’infinitif; dans le passage suivant, à remplace dote :

TOGOÛTOV... QG OÙX EËTOV ‘.

Voici enfin une série d'exemples où se trouvent à peu près loutes les particularités de l’emploi des négations par Lucien :

— n dt dre pndtv kiSdnhoY Éaurñ auvaduia... duxéyerat ”. — Krnsias Eyoupev à un eider ”

— oùte Ô'dv pot Joxm émohoyoy undëy aAnbës Àéyev. lpäpo toivuy nepi dv pundé eidov, pndë Emafov, etc. *. — nuvÜdvomar nap'adtoÿ ti Aotmèv Gnateis Tap'MLV ; oÙx éouknOnv ; oùx avñ}AGov ; oùx Épéveusa ; oÙx nAcbelpoca ; HA

TIG ÉTITATTEL ; pa TUS KEMEUEL ; ph... — oùx av einous ” — Tivos ÉvVEXG Lh Tomoouev" ; — 66% (d'autant plus que) an éAnoteuey :

— Bios EueAe pndë Eocoûa ‘?.

— épapélite aùtS undevos d'Alou npoodea elvar **

* Par. 1. — 28. enc. 1. — ? Z. conf. 5. — ‘I.5. — 5 Sol. — * Péch. 29. — 7 Herm.Si. — ‘ H. V. 1,3. —* H. V.I,

& k. — 10 Tyr. 10. — *! Phal, II, 12. — "3 Alex. 3. — ‘2 Dém.1. — ‘* Dém. &

On chercherait vainement chez Lucien un critérium précis de l’emploi de oùx et de px ; le quatrième de ces exemples est décisif à cet égard. Îl ne se préoccupe en rien d'éviter l’hiatus ; nous sommes plutôt fondés à croire que, pour lui, les règle de ce genre sont un peu flottantes, au gré du ton, comme elles devaient l’être dans le langage parlé ; oùx et 14 nous révèlent au besoin l'accent du malin rhéteur.

L'emploi de oùdt au lieu de xai ox est une négligence qu'il n’est pas nécessaire d'attribuer à l'influence de l'emploi latin de nec. Quant à l’habitude d'ajouter aux négations une particule temporelle, on pouvait, tant elle était fréquente au siècle de Périclès !, la considérer comme un alticisme : oûxérr, oùnw, etc., ne sont par endroits que des renforcements de oùx analogues au renforcement démonstratif en {(oyi) conservé en grec moderne. Lucien dit, par exemple :

oiômeda oùxéf” époius isyupay adtod tv ouiav eivau ?. , - LT , N + , 3 obxoUy To Ckiya Len TApÉv pndév oÙnéte rapéyev ‘.

Cet usage est rare chez lui (5 exemples en : tout) ; ; et oùr« à toujours son vrai sens.

Si nombreuses que soient les citations et les observations qui précèdent, on peut dire que Lucien a respecté la syntaxe traditionnelle des Attiques, et que, même au point de vue de la grammaire classique, il a parlé correctement en somme. C'était son atticisme, à lui, par opposition aux solécismes et aux barbarismes des autres. Mais, si les dérogations que nous avons relevées sont exceptionnelles, elles semblent néanmoins provenir à peu près toutes d’une source com-

‘ Homère dit souvent cin(o)te et oùnote pour renforcer oùx et xl. —-1 To. 37. — % Paras. 12.

mune : en faisant à peu près égales, chez Lucien, la part de la volonté et celle de l’inconscience, celle de l'influence qu'il exerçait et célle de l'influence qu'il a subie, on doit reconnaître que sa langue tend à secouer ce que les règles avaient de trop étroit, de rigoureux, de scolastique ; la langue grecque ne pouvait vivre qu’en élargissant, en desserrant ces liens qui l'avaient soutenue et maintenue, mais qui risquaient de l’étoufier. Les Atticistes, fort maladroitement d’ailleurs, se piquaient de les restaurer ab integro, comme si rien ne s'était passé ; Lucien, qui les observe sans servilité, les respecte mieux qu'eux; avec moins de théorie avouée, de formules, de recettes, guidé. comme il l'était, par un goût plus sûr, soutenu par un talent plus solide et une intelligence plus profonde, plus réelle des auteurs attiques, il est le plus consciencieux, au sens littéral du mot, de leurs imitateurs, et leur véritable descendant.

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