CLXXX. — D' Alexandre Soumet
Décembre i840. Paris.
J'arrive à Paris, cher Jules, et mon premier soin était de vous envoyer le premier exemplaire de la Divine Epopée (277), écrite sous l'inspiration de vos beaux vers; mais j'apprends des choses terriblement douloureuses, tellement horribles, que je ne puis aujourd'hui... je suis navré et indig"né. Je vivais dans une si grande solitude à la Rochette que je ne savais presque rien de toutes ces iniquités qu'on voudrait toujours ignorer. Certes, quand vous me parliez, sur mon grabat de douleur, de vos tristes pressentiments , je les repoussais de toute la force de mes espérances; je ne pensais pas qu'un pareil malheur pût jamais arriver à M"" de Rességuier ; je ne pensais pas que la justice humaine pût trahir à ce point la justice de Dieu ! Que nous souffrions, nous autres, sur la terre, nous l'avons mérité, mais Nina ! Il me faudrait vous écrire avec des larmes tout ce que je ressens; dites-le-lui bien de ma part, dites-lui que les souffrances d'une âme comme la sienne sont une affliction pour le ciel. Votre vieil ami.
SOUMET
Moi, j'ai été sauvé comme par miracle; j'ai
L AUDE ROMANTIOUE
rendu, en me mouchant, une grande quantité de sang caillé et j'ai pu faire imprimer mon poème dont je n'aime que la page où est écrit votre nom ; il paraîtra dans quelques jours.