‹ L'aube romantiqueChapitre 124 sur 144 · CLXXXI. — D'Alexandre Soumet · texte numérisé non relu

CLXXXI. — D'Alexandre Soumet

[8 mai 1841].

Vous êtes souffrant, cher Jules, et souffrant loin de moi! et je ne peux tous les jours aller vous voir pour reposer votre tête contre la mienne, prendre vos pieds sur mes genoux, comme autrefois,comme toujours, quand nous ne serons plus séparés. Ne nous reviendrez-vous pas ? Il y a des consolations dans mon cœur, j'ai tant souffert! Vous le savez.

J'ai repris mon petit appartement de l'Arc de Triomphe (vous comprenez que je ne suis jamais chez moi) ; je l'ai repris parce qu'il est sur le chemin du Marais, de ce Marais qui a servi aux méchants pour s'efforcer de vous engloutir. Oh ! si j'étais près de vous, je vous dirais bien des choses et des choses qui vous remettraient debout sur vos pieds, comme le cadavre par le galvanisme. Je vous ai dit bien souvent, Jules, vous croyez aux enveloppes; pour moi,je n'y crois pas; je ne crois pas surtout qu'un procès d'argent donne tort à la lettre. Cela vient peut-être de ce que j'en ai peur. Celui que le

L AUBE nOMANTIOOE

Gladiateur (278) m'eût rapporté, je le donne aux Polonais, parce que j'ai à mon tour un procès avec M"' Rachel (279) et l'on dit que la gloire sera médiatrice; moi je lui écris : Mademoiselle, vous êtes trop chère à renvoyer et je vous garde.

Adieu, Jules, notre grande Gabrielle est accouchée d'une petite fille proclamée dans tout le département comme la petite-fille de l'illustre auteur de la Divine Epopée qui a daigné consentir à voir le jour à la Piochette. C'est une phrase de M. Maréchal, mon imprimeur, homme charmant qui vous ressemble beaucoup. Vous savez que si les deux Sosies se ressemblent, un seul est Dieu!!! de tendres respects à M™^ Nina.

SOUMET

Tous mes souvenirs à votre famille. Nous avons passé la journée avec Albert ; nous avons causé métaphysique. Son esprit est de la lumière.

CLXXXXIL --D'Alfred de Vigny.

Mercredi, 27 avriH845.

A. JULES DE RBSSÉGUIER

Quatre vers heureux tombés de votre aile Quatre fois par jour disent leur chanson. L'heure de l'oiseau que l'aurore appelle Et l'heure où l'aiguière attend l'échanson,

L AUBE ROirANTIQLE

L'heure où l'écolier quitte sa leçon, L'heure où le poète entend Philomèle.

Ces quatre moments sur un air très doux, Ecoutent chanter quatre vers de vous.

Mais, ni l'oiseau bleu, niché dans les arbres, Ni l'humble échanson qui lave un cristal, Ni l'écolier blond couché sur les marbres. Ni le rêveur calme, au rêve inégal.

Ne verront passer au son des quatre heures Sur nos escaliers et dans nos demeures Un ami joyeux d'un temps que j'aimais, Un ami charmant qu'on ne voit jamais.

ALFRED DE VIGNY

CLXXXIII. — D'Alfred de Vigny.

22 janvier 1846.

Regardez la date de ce billet, cher ingrat et repentez-vous.

Je voulais vous l'envoyer alors et Ton ne savait pas chez vous où vous étiez.

Je ne sais quel jour j'aurai mes visites ; mais je sais que le premier fauteuil sera le vôtre. Envoyez-le chercher demain, aS, à midi, ou dimanche, 25.

Voici votre consigne, cher ami, vous serez au centre; au pied de la statue de Sully, à laquelle je dois envoyer ma voix, pour être entendu de toute la salle. Elle est précisément en face de moi, en vous parlant, je lui parlerai.

L AUBE ROMANTIOUE

Si vous êtes à l'Institut, à ii h. 1/2, vous pourrez choisir cette place, je gémirais de votre absence et je vous chercherais des yeux; car je rappellerai ce temps où se formèrent nos poétiques entreprises et nos inaltérables amitiés. L'absence ne peut rien sur la mienne. La mort y peut à peine quelque chose, car j'écrivais hier à quelqu'un : Pichald est un de mes plus chers amis.

Tout à vous de cœur.

ALFRED DE VIGNY (280)

Faites-moi savoir, si notre ami, M. de Panât (281), est ici; il m'a témoigné tant de sympathie que je voudrais le savoir !à.

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