Gustave Kahn. La, Vogue, août
nieuse d'un cœur qui se dilate et d'une âme qui chante1.
Qu'on ne craigne donc pas non plus l'intrusion dans notre poésie d'un sensualisme purement impressionniste. Si le lyrisme moderne se définit « le don magique de s'émerveiller % », il est clair que nos sens sont la condition nécessaire, mais non suffisante de toute exaltation. L'intuition lyrique réclame l'âme entière et ce n'est pas seulement une de nos facultés qui aspire, mais notre être complet. En même temps que la nouvelle psychologie se refusait à admettre la division abstraite et arbitraire de nos trois facultés, sensibilité, intelligence, volonté, les poètes concevaient le lyrisme comme la synthèse d'une multitude d'états de conscience. Aussi, bon nombre de leurs ouvrages sont moins une suite de pièces détachées qu'un poème continu. Les livres s'intitulent d'ailleurs simplement Poèmes; il s'y agit d'une action intérieure à mille scènes diverses, d'une symphonie à plusieurs parties qui toutes contribuent à l'expression d'une même personnalité.