‹ L'aube du théâtre romantiqueChapitre 28 sur 55 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

Elle a son Capilolc, Elle a le souvenir des sénateurs mourants Tels (jik; de vieux f^ucrriers enchaînés à leurs rangs. Chacun de nous croit voir ce conseil inmiohilc Que ne peut éhraider la chute de la vill(\ Tous ces vieillards conscrits, surveillants p,iltrii.;!s, Stal)lcs comme les dieux assis sur leurs autels.

Vcûnement Brennus, en jetant son épée dans la balance, poussera le cri à jamais fameux et abominable :

... l^a loi du monde est malheur aux vaincus !

Camille triomphera sous les murs d'Ardce^ mais non pas^ hélas ! devant le parterre de l'Odcon. Ce fut une lamentable soirée. L'acteur Éric-Bernard étant indisposé, le directeur le remplaça. Il ressemblait, paraît-il, au clief des bouchers conduisantle bœuf gras pendant le carnaval. Dans la salle une explosion de gaieté se prolongea et s'accrut, d'acte en acte. Lemercierse plaint « des murmures calculés, des vociférations soldées, des sifflets vendus d'une centaine d'hommes turbulents, sans éducation, sans maintien, sans usage; êtres venimeux, petits coureurs de cafés, de tripots, de foyers et de coulisses, lieux où les inimitiés et les rivalités des théâtres achètent leur aide au prix de quelques billets d'entrée ou de quelques pièces de monnaie. »

Une autre tragédie, d'actualité cello-là, les Martyrs de Souli ou VÈpire moderne^ parut chez le libraire en 1825, faute d'avoir pu surmonter les préventions des censeurs. Elle ne prenait cependant parti pour aucun des deux cultes en présence, a J'ai taché, dit Lemercier, de laisser toutes les consciences à leur libre arbitre; de sorte que ma pièce, jouée en Grèce, ne scandaliserait pas un de ces chrétiens que Home appelle schismatiques, et, jouée à Constantinople, n'offenserait pas un des musulmans que les croisés et môme les hérétiques nommaient infidèles. » On voit le caloyer grec Samuel et le mollab turc Séphérim s'embrasser et se bénir, en proclamant ainsi la r^eligion des religions :

L'humanité nous dit qu'en ce vaste univers

Il nest qu'un seul vrai Dieu sur mille autels divers.

Moins heureux est le rôle de Christol, colonel noir, originaire d'Afrique, qui parle « petit nègre » :

Ailleurs, te nommer maître: ici, te nommer frère; Ailleurs, esclave ahject, ne pouvoir que haïr, Ici, comme toi lihre, aimer à obéir.

Le fusil s'appelle, par une périphrase à la DeliUe :

Des combats le tube meurtrier.

Au reste, ce ne fut pas la médiocrité de l'ouvrage qui préoccupa la censure, mais la sympathie affirmée par Lcmercier pour les martyrs souliotes, victimes des atrocités ottomanes. En protestant contre les exploits du sabre, du pal et du bâton, en dépeignant l'exécrable Ali de Tébélen, pacha de Janina, qui pousse à tel point l'excès des fureurs que sa femme Eminé meurt désespérée, cette œuvre de vérité épouvantait les ministres pusillanimes de la Restauration. Du moins elle légitimait l'appréciation du général Foy : « Votre tragédie est la plus belle collection d'opprimés qu'on ait offerte au théâtre. » Kilo était surtout conforme à ce génie chevaleresque et civilisateur de la France qui, pour son honneur non moins que pour son crédit moral, doit rester l'appui des nationalités opprimées et le serviteur du Droit. Homme de lettres, Népomucène Lcmercier rappelait au devoir la séquelle timide des hommes d'I^^tat.

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