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IV. — Résumé et conclusion

L'influence de la philosophie de M. Bergson sur ma génération n'est comparable qu'à celle exercée par Descartes sur Malebranche ou par Hume sur Kant. Si Ton préfère une image plus rappro-

chée, je dirai que les Données immédiates de la Conscience et Matière et Mémoire jouèrent à Forée du xx* siècle, un rôle analogue à celui qu'eut Y Allemagne de Mme de Staël sur les premiers romantiques français.

Du fond de nos lycées et de nos collèges, où nous achevions d'assez pauvres études, la nouveauté de cette doctrine vivante, riche de sens concret et présentée avec grâce nous faisait palpiter d'émotion, au sortir de lectures desséchantes. Mais ce ne fut qu'une fois émancipés du baccalauréat et en quête des lauriers suprêmes — licence et agrégation — que notre esprit plus exercé, plus exigeant aussi, goûta tout le charme de ces délicates et profondes analyses psychologiques, toute la saveur d'une métaphysique « positive », dégagée d'intellectualisme.

Dans le silence studieux de nos chambres d'étudiants, tandis que dos fronts s'inclinaient sous la lumière dorée de la petite lampe familière, cette philosophie, intérieure ainsi qu'un poème et, si j'ose dire, symphonique, troublait délicieusement nos esprits, comme l'haleine du printemps qui nous arrivait du Luxembourg par nos fenêtres ouvertes.

A l'âge où les idées pénètrent dans l'esprit sous forme d'enthousiasmes, ces notions dynamiques de durée qualitative, de continu hétérogène, d'é-

tats de conscience multiples et mobiles, opposées à celles d'espace homogène et quantitatif, de réel fractionné, statique et privé de vie — nous fournissaient de nouveaux motifs d'exaltation, et très nobles.

Car derrière ces mots techniques que j'énumère à dessein se levaient des horizons immenses, de splendides paysages d'âme. Cette fleur de l'intelligence, que Kant avait desséchée de son souffle épais, s'épanouissait soudain en nos cœurs à la parole timide mais ardente de notre maître du Collège de France.

La philosophie de Bergson demande en effet à être entendue, commentée de la bouche même de son auteur. Elle acquiert alors sa pleine valeur. Nous étions une demi-douzaine de fidèles à nous donner rendez-vous dans cette petite salle mal éclairée, presque un sanctuaire. Bergson entrait rapidement — on l'eût dit pressé — comme un dompteur, un dompteur très simple. Il était tout petit mais, derrière cette pauvre chaire en bois sale, il semblait très grand, avec son cou tendu et sa tête d'oiseau jetée en avant, comme attirée par l'aimant de nos sympathies Assis sur des bancs inconfortables, des bancs d'enfants de chœur, nous servant de nos genoux pour pupitres, nous écoutions dans un recueillement religieux cette petite voix pincée qui retentissait jusqu'au

fond de nos vies inquiètes. Ah ! de quelle soif nous l'aspirions cette parole ruisselante de poésie I Car si la plupart des philosophes écrivent bien, beaucoup parlent mal; et nous qui ne naviguions à travers les doctrines que pour atterrir au port de la littérature hautaine et grave, de la littérature à idées, munis d'un bagage copieux de méthodes — nous ne pouvions demeurer indifférents à l'expression d'une pensée qui se voulait poétique pour être plus vraie.

Les yeux concentrés dans sa vision intérieure, Bergson parlait sans notes, sans aucun papier, tantôt pétrissant un minuscule mouchoir, tantôt joignant ses mains et les portant en avant avec le geste d'un baigneur qui veut plonger dans des cerveaux. Les mots s'échappaient, admirablement associés, faisaient lever sous leurs métaphores élégantes et subtiles des tourbillons de pensées évocatrices, des effluves de suggestions. Oui, il faut s'être laissé prendre par ces aspirations régulières qui vous tirent l'âme du corps, qui dégagent le moi profond de ses gangues et qui le font surgir des abîmes de la conscience 1

Hélas! la mode est venue vicier l'air de ces agapes spirituelles. Le snobisme a envahi la pauvre salle magnifique. A présent celui qui, le vendredi, n'arrive pas une bonne demi-heure avant l'ouverture du cours, ne peut s'asseoir sur ces

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bancs d'église de village. Une foule élégante se presse, s'étouffe, et le va-et-vient continuel des entrées et des sorties, le battement des portes ont chassé le bon recueillement d'autrefois. A peine trois ou quatre étudiantes à lorgnon, aux robes limées, plaquées sur des corps d'enfant, les cheveux en bandeaux, les mains sales se hasardaient-elles jadis à nos côtés. Aujourd'hui c'est toute une théorie de jupes de soie, de face-àmains dédaigneux, de chapeaux de théâtre et de parfums blasphématoires. On va au cours de M. Bergson comme on se rend à une conférence au théâtre Fœmina, non pour entendre mais pour être vu.

Cette vogue indiscrète ne laisse pas d'énerver l'auteur des Données immédiates de la Conscience, Combien de fois, dans l'intimité, ne s'est-il plaint de cette affluence de badauds qui lui fait regretter l'enseignement ésotérique des Grecs. « Parmi les problèmes qui me préoccupent le plus, nous a-t-il dit souvent, celui-ci n'est pas un des moins obscurs : à savoir ce que peuvent comprendre à ma philosophique de jeunes bourgeoises à la cervelle d'oiseau. »

11 en est de la doctrine bergsonienne comme de la dramaturgie de Wagner ou des polyphonies de Pelleas. On ne saurait rien retirer de profitable de Tristan, ni goûter aucune joie à la musique

de Debussy sans une longue initiation et une connaissance approfondie des processus de l'harmonie moderne. Matière et mémoire suppose la familiarité de Kant, de l'idéalisme allemand que combat Bergson, et des psychologies contempo raines qu'il développe. Peut-être les délicates mondaines qui affrontent un lointain voyage sur la rive gauche et qui débarquent au Collège de France, éprouveraient-elles quelque embarras à nous résumer la thèse du paralogisme psychophysiologique ' !

N'empêche que cette insistance à braver les dangers de la rue des Écoles et de la rue Saint- Jacques, cette affluence qui rappelle — pardon du rapprochement — les plus beaux jours de l'éloquence de Victor Cousin, cette hâte à utiliser la philosophie bergsonienne et à l'employer comme confirmation de quantité d'attitudes intellectuelles contemporaines — est un symptôme assez éclatant de l'opportunité d'une telle doctrine. Elle correspond évidemment à une mentalité générale et, présentée à son heure, devient

1. Celte thèse est la clef de voûte de l'édifice bergsonien elle est d'une compréhension assez subtile et demande une connaissance approfondie de Matière et Mémoire. M. Bergson en fit le sujet d'une importante communication au Congrès international de Philosophie A (ionève en 1904.

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le refuge d'une multitude d'esprits. Chacun en prend ce qui lui plaît : certains s'en servent pour rabaisser les prétentions exagérées des mathématiciens à courte vue ; d'autres — et bien à tort — prétendent extraire de la philosophie de Bergson une nouvelle méthode d'apologétique ; d'autres — ces derniers avec raison — en profitent pour se livrer à une analyse plus minutieuse des faits de conscience1.

De mon côté, je fus je crois le premier à signaler l'étroit rapport de la psychologie bergsonienne et de l'esthétique symboliste*. Lorsqu'on étudie de près les manifestes du symbolisme et les théories exposées par les auteurs mêmes de ce revival lyrique dans quantités de petites revues, on est étonné de la faiblesse de certains de leurs arguments et de la contradiction trop fréquente entre les doctrines et les œuvres. Rien que le fait d'avoir considéré Moréas comme le chef du Symbolisme prouve assez l'espèce d'inconscience dans laquelle ont vécu les promoteurs du mouvement en question et leur impossibilité de

1. Parmi ceux-ci citons M. Emile Lubac, Esquisse d'un Système de Psychologie rationnelle. Alcan, 1904; M. H. Luquet, Idées générales de Psychologie. Alcan, 1906; et M. A. Ghide avec ses deux volumes, Vidée de Rythme et le Mobilisme moderne.

2. Cf. mon Essai sur le Symbolisme en tête de me» Paysages introspectifs. Jouve, 1904.

calculer la portée esthétique de leur œuvre. 11 en est ainsi à toutes les époques littéraires, et je ne pense pas qu'au début du romantisme les poètes de 1820 aient vu nettement la réforme qu'ils préparaient. On subit un courant qui vous entraîne, plus qu'on ne l'analyse ; ce n'est qu'après quelques années qu'on parvient à la pleine lucidité d'un effort collectif, qu'on prend une claire conscience du chemin parcouru.

La jeune génération actuelle, moins engagée dans la lutte, plus impartiale donc, et qui apporte à l'étude des œuvres aînées des méthodes critiques plus éprouvées, n'a pas peu contribué à « expliciter » l'esthétique contenue dans l'œuvre d'un Régnier, d'un Griffin, d'un Verhaeren,etc, et à dégager, à la lumière des réalités contemporaines, le fondement objectif enclos dans toute manifestation intellectuelle.

Les gestes les plus essentiels de l'attitude lyrique nommée Symbolisme résument avec une telle insistance la physionomie de la pensée bergsonienne, que définir celle ci c'est parler de ceuxlà. Il sera assez intéressant do montrer, à ceux qui considèrent le symbolisme comme une mentalité anarchiste, sans cohésion et privée de racines, que la substance de cette doctrine lyrique est renfermée dans les Données immédiates de la Conscience y et que, sur ces deux plans parallèles,

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plan esthétique et plan spéculatif, nous retrouvons la même orientation intellectuelle.

A dire le vrai, l'annonce d'un tel parallélisme n'a rien de surprenant. J'ai assez insisté dans mes précédentes études sur cette « température morale » dont parle Taine, qu'on constate à la même époque dans les différents ordres de l'activité mentale et qui est « l'état général de l'esprit et des mœurs environnantes », pour que cette loi de déterminisme psychologique ne soit pas, une fois encore, constatée ici. A une tendance poétique donnée correspond dans le même temps une tendance philosophique. Tantôt celle-ci précède, tantôt celle-là prend les devants, mais toujours la direction observée à une époque dans une branche de l'activité spirituelle se vérifie aussi dans toutes les autres.

Userait facile d'accumuler les exemples. M. Lanson l a fort bien montré l'intense corrélation qui existe entre la psychologie d'un héros de Corneille et la pure doctrine cartésienne. Entre le Discours de la Méthode et l'Art poétique de Boileau il n'y a qu'une différence de présentation. Plus près de nous, cette rencontre de la poésie et de la philosophie se peut aisément marquer. A l'éveil

1. Cf. Hommes et Livres et Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1896.

du positivisme des Comte, des Littré a correspondu en littérature l'épanouissement du naturalisme et du parnasse. La critique de Taine, la poésie de Leconte de Lisle, le roman de Flaubert, l'esthétique de Courbet se fortifient d'une atmosphère commune.

Plus près encore et pour l'objet qui nous occupe, historiquement la philosophie de Bergson, après celle de Ravaisson, réagit contre le mécanisme de Spencer, pour les mêmes causes qui poussèrent les symbolistes à se dégager de la forme parnassienne. Théoriquement, c'est-à-dire par une analyse sommaire de la doctrine bèrgsonienne et des préoccupations esthétiques des symbolistes, nous essayerons de mettre en lumière la similitude des fins spéculatives et lyriques au début du xx* siècle.

La philosophie de Bergson » est tout d'abord

1. Il roste bien entendu que, me plaçant au seul point de vue de l'histoire de la mentalité lyrique contemporaine, je n'ai pas résumé toute la philosophie de M. Bergson, mais effleuré seulement dans cette philosophie les thèses les plus capables d'in firmer l'esthétique symboliste. A descendre dans le détail cette philosophie est autrement complexe et M. Bergson pardonnera

une critique du mécanisme de Spencer, des thèses associationistes, déterministes et intellectualistes — pardon pour ces ismes ou istes nécessaires.

Le système de Spencer qui prétend réduire à Punitélcs faits cosmologiques, biologiques et psychologiques a joui d'une grande vogue. Rien ne rassure autant notre esprit géométrique, avide de certitudes, qu'une doctrine simplificatrice qui cherche à expliquer, selon le même principe, les multiples énigmes de Fêtre. Le savoir totalement unifié, voilà ce qui attire l'effort des monistes.

Mais cette attitude intellectualiste ne fausset-elle pas le réel plus complexe, et les faits cosmologiques, biologiques et psychologiques ne ressortissent-ils pas chacun de principes inconciliables entre eux et irréductibles ?

Maine de Biran, Ravaisson ont pensé ainsi, et M. Bergson qui, en l'espèce, oppose à l'esprit géométrique Fesprit de finesse a bien montré au nom d'une méthode plus minutieuse (distinction du temps spacial et du temps psychologique) ' Fim-

à un de ses anciens élèves d'avoir laissé inexplorées plusieurs avenues curieuses de son système pour prendre au plus court et, par des chemins de traverse, arriver tout de suite au point de rencontre de deux belles routes où souffle un même air captivant.

1. Toute la philosophie de Bergson repose sur une analyse de l'idée de temps. « Le concept de la durée pure, hétérogène, dont les moments s'interpénétrent, est la ba9e, l'idée géniale et

possibilité de ramener un processus vital au fonctionnement d'une machine. Au principe de révolution spencérienne, c'est-à-dire de la persistance de la force ou de la persistance de l'identité, Bergson oppose la notion du changement réel qui exclut la causalité physique où le même produit le même. D'où le titre de son dernier volume : l'Évolution créatrice.

L'associationisme donne prise à une critique semblable, qui tend à ramener l'intelligence à une sorte d'atomisme psychologique. Dans cette théorie on considère l'esprit comme découpé en cubes, qui pénètrent les uns dans les autres et forment ainsi de multiples combinaisons, assez semblables aux dessins d'une savante mosaïque.

Tout autre apparaît, avec raison, à Bergson, le jeu de la conscience. Une analyse attentive de nos états psychologiques montre que nous vivons dans la durée, c'est-à-dire dans une création incessante de nous-mêmes. L'esprit n'est pas formé par l'addition d'éléments conscients ; il est vivant et ne saurait se comparer qu'à « une continuité d'écoulement ». « 11 est illusoire, dès lors, de chercher à construire l'àme du dehors, parla juxtaposition d'éléments qui ne peuvent être que des états fixés,

nouvelle que Bergson a introduite dans la philosophie. » (G. Datault, Mercure de France, 16 mars 1908.)

automatisés l. » La vie psychologique n'est pas une poussière d'atomes, mais, dit Bergson, « une succession d'états dont chacun annonce ce qui suit et contient ce qui précède... En réalité, aucun d'eux ne commence ni ne finit, mais tous se prolongent les uns dans les autres... Il n'y a pas deux moments identiques chez le même être conscient... Une conscience qui aurait deux moments identiques serait une conscience sans mémoire... Il faudra donc évoquer l'image d'un spectre aux mille nuances, avec des dégradations insensibles qui font qu'on passe d'une nuance à l'autre. Un courant de sentiment qui traverserait le spectre en se teignant tour à tour de chacune de ses nuances éprouverait des changements graduels dont chacun annoncerait le suivant et résumerait en lui ceux qui le précèdent. > Le développement de notre moi qui est durée pure « exclut toute idée de juxtaposition, d'extériorité réciproque, d'étendue ».

Le déterminisme, intimement lié aux théories mécaniques de la matière, suppose l'univers régi par des lois nécessaires et immuables, et la vie commandée par un enchaînement rigoureux de

1. Cf. Georges Dwelshauvcrs. Raison et intuition :ctude sur la philosophie de M. Bergson {Belgique artistique et littéraire, novembre, décembre ly05 et avril 19i)6).

phénomènes. ïl conçoit la conscience, ainsi que le monde, comme un amas d'atomes doués de mouvements. Or tout un groupe de savants et de philosophes s'est levé, il y a quelques années, pour protester contre la « rationalisation progressive du réel ». Sans entrer dans le détail il suffit de rappeler le livre de M. Boutroux, La Contingence des Lois de la Nature ; les travaux de MM. Poincaré, Milhaud, Le Roy, Wilbois, etc. M. Bergson a porté les derniers coups au matérialisme, en montrant que s'il y a, à la rigueur, parallélisme entre un état cérébral et un état psychologique, on ne peut, à aucun titre, conclure à la correspondance entre ces deux sortes de phénomènes, de nature parfaitement différente. A supposer, en effet, que la position et la vitesse de chaque atome soient connues, cela n'entraîne nullement notre vie psychologique à la même fatalité.

C'est que la vie vécue par la conscience n'est pas la même que celle qui glisse sur les atomes sans y rien changer. 11 y a une différence fondamentale entre le monde externe et l'interne, entre la durée vraie et l'apparente. L'une est qualité pure, l'autre quantité. Les états psychologiques procèdent de celle-là ; ils ne se juxtaposent pas, mais se compénètrent, se fondent ensemble dans un perpétuel progrès dynamique.

Les partisans du déterminisme ne triomphent

qu'en découpant arbitrairement les faits de conscience, en les abstrayant les uns des autres, c'està-dire en les projetant dans l'espace partant en les dénaturant, puisqu'ils s'écoulent dans la pure durée. Or Bergson a montré qu'une science, décidée à ne pas fausser la réalité intérieure de la conscience, doit concevoir chaque état psychologique comme représentant l'âme entière, car tout le contenu de celle-ci se reflète en eux. Dire que l'âme se détermine sous l'influence de l'un de ces sentiments, c'est reconnaître qu'elle se détermine elle-même, puisque chacun de nos actes n'est pas une portion de nous, mais notre personnalité entière.

Nous voici loin, semble-t-il, du symbolisme. Pourtant, de ces préliminaires, il est déjà possible de voir quels principes esthétiques vont se dégager.

Toute doctrine philosophique contient, en effet, dans ses conclusions, une opinion sur le beau. Le matérialisme enclôt l'art dans certaines formules en corrélation parfaite avec tout son système. L'idéalisme, de son côté, s'en référera, dans ses jugements esthétiques, à l'ensemble de sa doctrine. Si de la philosophie bergsonienne on dégage les idées propres à édifier, sur les mêmes principes, une science du hçau — comme on le fit, par

exemple, pour la philosophie de Descartes * — on se trouve précisément exprimer les idées esthétiques que les symbolistes illustrèrent.

Car ne nous y trompons pas, la réaction spiritualiste ou idéaliste qui s'est opérée vers 1885 contre le parnasse, correspond, sur un plan parallèle, à la réaction de la philosophie de Bergson, contre le mécanisme, Fassociationisme et le déterminisme dont nous venons de parler.

Qu'était-ce, en somme, que l'attitude parnassienne, sinon, dans Tordre esthétique, une sorte de positivisme naturaliste? Les partisans de cette esthétique s'en sont tenus à des descriptions bien faites, à de scrupuleuses notations extérieures. Vivant, si l'on peut dire, à la superficie de leur être, ils ont moins pénétré à l'intérieur de leur moi continu que cousu bout à bout des analyses grossières d'états d'âme. Semblables aux associationistes, ils ont considéré l'art comme un ensemble de jolis cubes délicatement peints dont Passemblage suffit à créer une œuvre d'art. Avec des atomes de beau, ils voulurent reconstituer une beauté vivante. Or, on ne passe pas du mécanisme à la vie; par uno semblable méthode on n'aboulit qu'à une sorte d'automatisme do l'art.

La même critique s'adresse aux peintres dits

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