‹ L'Atticisme de LucienChapitre 7 sur 20 · Le Songe. Lucien vient chercher ses parents à Samosate · texte numérisé non relu

Le Songe. Lucien vient chercher ses parents à Samosate

164-5. Manière d'écrire l'histoire : la campagne contre les Parthes est terminée, et les historiens rivalisent de platitudes.

169. Pérégrinos : coïncidence (20) avec les Jeux Olympiques (Fritzsche).

169-170. Le Collectionneur ignorant, qui suivit de près Pérégrinos (Coll. 44).

Après 168. Alerandre, postérieur à la guerre des Quades (4 /r. 48).

170-171. Le Maitre de Rhétorique : Commode avait alors une dizaine d'années, étant né en 160.

1 Cf. M. Maurice Croiset, p. 58.

? Les Dialogues des Courtisanes sont peut-être le modèle le plus accompli du genre.

176-180. L'Eunuque, antérieur à la mort de Marc-Aurèle (3), et postérieur à l'institution de chaires publiques de philosophie dans Athènes. . |

181. Démonazx, postérieur à la mort d’Hérode Atticus {24) qui pourtant semble récente, et aussi de quelque temps à la mort de Marc- Aurèle. |

Après 180. L'Apologie pour les Salariés, sous Commode (4, 12, etc.), et l’'Excuse pour une inadverlance (16); l'un et l’autre opuscule fut composé en Egypte.

Quant aux ouvrages de pure rhétorique, Jugement des voyelles, Tyrannicide, Zeuxis, Hérodote, Phalaris, fautil les rapporter à l’époque où Lucien n’était que rhéteur etles considérer commece qui fut à ses yeux le meilleur produit de son talent? ou bien ne commencça-t-il à écrire qu'après sa conversion, el ces morceaux oratoires seralient-1ls, au m1.ieu de ses préoccupations nouvelles, comme une réminiscence des anciennes? Il est impossible de rien affirmer; mais s’il est vrai que le Jugement des voyelles soit une œuvre de jeunesse ! composée à Athènes, et que l’Excuse soit une de ses dernières publications, nous pouvons conclure que les questions de vocabulaire, de grammaire et surtout d'atticisme l'ont toujours vivement intéressé, et que l'hypothèse d’une édition définitive revue et corrigée par lui dans sa vieillesse, est loin d'être invraisemblable : cet impeccable rhéteur aurait ainsi tout rédigé suivant les mêmes principes d'orthographe. Ce serait moins surprenant chez lui qu'une constance parfaite et inaltérable dans des questions de ce genre.

On objectera que celte constance est simplement celle d’un copiste intelligent, et que c’est l’orthographe de ce copiste qui pourrait bien nous être ainsi parvenue. La question des manuscrits est fort grave en

1 Cf. Maurice Croiset, ouv. cité.

effet, mais elle est loin d’être aussi simple : nous connaissons de Lucien plus de 60 manuscrits d’époques, de longueur et d'origines très diverses ; mais aucun ne contient les œuvres complèles de notre auteur ; le plus ancien, B, date de 912, et nous est parvenu fort mutilé ; enfin le nombre même et la dispersion de ces manuscrits augmentent et aggravent la difficulté d’un classement scientifique. Or, 1l résulte d’un examen très attentif des divers textes que la forme, ou du moins l'orthographe de Lucien aurait été systématiquement altérée, — assez longtemps après lui pour qu’un texte correct ait pu cependant nous parvenir, assez tôt et assez peu de temps après la période atticiste pour jusüifier la vraisemblance d'une recension pareille — par un correcteur d'idées atticistes plus étroites que les siennes. Celle véritable falsification une fois admise, le principe d’une classification se trouve posé: on distinguera d’une part les manuscrits bons ou mauvais qui proviennent d'un archétype antérieur à la recension, d'autre part les manuscrits bons ou mauvais dont la source est le texte ainsi faussé, et, en troisième lieu, ceux dont la matière a été puisée tantôt dans la première, tantôt dans la seconde de ces deux classes.

Le groupe le plus considérable des manuscrits de Lucien se trouve à Rowe, dans la bibliothèque Vaticane fondée par Nicolas V au milieu du xv° siècle : ils y figurèrent dès l'origine et avaient été apportés au pape, sur sa demande, par le Sicilien Jean Aurispa ; celui-ci les avait recueillis à Constantinople avant la catastrophe de 1453. Ils portent respectivement les numéros : 87 (X, du x1v° siècle, presque complet, décrit par Hase en 1813), 88, 90 (T’, les deux premiers tiers en parchemin du x1° ou du xrni° siècle, le reste en papier du xv*, mutilé à la fin, d’ailleurs presque com-

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plet), 224, 947, 1322 (même ordre que dans le ms. 90), 1323, 1324 (xnes., 20 opuscules, dont le Soléciste), 1325. À ceux-là, 1l convient d'ajouter les Palatini, qui faisaient partie de la bibliothèque de Heidelberg, transportée à Rome en 1623, n° 73 (xinr° siècle, 32 opuscules), n° 76 {xrv° s., souvent d'accord avec les meilleurs mss.), n° 174 (xv, siècle) ; enfin 3 Urbinates, n° 119 (xu1, s.), 420 et 121, en tout 15 mss.

Les manuscrits de Paris, plus nombreux encore, ne sont pas tous aussi intéressants ; mais au premier rang, il faut placer le ms. 3011 (C), presque complet, écrit au xi° siècle, fort recommandable à tous égards ; vient ensuite le ms. 2954 (M), dont la première moitié date du xrv° siècle et la seconde du xui°, presque complet aussi; les mss. 1428 (L, xiv° siècle), 2955 (A, xv° siècle), 2056 (A, xive et xv° siècle), 2957 (N) et 3034, contiennent un petit nombre d’opuscules ; mais nous connaissons, d’après les scholies conservées à la Bibliothèque nationale (n° 345), l’ordre et les titres des opuscules contenus dans un ms. fort long, sûrement antérieur au x1° siècle, malheureusement perdu, communément désigné par la lettrex, et qu’on peut utiliser Jusqu'à un certain point.

C'est à Vienne que se trouve, avec le n° 123, ce fameux ms. B qui est le meilleur et le plus ancien de tous ; il manque au début 19 trailés, la fin est mutilée, le Pérégrinos au milieu a été coupé vers 1666, sans doute en exécution de la sentence portée contre lui etle Philopatris par le tribunal romain de l’Inquisition (1640), qui les déclarait antichrétiens ; du reste, Suidas les avait déjà censurés avec indignation; c’est à la faveur des démêlés qui s'étaient élevés entre Louis XIV et le pape Alexandre VII que les manuscrits de Paris furent mieux respectés. Les autres sont désignés

PRINCIPES DE LUCIEN EN PHONÉTIQUE 19 par H (n° 114, très semblable à T), > (n° 21), K (n° 165, d’une lecture très difficile), I (n° 302, xv, siècle, sans intérêt).

Le ms. À de Gôrlitz (x1v, siècle) est du plus haut intérêt ; il reproduit à peu près les matières et l’ordre du ms. C..

Celui de Wolfenbüttel, du xr1° ou du xrv. siècle (F), est excellent aussi, quoique Fritzsche le trouve un peu inférieur au ms. À ; celui du xv° siècle (G) est très bon, et ressemble de très près au Laurentianus U (Lvrr, 28).

Les mss. de Venise ont été longuement et attentivement examinés par Cobet; le n° 434 (Q, xne et xv® siècle) est assez complet et très bon ; le n° 435, fort mal écrit, en dérive ; le n° 436 {W', xiv° siècle, fort difficile à lire) contient, entre autres choses, 22 opuscules de Lucien ; il ressemble à 4. Le n° 517 contient 2 traités, dont le 1° manque au mss. Y. Les autres, 427, 438, 445, ne présentent pas d’intérêt.

Il existe en Angleterre # mss., communément appelés Barroccianus D, à Oxford, analogue au ms. À, D° et D‘, très courts, et E dit Wittianus, apporté d'Italie (il est très voisin du ms. Q), réduit, de 1008 pages, à

Le plus remarquable des 8 mss. de Florence est le . ms. n° 77 appelé ®æ, du x° et du xiv° siècle, collationné par Fritzsche, et peut-être utilisé déjà pour l’editio princeps ; les autres sont dits Laurentiant: ; ils ont été décrits par Bandini et ne présentent d'autre intérêt que les rapports de l’un d'eux avec le ms. F. |

Le reste des mss. de Lucien se trouve à Turin, à Naples (plusieurs mss.), à Modène (n° 193, x° s., mutilé), à Upsal (ms. du xim°s. décrit par Charles Graux, contenant un quart des œuvres complètes), enfin à Munich (ci-devant à Augsbourg): ce sont le ms. O

n° 490, le meilleur d’entre eux, et les mss. P, II, Q.

Il s’en faut beaucoup que tous ces mss. aient été parfaitement décrits et collationnés ; dans l’état de nos connaissances, aucun d'entre eux ne paraît avoir été l’archétype de plusieurs autres, et l'idéal de Fritzsche, qui souhaiterait de posséder pour chaque classe 2 mss. se complétant l’un l’autre, et dont tous les autres découleraient, est loin d’être réalisé.

La tradition pure serait représentée surtout par les mss. À, B, C, D (analogue à A), Y ; la recension atticiste, par les mss. FT, %, 0, E (dérivé de Q), F, H,R, T. Les mss. Met ® représentent une famille mixte, qui participe à la fois des deux autres; ils se ressemblent beaucoup, et, si M vaut mieux que ®, celui-ci, quand il garde la tradition pure, est supérieur au ms. A lui-même; c’est un excellent ms. d’une famille abä4tardie. Telle est la conclusion provisoire de Fritzsche ; mais son principe échappe-t-il à toute critique ? Il est convaincu — nous ne savons el nous ne saurons jamais pourquoi, puisque la discussion définitive qu'il préparait sur l’atticisme de Lucien n’a pu être publiée — que Lucien demeura fidèle à l'orthographe commune et se garda toujours de tomber dans les travers archéologiques des disciples d'Hérode : soit; et le fait, qu'il affirme, des dissemblances entre les mss. au. point de vue de l'orthographe est incontestable ; ce qui nous manque, ce que les manuscrits ne nous four niront pas, c'est l'orthographe de Lucien lui-même, qui pourrait bien avoir été celle des mss. Fr, F, Q,etc., tandis que l’autre représenterait l'inepte correction d’un copiste ignorant. Si les subtilités atticistes, depuis longtemps passées de mode, étaient inconnues du copiste, pourquoi n’aurait-il pas rectifié spontanément une orthographe trop ancienne, à son avis, pour un

auteur du second siècle ? N’imprimons-nous pas Corneille, Racine et Voltaire lui-même suivant l’orthographe de notre époque ? Ne serions-nous pas surtout tentés de les corriger à cet égard, sauf à nous expliquer dans une préface, si celte façon d'écrire n'avait : de raison d’être qu'une mode ridicule ? Où trouver une indication, une preuve indépendante de toute hypothèse ? Les contemporains de Lucien, les critiques de la génération suivante ne nous ont laissé aucun renseignement ; et, tout en conservant la classification de Fritzsche, il faudrait remplacer les termes de pur et d’altéré, non par une transposition pure et simple, qui serait aussi hypothétique, mais par les termes d’orthographe commune et d'orthographe atlicisle, sans aucun espoir d’être mieux éclairci, — si Lucien lui-même ne nous manifestait ses idées d’une façon qui échappe à peu près à toute fantaisie de la part du copiste. En effet, il nous parle quelquefois, plus souvent indirecte. ment que directement, de ses principes ; bien plus, il fait parler, en plaisantant, certains de ses personnages dans d’autres dialectes, et même en dialecte attique du siècle de Périclès. Qui ne voit combien de pareils passages sont plus précieux que la tradition si défectueuse des mss. que nous possédons ? Peut-être Fritzsche les eût-il utilisés tout d’abord, non certes pour modifier sa classification, mais seulement pour changer les titres dont il qualifiait les deux familles extrêmes, ou pour les maintenir et les confirmer. Voici d’abord, dans Démonax, ch. 26, l’adverbe Ünepartixs employé d'une façon très précise : ce philosophe raillait volontiers les gens qui se servaient dans la conversation de formes surannées ou singulières ; « un homme auquel il avait fait une question lui ayant répondu avec une affectation ridicule d’atticisme : « Eh! L'ATTICISME. 6

mon ami, lui dit-il, c'est aujourd’hui que je t'interroge, et tu me réponds comme un contemporain d’Agamemnon :

Evt yoûv épornüévre Un aœutoù Àdyoy Ta nai Unepatrixds Gnonptbévrt, « "Eyé paév ce, Épn, G étape, vÜy éoOtnsa, cÙ dé mor &ç ën ‘Ayauéuvovos droxpivn. »

Dans le Leæiphane, il se montre systématiquement modéré en atticisme; il maudit les poètes dont les œuvres ont besoin d’un glossaire, il les place au-dessous des barbares lettrés, il les compare à ces vases d’argile qui n’ont que l’apparence extérieure des chefsd'œuvre antiques, dont ils ne sont que la grossière contrefaçon. Les bornes de l’atticisme seraient donc celles de la clarté et du bon goût : l'attique lui-même, sans ces deux qualités, ne serait plus l’attique.

Le Maître de Rhétorique fut, dit-on, dirigé contre Julius Pollux, compétiteur de Lucien à la place de précepteur du prince héritier Commode”. « Choisissez, dit ironiquement Lucien, une quinzaine, une vingtaine au plus de mots attiques ; exercez-vous à les prononcer nettement ; ayez toujours sur le bout de la langue &rra, xaTu, LV, dunyirn, Aaote, el autres expressions analogues, et saupoudrez-en tous vos discours comme d’un assaisonnement. Négligez les autres mots *.. » Il s’agit là d’un pédantisme qui n’a rien de particulier au second siècle, mais qui était celui de la plupart des Atticistes. Lucien aussi a écrit é:1«, forme archaïque, mais il l’a employée à propos, sinon toujours avec l'élision apparente qui convient, du moins toujours à la place tradi-

1 Cf: au point de vue pédagogique, une comparaison entre Lucien et Quintilien. H. Rigault, Thèse latine, ch. var. ? Lucien, M. Rh. 16-17.

tionnelle. Une seule fois ‘ le mot précédent est un paroxyton. “Azra est employé une seule fois, après xai.

Manière d'écrire l’histoire, 21. ‘Yno ro5 xopud ’Atrtuds eva. Lucien se moque des auteurs qui, par affectation d’atticisme, vont jusqu'à changer en grec les noms romains ; quant à lui, ila toujours scrupuleusement respecté l’orthographe des noms propres.

Pécheur, 22. Chrysippe félicite Platon de sa xaX\tpavix dewäs Art, de la beauté vraiment attique de son langage. Platon pour Lucien est le maître par excellence, celui que l’on doit étudier alors seulement qu’on possède bien les autres (Lew. 21).

Dans le Pseudologiste, Lucien répond à un pédant, qui déclarait non attique l'usage du mot énoppds; ce mot se rencontre chez Platon et Lysias, au féminin il est vrai. Le sophiste, appelé ici Timarque, se nommait en réalité, dit-on, Polyeucte. Quoi qu'il en soit, il représente pleinement le pédantisme et l'ignorance des Alticistes en général. « Tu sais si bien, dit Lucien, tout ce qui concerne Athènes, que tu n’hésites pas à exclure ce mot, et à le bannir du territoire grec. Tu fais gorge chaude... de me voir passer les confins de l’Attique.… Mais tu parviendrais plutôt à prouver qu'Erechthée et

© Cécrops étaient des étrangers et des intrus dans Athènes que de démontrer que ’Arcods n'est pas attique et autochthone*. » Et, complétant l'affirmation, il ajoute : « Les Athéniens, en effet, désignent beaucoup d’objets par des mots communs au reste de la Grèce, mais ils sont les seuls qui appellent drszpés un jour néfaste ». On voit qu’en fait d'hyperatticisme Lucien pouvait au besoin surpasser ses adversaires.

+ D. acc. 2. popla ävza. — ? Luc. Ps. 44.

Le Soléciste, qui est apocryphe, est fort intéressant en ce qu’il donne une liste des solécismes commis par excès ou par défaut d’atticisme ‘. {1 y est surtout question de morphologie et de syntaxe, et aussi de l'emploi des mots. Cependant on voit un pédant qui avait dit TefvnËe à la 3° personne : « Il vaudrait mieux, dit un sage grammairien, ne pas atticiser, etne pas dire de mots fâcheux ? ». Le mot en effet est équivoque: c’est la 3° personne active (attique) ou ,la 2° personne moyenne (zown duéheuros). Si l'auteur, négligeant. l'atticisme, avait dit re0vñËerar, 11 n’y aurait pas eu de confusion possible. Est-ce pour cela que Lucien, qui a employé trois fois la forme moyenne ‘, ne nous présente aucun exemple du futur antérieur actif redvnëu ? Est-ce encore le motif qui lui fait écrire toujours Jun, presque jamais Ava ? La seconde forme, seule usitée avant 402, s’est peu à peu écrite avec un n, et par suite avec un : souscrit ; mais cette orthographe a été lentement adoptée, si bien que les Attiques d'avant 350 écrivent Ava, et que « s’est même conservé dans Bora, oise, Gje. Sans doute l’ se faisait encore trop sentir pour laisser au son la place suffisante ; puis J'e a disparu, et la syllabe gardant sa durée normale s'est écrite n. 11 faut donc, dit le grammairien sage, limiter l’atticisme à la clarté du discours; le plus grand des contre-sens, en recherchant l’atticisme, est d'’aboutir au jargon. Lucien pour sa part a employé Xe (D. Morts, 23, 2), ärta (ibid.), aka (Ha. 2), et quel-

1 Cf. Sol. pass., surtout ÿ, 6, 7.

2 Sol, 7. « BéAttov, à ion (Zwxoärne 6 amd Môéÿou), xai ivtaïlæ ur arrixlberv xataowpmevov. »

3 Salar. 31. vevrtomévæ ; — Z. conf. 12. telvrEetar. Péch. 10, id. Dans le second passage, il pourrait y avoir une confusion de personne avec la forme teüvréer.

ques formes analogues dans les Sectes a l’encan, où il fait parler à Socrate un attique évidemment démodé.

Traversée, 5. « Ti ydp pu Ede modypata Every Ta noù Edxhetdou vüv i£etaGovra » ; dit Clotho à Hermès en employant le plus attique des proverbes : « Pourquoi me préoccuper de ce qui s’est fait avant Euclide ? »

Enfin, nous l’avons vu, dans le Jugement des voyelles, le > se plaint de beaucoup d'évictions dont le T serait coupable, il voit dans cette substitution une influence béolienne, c’est-à-dire à la fois étrangère et sotte, il gémit de ce qu'une lettre ne peut en permanence demeurer en possession de sun domaine primitif; on a prononcé ‘Yuertos, On en arrive à Tüpos et à rañua; les noms propres sont déformés comme les autres; mais, de quel parti est Lucien ? Est-il pour le > ? est-il pour le T ? En ce qui concerne le T isolé, il semble bien qu'il soit de son parti : il dit réuepoy malgré les plaintes du >, comme il dit :5969 ‘ et ÿAwttæoyiar * pour cUpÈn et yAwrræ)yia. Le 3 lui-même a consenti à ne rien dire, c’est-à-dire à se prêter à l’évolution, tant que le « T ici présent ne lui a fait éprouver que de légers torts »; il ignore, avec Lucien, que les voyelles, ses juges, en le rendant caduc, lui ont fait plus de mal que toutes les consonnes à la fois. Quant à l’orthographe TT pour >>, Lucien, qui disposait en même temps des rx et des oc des divers auteurs attiques, semble avoir flotté beaucoup. La question de clarté ne put l’arrèter un instant : jamais, assurément, cette substitution n’a produit d’équivoque. En général, il a écrit comme écrivaient les auleurs vraiment attiques; c’est l’ortho-

Luc. Pér. 32. De même <tAor, Coll. 17, pour c'ken,. 3 Luc. Lex., 19. fl est vrai que c’est Lexiphane, un Hyperatticiste, qui parle.

graphe 22 qui est chez lui l'exception; encore faut-il meltre à part dans ces exceptions tous les noms propres et ceux qui en dérivent; à cet égard, Lucien semble avoir éprouvé de vrais scrupules de couleur locale, et s'être refusé à prononcer en Athénien des noms propres étrangers ‘; c’est là une délicatesse de naturalisé. Tout au plus, dans l’Icaroménippe et dans l’Ane (?) * trouve-t-on la forme Oetra)év, blâmée dans le Jugement des voyelles *. Il dit toujours : Nécoos *, x6Aoccos”, dévocos”, Almaäpvacaos”, Iscés", Zayahacoëws *, Zxotuscuim ”, Oecoakia”", Kacctéreav ‘*, Macoxhindev ‘*, ‘Asoÿ- 1", EïAlaaou ‘*, Anuovacoa ”, même ‘Thcoëy ‘, quoique en Attique; le féminin des adjectifs mixtes est toujours en -coa ‘* ; il dit nrûoow ‘* et rricow ”, une fois nrirro ”, toujours xaosirepos * xs ËLOc ** k conformément aux désirs du >. Dans les citations, 1l semble avoir eu le respect du modèle : avacoet *”, tésoapa U, xpeisauv * Y\ôcoav"”", écoupévoy ”, yhwcons” , ppisoouat”, Buosodoue*. Les emplois suivants, les seuls qui ne soient ni de noms propres, ni de passages cités, sont donc, étant donné leur petit nombre, une véritable anomalie : Te odpay Fe, riydgae ”, MGGÔTEpov *”, Poaida” MECS cmpésgovto ‘l, Gahacoonotmc ‘, GTEXOPUGTOUNY , Bpassopevos ”

1 Lucien. Man. H. 21. — * Id. I. 15. — Luc. 1. — 5 Id. J. 9. — + Id. Danse. 50. — ÿ Id. Man. H. 23. — Cog. 24. — S Id. H. V. II. 42. — 1 [d. Dial. Morts. 24-1. — 8 Id. Exc. 8. — ? Id. Man. H. 34. — 0, Id. Man. H. 35. — !1 Id. Danse. 14,52. -- 12 Id. P. Portr. 7. — 13 — Id. To. 24. — Id. Z. tr. 42 — 15 Id. Salle, k. — 16 Id. Dial. C. 5, 2. — 17 1d. Nav. 13. — #8 Id. Herc. &. — 114, Dial. D. k&, 5. — 9 Id. Ami M. 34. — An. 30. — ?1 Id. Herm. 79. - d. Man. H. 34. — ? Id. Dial. D. 4,4. — % Id. Dial. Morts. 15, 1. — % Id. S. anc. &. — * Id. Ap. &. — Id. Man. H. 32. — 8 [d. Zr. % 3. — ® Id. Portr. 13. — 3% Id. Coll. 28. — % Id. D). Cal. 24. — % Nigr. 32. — S Dial. D. 8, 1, mot non attique. —- * Hermot. &, mot non attique. — 35 Harm. 1. — % Sc.-3. — 7H. V. I, 44. — $ H.V. KE 42. — 3% A)x. 57, mot non attique. — 4 Æun. 12.

œuvaoäy *, nutacoesôat *, œyvosceg *. Encore n'est-il pas exact que tous ces mots aient été écrits chez les attiques avec deux T. Les 23 sont généralement employés dans les apocryphes Epigrammes et Exemples de longévité. Le cas est à peu près le même que celui de la prononciation péripétie en s ou en t, et se rattache à la question générale de l'influence du iod sur la muette précédente, par l’altération de cette muette et son assimilation avec la voyelle. C’est dans tous les cas une trace d’éolisme que ce changement de voyelle en consonne.

Ainsi, Lucien en général, comme un pur Athénien, écrit yAôtra pour ykëcox, d’où nous pouvons conclure, presque à coup sûr, que cette tradition des Attiques s’élait conservée dans la prononciation d'Athènes. Il a même suivi les Hyperatticisles dans l'extension de ce principe, que les co durs, comme le ; doux ou &, sont à peu près également remplacés par =. Il dt une fois &ouo6s", mais d’ ailleurs GOporte | , GUoËTtO *, GpAttu

Le & a fait tort au > dans ci initial, non ailleurs, semble-t-il, bien qu'il y ait souvent incertitude dans le futur des verbes en -£w. Evidemment la forme primitive a dû être £ et >, car, si l’on s'explique très bien l’affaiblissement des consonnes doubles dans un dialecte doux comme l’ionien, on s'explique difficilement un renforcement de consonne simple autrement que par le redoublement du même son ; on a donc peu à peu prononcé le mot Eïy comme en italien Alessandro, et, en 402, l'écriture s’est conformé à celte prononciation. D'où il suit qu'à cet égard les Atticistes étaient partagés entre deux tendances : celle d'écrire un &

1 Di. 16. — * M. Rh. 19, seule forme attique. -- : K.95. 274! etoru. — Par.&. — 5 Ap. 1. — Herm. 15. — 5 Ap. 5. — P. Portr. 29. — 1 H. V. Il, 44. — D. Cal, 19.

comme Thucydide, ou un > comme Platon. Si l’on avait réfléchi que Thucydide et Platon prononçaient très probablement de même, on n'aurait pas: hésité un instant : que dirait-on aujourd’hui d'un poète admirateur de Ronsard, qui écrirait je scaï? Lucien ne semble pas s'être préoccupé beaucoup de cette question. D'après les manuscrits, nous trouvons où employé à côté de Et, plus rarement, sans doute, mais sans motif apparent, ni distinction quelconque. « Je ne me suis jamais plaint du #, dit le 3, qui a violé notre traité ‘. » Quel traité ? Celui en vertu duquel # exprimerait seulement les sons y, xç, ys ? Ou bien le & a-t-il tout simplement volé au > le mot Zuyd%xn, qui retrouvait alors l'orthographe Evydxn ? Le 3 ne parle de tout cela que par prétérition, Lucien ne paraît pas s’en être inquiété davantage. Faut-il l’en louer?1Il nous est bien difficile aujourd’hui de concevoir exactement quel effet devail produire cette bigarrure dans l’orthographe, qui s’étendait peut-être à la prononciation même *. Un usage analogue paraîtrait bizarre en français; Lucien est en général si hostile à toute affectation, que peut-être devons-nous conclure qu'il n’en trouvait pas à ce double usage.

« Je pardonne au P mon voisin », dit encore le x, à celui qu’il appelait tout à l'heure « cet excellent ‘P. » . Il aurail sans doute parlé autrement en latin, où se trouvent tant d'exemples de rhotacisme ; mais ce phénomène est inconnu au grec, où le > tombe souvent, au

‘ Lucien. J. 9. «... puot pnôënote Éyxaéoavte... + Æ näcav rapaoävri cuvôtarv, xai ouyypavia <üv rosodtuwv Eyovre BouxvdiÔTv souuayov. »

* Dans le Soléciste, 5, un jeu de mot sur Afua (présence d'esprit) prononcé Aïuua (profit) semble indiquer qu’une affectation à la mode consistait à doubler les liquides dans la prononciation; ce passage prouve aussi qu'à cette époque on entendait encore les consonnes doubles.

rebours des autres lettres caduques, sans compensation apparente. En moyen atlique le groupe PP remplaçait dans quelques mots le groupe P>3 que l'on affectait d'éviter : ainsi péiow a donné au futur o6% et non pbéoa pour o66p-e6-w. L’altération PZ en PP est un cas particulier de cette tendance du grec non éolien à diminuer le nombre des consonnes ; aujourd’hui, dans la Grèce entière, les consonnes doubles sont prononcées simples : A a donné Z qui se prononce comme un Z français; T>, A3, OZ ont donné > simplement (non caduc, il est vrai). Entre l’ancien et le nouvel attique, Lucien, comme presque toujours, sans ignorer l’ancienne prononcialion, préfère visiblement la nouvelle : il emploie trois fois la forme Oxo ‘, une fois la forme doanv *, deux fois la forme ycpoætos *; il dit d’ailleurs bappé, Gop'ny, XEPPOVAGOS, et aussi 40pon ‘ et pvopivn *, comme le > lui-même déclare le trouver tolérable. [1 va plus loin, et arrive au même groupe PP en partant d’un point tout opposé : Homère, au début d’un vers, avait employé deux fois * la forme Boopñc pour Bopéns, et cette forme avec po a été importée en attique vers 410 * : on trouve oxspa dans le Lexiphane (23) et ailleurs, et Bopots dans les traités relatifs à Kronos (9,11), tandis qu'on trouve Bepéxs dans la Danse et l’Icaroménippe %. C'est évidemment une affectation.

Quant aux prononciations évdchéyeux, xodoxuvtn, la première est générale en grec moderne, la seconde prouve que le 8 n’avait pas encore le son sifflant qu’on lui a donné depuis. Lucien n’a jamais écrit ainsi ; mais,

t Ho (?), Ami M. 24, El. M. 5. — 3 Luc. (?). 28. — 3 El. Dém. (?). — Coll. 20 — * An. 40. — Pr. 10. — 5 Man. H. 19. — 6 II I. 5. — 4. 195. — 7 CIA.2,777, &, 11, 17 (vers 400 av. J.-Ch.). Thucyd. VI, 2. — 8 Danse, 40. — I. 25.

bien qu'il emploie ordinairement l'orthographe pô, il a écrit y une douzaine de fois au moins. Est-ce d'ailleurs le 3, ou le copiste, ou l’auteur, qui s’est oublié en employant la forme oraouzrew, au lieu des os qui, naturellement, figurent partout dans le plaidoyer ‘ ? Ce n’est sûrement pas l’infortunée demanderesse.

Nous n’avons pas à nous préoccuper de l’altération déjà profonde qu'avait subie la prononciation; peutêtre les Grecs ne s’en rendaient-ils pas compte; peutêtre aussi, l'accord étant complet sur ce point, les Atticistes n'osèrent-ils jamais protester contre les progrès de l’iotacisme ; quoi qu'il eu soit, il nous est bien difficile de donner une interprétation sûre du passage déjà cité, p. 82 *. Que signifie le mot 4164 ? N'est-ce pas un mot de sens contraire à celui du mot discernement, et qui s applique à la transcription textuelle et ininlelligente ? Plusieurs fois *, Lucien a protesté contre cette transcription qui, ne pouvant être totale, formait avec le contexteun assemblage « qui blesse les oreilles ». Il prononce donc comme tout le monde.

Nous pouvons sans aucun doute mettre à son compte, non seulement la concession du début : « Tant que le tai ne m'a fait éprouver que de légers torts, j'ai supporté patiemment ce dommage », mais surtout l'exclamation de la fin : « © yAwaons dnô&s vécaua 1a5. » Cette restauration du ra, longtemps lésé par le > qui le remplaçait devant une aspirée (dvus$icoua) ou devant un} (Aïous:), devenait une réaclion violente, et, comme toujours dans l’histoire des langues, inintelligente par

2 M. Rh. 16. « xat sara (Azztxx Oviuata) axpioms ExpsAstioxs. »

8 En particulier. Ps. 14. « &é pr Tapztrommev tàs daxo%ç xai TiTpwoxOUUEv Tv dovévrwv 5à Dra,

fausse analogie. Déjà, en attique, le groupe ++ avait presque partout remplacé le groupe 55, même quand oc remplaçait autre chose que +} (rear:% pour roay-}-»); puis, sans détruire la forme pourtant anormale äyvcénoouat, supplantait peu à peu le > dans ses places les plus légitimes : c'est sur cette pente que Lucien s’est arrêté, c’est là qu’il voudrait voir se borner l’évolution. Et pourquoi cela ? Parce que la langue ainsi modifiée sous l'empire de la fausse analogie est, non transformée enfin, mais déformée; et que d’ailleurs la restauration du +, ou bien sera mal faite parce que les mots en perdant leur r se sont modifiés autrement encore :

AVoyzt,

Avoust,

ou bien devra être complétée par la restauration de tout le mot primitif, chose vraiment impossible. L’usage et l'influence dorienne ont autorisé depuis longtemps les formes frrov el notre, soit; mais, quant aux altérations contemporaines dues seulement à une mode inepte, puisqu il en est temps encore, non. Lucien a parfaitement raison.

Quant aux emplois de dialectes différents de la langue ordinaire, ils sont, sinon bien nombreux, du moins très significatifs.

Les Sectes à l'encan présentent les plus importants de tous ces passages : Lucien y fait parler successivement dans leur dialecte natal Pythagore de Samos, Diogène. de Sinope, Démocrite d’Abdère, Héraclite d'Ephèse, Socrate l’Athénien, Chrysippe le Cilicien, Aristote de Stagire, enfin un disciple de Pyrrhon qui emploie, comme il est juste, le verbe dixcxérroua; mais en gé-

) néral ces trois derniers philosophes, venus à l’époque

de la xouwñ duéleuros, parlent comme tout le monde. C'est aussi le cas de Diogène, qui, né dans une colonie ionienne, vécut sous Alexandre à Corinthe. Restent Pythagore, Démocrite, Héraclite et Socrate. — Les trois premiers sont des [oniens. Pythagore ‘ baragouine l'ionien plutôt qu'il ne le parle : il dit rois cogoiar”, il répond par d1daËoua à la question ddaEsrs ; il dit xaÜaphv, nouyin, parph, népos, dpuvin, etc.; les contractions ne sont pas faites, et les voyelles se multiplient : Axéeu, ÉTÉOY, ÉVACHMTENL, TOUTÉOUGIV, ÉOUTA, GEGUTCV, CpESLEVOY, Goupactos, odeur, &vdpnios ; ajoutons-y Oxoix, Toicdect, oüvoua, ëç, ipés. Le vendeur finit par dire sfvexx, forme ionienne et poélique, tout en conservant strictement les deux tr. Les 22 sont considérés comme ioniens.

Diogène * emploie aussi les 33 et, indifiéremment, nv et ea.

Démocrite * parle à peu près comme Pythagore : TPA'ILATE, UjLÉES, ÜpRÉGOY ; HEVEOG, forme de la langue d’Hérodote ‘, rappelle par son second £ la lettre disparue qui a déterminé le comparatif xevéreoos et la forme éolienne REUVOS.

Héraclite * est presque aussi bref: r6 pour à, coéas, dyenpés, todo, messe; il emploie aussi le » euphonique.

Socrate *, lui, est un pur Athénien, véritablement antérieur à la réforme de 402, puisqu'il n’y survécut que trois ans : raÿroy au neutre, le subjonclif xataxéovtou, dnoûcet, épviüw, autant de purs atticismes que Lucien a casés là tout ensemble; une prolepse hardie :

* e - 4 w * , , ” « oÙy 6päs toy Avouêty à AïyÜnto Cccs; »

4 S. enc. 3 sqq. — ? Il dit totoiw avec un v euphonique, $ 6.

3 $. enc. 8 sqq. — * Jbid. 13. — 5 Hérodt. 8, 28 ; il dit plutôt xervéc. — 6S. enc. 14. — TS. enc. 15 sqq. Il est tout de suite traité d’Abrvatos, et de stwuvAos, bavard.

PRINCIPES DE LUCIEN EN PHONÉTIQUE 93 il s’oublie, et dit vn Aia ; il dit, c'était prévu, Gähatra, et aussi éctéou et si, mots que répète le vendeur.

Chrysippe ‘, naturalisé Athénien, fait l’Atticiste; il dit éroppatto pour dronpabu, nara si souvent blâmé, Gapper, ddaËouar comme Platon, œyv&s, mot poétique, eivexa ; il recommande comme un bon procédé l'abus des incorrections et des solécismes en sa qualité de Zohedç ou Séhorxos : « cohomtonäy éurimAGUEVOY », aJoutet-ilen employant une forme vicieuse. En quelques pages, nous avons donc un spécimen de faux ionien, d'attique, et d’atticisme avant l’époque.

Voici maintenant du dorien : dans le Banquet, 3, on cite un proverbe : « puoë pvadpova cuuroray ». Le traité sur la Danse, 14, contient deux inscriptions thessaliennes :

TPOJRPIVE TOO0pYNGTAPX À TO,

et Eilatiow Tavy cixôva © Üauos & Cpynoapévo Tav pLayay. Dans Hermotime, 39, le terme Elavodixns, usité en Péloponèse, garde le son x; Pérégrinos, 37, par une dernière affectation, s’écrie en mourant : « "EAttoy yävs ; enfin, dans le Zeus tragique, Héra, déesse d’Argos, commence par « xoiooy doyéy » ses récriminations contre Zeus.

Tels sont les renseignements qui nous sont fournis par Lucien lui-même sur ses idées ou son système en phonétique. Il écrit probablement comme on prononce; mais, d'une part, il a horreur du pédantisme, de l’hyperafticisme inintelligible et déraisonnable, il ne veut parler ni comme au temps d’Agamemnon (Dém. 26), ni même comme les premiers Attiques (Tr. 5). D'autre part, il a le plus grand souci de la conservation des

1 $. enc. 21 sqq.

formes historiques ; la mode, la monomanie de certains sons, la confusion des esprits ‘, l’abus du x suivant l'abus du o, le langage rendu obtus par la surabondance des muettes, tout cela n’est pas l'usage : c’est le caprice du jour, qui n’est pas respectable. Il ne faut pas écrire }üoa, puisqu'on prononce }von et que l'n existe à titre de voyelle particulière * ; mais on garde, à titre historique, l’: adscrit, qui seul explique la forme Onhoï pour dnkén. À la prononciation co qui est commune, il est permis dans Athènes de préférer les 7, emploi local et pour le moins aussi justifié que l’autre. La forme 6apcé est athénienne, mais de l’ancien attique; c’est presque de l'ionien ; on dira donc 6œpcû de préférence; seulement la forme 6xscà peut être maintenue, puisqu'elle a reparu dans la xouwñ dideutos, et qu’on la connut dans Athènes. EÆiy et oûv, cuupcs et puxpos, els et ës, yryv... et yiv..., y et %v, donnent lieu aux mêmes observations ; parmi ces formes, les unes appartiennent à la seconde moitié de l’époque attique, les autres sont des archaïsmes repris par la langue commune. Tout ce qui, dans celle-ci, est athénien ou le fut, est adopté ou conservé par Lucien ; il ne cherche pas plus à ébrancher, comme fera Malherbe, qu’à compellere intrare, comme Ronsard en donnera l'exemple. Ce qui est conforme aux traditions et au génie de la langue est bon sans contredit; mais les exemples du passé mal interprétés ou maladroitement imités ne constituent pas la tradition; et, dans la langue

1 Sol. 10 : 3==2 était confondu avec 3==2 : il faut le prononcer Ÿ:Aw:; non ô25iws; dit Lycinos ; on prononçait donc encore les esprits au 1° siècle.

? Ce qui prouve que les voyelles n et :: n'avaient pas encore un son identique ; c’est là un des rares renseignements que Lucien nous fourpisse sur la prononciation des voyelles à son époque.

attique si claire par essence, ce n’est pas suivre les anciens que d'écrire ou de parler pour n'être compris de personne ; c’est être infidèle à leurs principes, c’est violer la première et la meilleure des prescriptions qu'ils ont laissées. | |

On voit par là combien est délicate et difficile la tâche des philologues qui se sont chargés de restaurer le texte authentique de Lucien : en dehors, en effet, de l'incertitude qui résulte de l’insuffisance des manuscrits, la conviction dont sont pénétrés les plus éminents critiques, qu'une altération systématique a été infligée à l'orthographe de notre auteur dès l’époque la plus reculée, rend la tâche encore plus ardue : « La vie d'un bomme est trop courte pour cela », disait tristement Fritzsche, avec un si malheureux à propos : consulter, suivant ses conseils, les mss. les plus anciens et les meilleurs, suivre le plus souvent ceux-ci, sans négliger les autres, et ne jamais se départir d’une extrème prudence ‘, tout cela ne saurait suffire. Peut-être à toutes ces précautions conviendrait-il d'ajouter une connaissance parfaite du caractère et des idées de Lucien, de sa modération dans l’atticisme, de sa complaisance pour la mode et de son attachement aux sages principes, enfin de l'importance qu’il attribuait exactement à ces questions. Nous croirions volontiers que la vérité se trouve dans une sorte d’intermédiaire entre les deux familles de manuscrits; que notre auteur, soucieux

Ce conseil n’a pas toujours été suivi ; citons au hasard : D. acc. 8. Dindorf et Jacobitz *Axaôruera pour ’Axaërula. — M. Rh: 18. Jacobitz Acwvièas au lieu de la forme exotique Aswvièrs placée par Lucien dans la bouche du pédant et conservée par les mss. — Herc. & : « helota xp xaeïrar, et se péuviuat, ra av0r : les lis, dans Homère, s'appellent Àsio:e, s'il m'en souvient bien. » Halm propose ziv£4 pour +4, et même &T=a (à cette place !) : « Il y a, s’il m’en souvient bien, des fleurs qui s'appellent des lis! >»

comme toujours d'éviter toute exagération, a flotté tour à tour entre les deux systèmes, et que son indécision apparente à cet égard est moins de la sagesse et de la prudence qu’une indifférence relative pour la moins sérieuse et la moins respectable des questions posées par les Atticistes.

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