CHARLOT
Aimons-la tous les deux... partageons !
HARNALI.
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Quoi ! lorsque de son cœur je suis propriétaire, J'en serais seulement principal locataire. Allons, aligne- toi !
L'entrée de Dégommé Comilva interrompt la querelle. Il les conspue, les invective, leur demande s'ils le prennent pour un vieux Lustucru, un homme en pain d'épice, un polichinelle, un chien barbet?
Ah ! je me sens rougir de fureur et de honte ! Je sens à mon vieux nez la moutarde qui monte ! Si je n'étais pas chauve, en ce moment affreux Je voudrais par paquets m'arracher les cheveux ; Mais, par bonheur encor j'ai la poigrje assez forte... Il faut nous expliquer, tous trois, devant la porte. Arrière, jeunes gens! descendez les premiers; Nous allons nous taper comme trois chiffonniers.
Chariot, contrôleur au théâtre, se fait reconnaître de Comilva. Il fraternise avec le gros actionnaire et lui présente Ilarnali comme son cireur de
bottes.
Au second acte, Chariot attend sous le balcon de la belle. Gomme elle ne paraît pas à sa fenêtre, un des compagnons risque cette remarque :
Peut-être Quasifol coLiche sur le derrière.
Non, la voici, mais farouche, indignée, dès qu'elle s'aperçoit du traquenard. Elle a tôt fait, en se défendant, de saisir un grattoir dans le gousset de Chariot, et profère des menaces :
S'il me faut renoncer à l'honneur que tu m'ôtes, Je te flanque à l'instant ton grattoir dans les côtes.
D'ailleurs, Harnali accourt pour protéger sa Dulcinée, et monte sur ses ergots. Il devient immense et sublime. Son front touche les astres.
La taille n'y fait rien^ la mienne est ordinaire ; Mais j'ai six pieds de long quand je suis en colère... Je pourrais dans l'instant, ton dédain m'y provoque, T'écraser dans ma main comme un œuf à la coque.
Chariot lui reproche de s'adonner au trafic des contre-marques, et jure de mettre la gendarmerie à ses trousses. On le pincera. Harnali se rebiffe.
Eh bien, oui, j'en conviens, oui, je vends des billets.
Je t'haïs ! Chaque soir tu nous donnes la chasse;
Je t'haïs ! tu perçois cinq sous par chaque place;
Je t'haïs ! je t'haïs ! je ne peux pas te voir ;
Je t'haïs le matin, et je t'haïs le soir.
Soit que je reste assis, soit que je me promène :
Je t'haïs le dimanche et toute la semaine.
Au troisième tableau, la scène est dans l'appartement de Comilva, un salon orné d'une multitude de portraits de famille. Dans le nombre, on en distingue un dont les jambes doivent être ridiculement grosses. Un autre représente un très jeune enfant en uniforme de colonel de dragons.
l'aure du théâtre romantique 407
Dégomme vante à Quasi fol, plutôt réfractaire, les mérites et les charmes d'un âge très avancé :
Avec de vieux lapins on fait de bons civets... Le temps m'a pu rider et le front et le né, Mais le cœur d'un vieillard n'est pas ratatiné.
Entre Harnali, en mendiant, vêtu d'un mauvais manteau tout déguenillé. Quasifol exulte. L'oncle n'a pas reconnu ce singulier pèlerin qui murmure en aparté :
Voyez comme un manteau déguise la figure !
Il ne me remet pas... c'est un vrai coup du ciel !
0 race des Jocrisse et des Cadet- Roussel !
Resté seul avec Quasifol, Harnali commence par lui adresser de furieux reproches sur son infidélité, mais elle a réponse à tout. Elle montre le grattoir:
En allant à l'église, Plutôt que de trahir la foi que j'ai promise, Et puisque d'être à toi je dois perdre l'espoir, Je veux dans l'estomac me fourrer ce grattoir. Es-tu content de moi?
uAHXALi, avec tendresse.
Femelle incomparable!
Ton projet est charmant! ah ! Dieu, que c'est aimable !
Après la scène des portraits, Harnali jette à Comilva la solennelle apostrophe : « Vieux cornichon, il l'aime! » et lui remet un petit cor de chasse d'enfant, non sans prendre l'engagement d'avaler de l'émétique à sa première sommation:
.le vous fais éteignoir et je me fais chandelle.
Au quatrième tableau, la scène est à Montmartre, dans une cave où sont rangés plusieurs ton-
neaux. Chariot y rumine son dessein d'être nommé régisseur du théâtre. Le sera-til?
C'est une belle place !... Oh ! qui me dit tout bas : Tu l'auras!... Je l'aurai?... Non, je ne l'aurai pas. ïu l'auras, je te dis... Laissez-moi donc tranquille; Non! je ne l'aurai pas; mais pourtant, c'est facile... Si je l'avais !... Croit-on que je l'aie?... 11 faut voir.