Déclaration en tête du tome I de la revue Vers et Proue
Certes, cette attitude lyrique fera place à une autre, en même temps que les lois qui régissent la qualité de notre sensibilité contemporaine se transformeront, et nous lui souhaiterons bon voyage dans l'histoire des idées mortes, comme nous accueillerons avec transport la poésie nouvelle plus en harmonie avec notre sensibilité évoluée. Pour l'instant du moins, les œuvres de la génération de 1885 ont tellement influencé d'une part le milieu ambiant et, d'autre part, se trouvent en si parfaite adéquation à notre manière de sentir actuelle, que Ton ne croit pas outrer les termes en faisant du symbolisme, pris dans son sens à' attitude lyrique ou à' idéal déterminés, et de la poésie contemporaine, deux mots synonymes. Ceux-là mêmes qui combattent le symbolisme sont tellement imbus, à leur insu, de son esthétique générale qu'on ne voit guère en quoi ils s'en distinguent l. Ce que je cherche ici c'est moins ce
1. C'est ce qu'a fort bien vu Gustave Kahn « ... Et puis les pauvres gens qui ne partagent point nos idées théoriques sont tellement imbus de l'application pratiquo que nous en avons faite, ont absorbé assez de l'influence de l'un ou l'autre de nous... que leur vers libéré et môme leur vers parnassien pro. fondement modifié n'est plus, sauf exception, l'ancien vers, et que, tel qui nie le symbolisme se sert du vers verlainien
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qui divise les poètes contemporains que ce qui les unit, et à réconcilier d'imaginaires ennemis1. De cela, sans doute, il ne me sera tenu aucun compte, car à notre époque de luttes politiques et de querelles de personnes on ne se plaît que dans les opinions violentes et tranchées. Le simple spectacle du jeu des idées et les études de littérature générale ont peu d'attraits.
Certes, il me déplairait qu'on vit dans ce livre plus de choses que je n'en ai voulu mettre. Il s'agit moins d'un travail d'ensemble, fouillé, définitif, que de points de repères, de réflexions à bâtons rompus à l'occasion de diverses lectures, de matériaux rassemblés en vue d'un livre futur.
C'est ainsi que j'ai donné une place relative-
commc un sourd, que tel qui se relie étroitement au passé développe et fait aboutir des conceptions que nous avions indiquées. » Symbolistes et décadents, Vanier, p. 10 et 11.
1. Sans doute je fais grand cas de Vlntégralisme, du Fulunisme, de l' Un animisme et d'autres groupements en isme. Si je ne crois pas devoir encore en tenir compte dans une histoire de la sensibilité contemporaine, c'est d'abord que je pense ces mouvements d'idées beaucoup trop près de nous pour les juger sainement, c'est ensuite qu'ils n'ont pas, à plus forte raison, accompli leur courbe, c'est enfin que découlant tous du symbolisme et lui donnant toutes ses conséquences il importe d'étudier d'abord celui-ci, si l'on veut comprendre ses successeurs.
ment minime à l'étude d'un Régnier, d'un Verhaeren, d'un Maeterlinck, dont les œuvres eurent de nombreux commentateurs avertis, pour analyser plus longuement certaines tendances générales à l'occasion d'œuvres moins familières aux critiques de profession.
Pour la même raison je n'ai pu parler de tous les représentants officiels de l'idéal symboliste, mais de quelques-uns seulement. Si ce livre était plus qu'une série de méditations esthétiques, la bride sur le cou, je me serais certainement occupé d'artistes tels que Paul Claudel, Francis Jammes, Saint-Pol Roux, René Ghil, Gustave Kahn, etc., dont l'omission, dans un ouvrage complet sur l'attitude lyrique contemporaine, serait chose grave.
Enfin, qu'on ne cesse de se rappeler que chacun de ces chapitres parut d'abord sous forme d'articles '. J'aurais pu les revoir, les faire plus cohérents, mieux ordonnés. Mais je courais le risque de tomber dans le système et la thèse, en voulant trop prouver. Je les ai donc laissés dans l'état et dans l'ordre où ils virent le jour. De là
l.Sur les douze études dont se compose ce livre huit ont paru dans Vers et Prose, deux dans le Mercure de France; le reste, par fragments, dans diverses revues.
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des lourdeurs, des redites fréquentes, des idées reprises à quelques pages de distance, presque dans les mêmes termes, avec une insistance qu'on me pardonnera en y voyant, une fois de plus, cette conformité du même idéal rencontré chez des écrivains originaux, mais parents d'une esthétique mère.
Tandis que ces articles paraissaient on fut frappé de leur pesanteur, j'entends de leur pédanterie. Reproche mérité. Cette petite enquête sur une portion de l'âme contemporaine n'a rien de folâtre, rien d'absolument drôle. Pas de broderies, de fioritures, de groupetti à l'occasion d'oeuvres lyriques, selon la manière habituelle dont certains critiques commentent des livres de vers. Je m'en excuse sans y rien pouvoir. Certes, je sais goûter toute la douceur d'un soir de printemps et qu'il vaut mieux vivre un beau spectacle, un ciel émouvant, un paysage baigné de lumière, que disséquer des poèmes et risquer, par une froide opération, de les priver de leur suc. Mais quoi ! les mots ne sont que des mots, et peut-être aussi que quelques-uns ont la profondeur du cœur.
A défaut de jeux d'esprit, j'ai cherché avec amour la vérité et des raisons de croire en notre époque. T. V.
Introduction. — Quelques mots sur l'homme.
I. — Le symbolisme c'est la « réintégration de l'idée dans la poésie ». L'art de Vielé-Griffin illustre la phrase de Brunetière. — Différence entre le philosophe et le poète : l'un pense abstrait, l'autre concret et, par le lyrisme, rend l'idée sensible au cœur.
II. — Une seule et grande idée chez Griffai, celle de Vie ou d'activité créatrice. Elle se décompose en deux autres : idée de beauté et de retour éternel qui constituent son système moral.
III. — Ces idées Griffîn ne les analyse pas, il les chante, — Les trois caractères de tout lyrisme : la simplicité, le sensualisme, la passion. — Griffin et les origines de la chanson populaire.