IX. — D'Alexandre Soumet
Autcuilj rue de la Boëtie, n" 16.
Je vous avais promis une Somnambule, mon
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cher Jules, et je le suis moi-même devenu, à force de contrariétés et de malheur. Vous avez sans doute voulu que je fusse consolé puisque votre douce lettre est venue me surprendre au milieu de de ma solitude et de mes chagrins (46). Vous me cherchez chez Talma et chez les ministres et vous ne me cherchez pas sous les grandsmarronniers de Boileau (47), où j'ai été poussé par l'orag-e de ma destinée et où je retrouve les orag-es et la pluie froide de l'hiver. Je suis absent de mes amis, absent de moi-même, absent de la Muse que vous gardez sous votre beau ciel et que vous allez me renvoyer avec deux belles élégies et votre épître. Je les réciterai devant le buste de Boileau placé en face de ma fenêtre et il se repentira de ce qu'il a écrit contre les femmes, en écoutant de vos écrits, écrits sans doute sous l'inspiration des goûts charmants de Nina. Je les attends, je les désire, je les demande; je vous promets d'avance toute la férocité que vous exigez de votre ami. Je répondrai par des injures au gracieux bienfait de votre souvenir. Vous vous croirez encore dans mon grenier de Saint-Etienne (48) et vous verrez que l'ours blanc n'a quitté ni sa fourrure ni ses ong-les en s'approchant des neiges du nord. J'approuve beaucoup votre épître sur l'Esprit de parti. C'est une espèce d'aliénation mentale, justiciable à la fois dePinel et de Juvénal; c'est une fièvre, une peste qui nous dévorera toug; j'ai quitté
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Paris pour ne plus y entendre de choses qui me faisaient frémir. Je crains que vous n'ayez traité ce sujet que dans ce qu'il offre de plaisant et de ridicule; je vous dirai ce que nous en pensons.
J'aurais été charmé de savoir quel sujet vous avez traité en prose ; quelques passages de votre Eloge de Poitevin restés dans ma mémoire et récités à ma grande amie lui eussent donné la plus heureuse idée de votre talent dans ce genre de composition.
Continuez d'écrire, mon cher Jules, continuez aussi de m'aimer un peu malgré ma négligence ; envoyez-moi les trois ouvrages que vous m'annon cez à Auteuil,rue Boileau, n*' 6.
Emile (49) vous remercie de votre souvenir, sa femme a été malade comme Nina et nous attendons qu'elle se rétablisse, comme elle. J'embrasse bien tendrement vos jolis enfants et j'aurais oublié la Feuille de rose et la Première fleur, si leur souvenir ne me le rappelait. Cette feuille de rose esta vous ; tout ce qui a de la grâce et de la fraîcheur, tout ce qui ressemble à Nina et à vos enfants est à vous. Adieu, cher ami, mille tendresses respectueuses à Mm* de Rességuier.
SOUMET
Rien de nouveau pour ma part. J'ai été recommandé aux ministres par l'Académie française et j'attends. C'est pitoyable. Donnez-moi des nouvelles de notre cher Paulin.
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