‹ L'aube romantiqueChapitre 11 sur 144 · X. — D'Alexandre Soumet · texte numérisé non relu

X. — D'Alexandre Soumet

Vous avez été ravi, charmé des deux dernières odes de Victor (5o), mon cher Jules ; il est venu me voir hier dans ma nouvelle demeure de Passy et nous avons ensemble lu votre lettre devant le joli Pégase que vous m'avez donné et qui me suit dans toutes mes courses. Victor est flatté de votre suffrage et heureux de votre amitié, et moi, je n'ose plus vous parler de la mienne après avoir été si négligent à vous répondre et à vous remercier.

Votre lettre à M. de Peyronnet (5i) est parfaite, mais il faut sortir, demander une audience pour la remettre et ce sont des choses que j'abhorre, qui dérangent ma paresse ; je le ferai pourtant afin de ne pas être tout à fait ingrat envers vous. Je vous dois quelques explications sur votre jolie pièce du Pèlerin (62). Le prote n'est pas demeuré neutre dans cette petite affaire et la légère faute qui s'est glissée dans l'impression m'a fait beaucoup de peine ; je fis le voyage de Paris, pour obtenir d'Ancelot (53), l'auteur du Louis IX et l'un des rédacteurs des Annales, un petit article sur cette syllabe superflue et j'espère qu'il se sera acquitté de sa promesse.

Nous avions lu vos vers ensemble quelques jours

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auparavant ; il les avait trouvés charmants et ne pensait pas qu'on dût se permettre d'autres corrections que le retranchement du oui fatal; il fut effacé de ma main, entièrement effacé ; mais le prote, croyant ne pas retrouver la mesure, lui substitua un m-Ot de même quantité et votre vers ne put échapper à la prédestination des treize syllabes. C'est sur cette faute d'impression qu'Ancelot m'a promis de revenir.

Nous n'approuvons pas votre nouvel arrangement de Sapho. C'était bien, très bien dans la première version et le vers que vous me prescrivez de changer, qui vient après avoir chassé le cerf, est d'une naïveté charmante que ne détruit pas son léger défaut de césure.

Je crois avoir devancé vos intentions, en envoyant aux Annales votre imitation de la Gaule Poétique (54). J'ai cru devoir effacer seulement le mot imitation, personne ne se souvient de M. de Marchangy, ses réquisitoires ont effacé ses poétiques et vos vers l'imitent sans lui ressembler.

Je marche dans la nuit, fais-moi voir la lumière,

voilà ce que devrait dire la prose de M. de Marchangy et ce vers peut servir d'épigraphe à toutes vos imitations.

Je voulais vous envo3'^er quelque chose, mais je n'ai pas, comme vous, les dix plus jolis doigts du

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monde au service de ma main. J'avais copié pour M™^ de Rességuier la déclaration d'amour de David à Michal qui commence par ce vers :

Le Dieu qui fit le jour ne défend pas d'aimer (55).

C'était une loque au crayon, et elle s'est à moitié effacée; je n'ai point cette crainte pour l'amitié éternelle que je vous ai vouée.

SOUMET

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