C'est le titre du dernier ouvrage de Renouvier
évidente du poète de la Vie des Abeilles sur notre génération s'arrête à la publication de la Sagesse et la Destinée. A partir de 1898, Maeterlinck, un instant incertain entre Ruysbroeck et Marc Aurèle, opte délibérément pour l'empereur romain et, à ce compte, délaisse l'inspiration mystique pour un rationalisme agnostique. Le Temple enseveli accentue encore cette dernière tendance, en sorte qu'il existe deux stades bien déterminés dans révolution de la pensée de Maeterlinck. On peut avoir ses préférences. Certains se délecteront à contempler la seconde face de ce beau talent. Si je n'envisage que la première, j'ai aussi mes raisons, que l'objet de cette étude et mon souci d'historien de l'école symboliste expliquent assez. L'attitude de Maeterlinck, dans sa première manière, est surtout une attitude lyrique, commune par sa façon de concevoir le réel et de l'extérioriser aux plus influents de nos poètes symbolistes. Préciser cette intuition de l'âme, et montrer comment l'ineffable parvient, au moyen d'intégrations conscientes, c'est-à-dire par l'accumulation d'images successives à s'exprimer, c'est mettre à jour tout le mécanisme de la poésie symboliste.
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Cette conception que Maeterlinck se fait de l'âme et de la vie, puisée chez Plotin, chez certains mystiques du Moyen Age, chez des auteurs étrangers, n'en reste pas moins originale et d'une saveur rare. Maeterlinck portait en lui cet idéalisme magique que certaines lectures firent plus vite éclore,et sa naissance et son tempérament le prédisposaient aux conceptions artistiques d'une métaphysique concrète et pourvue d'images. A l'époque où parurent l'Essai sur Ruysbroeck et celui sur Novalis, complétés par les méditations du Trésor des Humbles ,iious éprouvions la secrète nécessité de cette parole nôo -platonicienne, depuis longtemps inentendue, et de nous envoler sur les ailes du rôve,loin des charniers du naturalisme.
Encore ne faut-il pas trop parler des « ailes du rôve », puisqu'il s'agit ici de réalité et de réalité totale. 11 existe divers sens du mot mysticisme, mais tous finissent par s'équivaloir, si l'on veut remonter jusqu'à l'absolu que chacun de ces sens conditionne. Plotin parie quelque part de ceux qui voient les yeux fermés, ^uffavra 5<|>(v, c'est-àdire avec les yeux de lame. Le dictionnaire de
l'Académie définit le mot mysticisme : « doctrine , disposition de ceux qui croient avoir des communications directes avec Dieu », et tous ceux qui écrivirent sur la question s'accordent, pour parler de « l'union intime de l'âme avec le principe de Funivers1 ». Bien que le mot en question doive en principe être réservé pour la psychologie des saints catholiques, il comporte en fait une plus large extension, en sorte que je ne vois nul inconvénient à tenir des penseurs libres, tels Boeme, Novalis, Saint-Martin, etc., pour mystiques. Urne même façon d'interpréter le sens de Fexistence rapproche les uns et les autres. M. Récéjac Fabien définie quand il nomme mysticisme « la tendance de se rapprocher de Fabsolu moralement et par voie de symboles », et Maeterlinck a soin de rapporter cette phrase de Matter, le biographe de Claude de Saint-Martin : « Le mysticisme allant au delà de la science positive et de la spéculation rationnelle, a tout autant de formes diverses qu'il y a de mystiques éminents. Mais sous toutes ses formes il a deux ambitions qui sont les mêmes : celle d'arriver dans ses études métaphysiques jusqu'à l'intuition, et dans ses pratiques morales jusqu'à la perfection. »
Une vérité cachée est ce qui nous fait vivre,