‹ L'aube romantiqueChapitre 126 sur 144 · FR. HENRI-DOMINIQUE LACORDAIRE · texte numérisé non relu

FR. HENRI-DOMINIQUE LACORDAIRE

Des Fr. Prêch.

CLXXX V. — D'Emile Deschamps.

Paris, 12 février 1847.

Mon cher Jules, que de choses vous me faites dire !... et quels admirables vers vous envoyez à Paris ; notre cher Guiraud vous applaudit de tout son cœur et de son lit, car il est bien souffrant. Alfred de Falloux a remis les délicieuses strophes

à l'Univers ; c'est bien leur cadre, et je reverrai les épreuves afin que l'impression soit sans faute comme le poète et comme le Père Lacordaire qui vous a inspiré. Bravo, mon cher Jules, jouissez de votre nouvelle gloire !

Je veux encore vous remercier de l'appui que vous allez donner à Paul Juillerat (284), qui vient d'envoyer aux Jeux Floraux une Idylle : les Funérailles d'un oiseau, avec cette épigraphe :

Il est doux de mourir dans les bras d'un ami.

Paul Juillerat voudrait un prix et le mérite. Voilà bien des obstacles; mais vous êtes là, voici une bien belle espérance. Je me confie à vous. J'ai écrit aussi à M. de Panât.

Hier, j'ai vu M"^ d'Aiguevives à un bal, nous avons tant parlé de vous et de Nina que ce bal avait l'air d'une fête.

Nous avons vu Paul et M™« d'Anglade ; tout cela, c'est encore vous... Quand sera-ce vous tout à fait? Dites-le-moi vite.

Jules, Albert et sa charmante Marie n'oublient pas Aglaé et votre ancien ami qui s'appelle

EMILE [dESGHAJIPS].

i56 l'aube romantique

Ce 10 septembre 1830.

Pardon, pardon, cher Jules, si j'attends un mois tout entier avant de répondre à ta dernière lettre, si bonne et si affectueuse; un faiseur de calembours te parlerait de sa double valeur; mais tu fais pour moi ce que j'aurais fait pour toi et sans que • ma reconnaissance en diminue, je croirais blesser la délicate noblesse de ton cœur, par des remerciements a<i hoc. Si je ne t'ai pas écrit plus tôt, en voici la raison véritable : plus j'avance en âge, plus je recule vers ma jeunesse par mes souvenirs, plus j'éprouve le besoin de me retrouver avec le peu d'amis qui me restent. Tu es de ce nombre, un des plus aimables sans doute et le seul auquel je puisse parler librement du chien qui nous a mordus tous les deux, de la poésie ; donc je tiens à ton affection et à une correspondance de temps en temps, à laquelle je ne renoncerai que sur ta très expressive volonté ; car, pour que tu ne viennes pas à te dégoûter de notre commerce, je me suis juré de ne rempUr mes lettres que de ce qui pourrait te distraire, de ne prendre la plume que dans ces moments où^ dégagé pour peu de temps de ces traverses, de ces inquiétudes qui me rongent, j'arriverai

Page 1