XLI. — D'Emile Deschamps
Mon ami, mon ang-e Ag-laé devait aller visiter votre ang-e Nina, mais tant qu'ils sont sur la terre, les ang-es sont soumis aux infirmités des hommes ; car voilà quatre jours qu' Aglaé souffre de douleurs horribles d'entrailles ; elle est mieux ce matin et je vous le dis bien vite; mais elle attend son médecin, elle veut que j'y sois et je ne puis pas m'absenter. J'ai bien peur que la maladie ne revienne avec le docteur, ne pourriez-vous pas, pour neutraliser cette vilaine visite, lui en faire une de trois minutes, après la messe? Ce n'est plus mon plaisir, c'est sa santé que je vous demande. Nous avons tant à vous dire que nous vous aimons.
Je vous ai écrit mardi dernier, vous ne m'avez pas répondu; vous avez dû trouver mon nom chez votre portier et je ne vous ai trouvé nulle part.
C'est trop que le silence et l'absence se donnent le mot contre moi. J'aurais pourtant bien besoin de savoir où vous êtes. Moi, je vous dis tous mes chagrins et tous mes bonheurs; je voudrais bien causer des vôtres avec vous.
Vous viendrez un instant, n'est-ce pas? J'espère pouvoir passer une heure, ce soir, chez M*"" Dudon, nous en parlerons.
J'ai reçu une invitation à dîner pour mercredi; je vous en remercie, comme de tout ce qui m'anive d'ag-réable.
Soumet, Guiraud, Pichald et votre douce et aimante Anna étaient hier soir, par hasard, chez Aglaé. Il y a aussi de bons hasards pour ce matin; mais pour cela il faut que vous fassiez exprès de venir à vos malades de la rue Saint-Florentin.
Adien, cher ami, nous ne parlons que de vous; il est temps que nous vous voyions pour parler d'autre chose.
EMILE [dBSCHAMPS].
Nos plus tendres hommages à madame Nina; nos plus douces caresses au plus beau des enfants.
Ce dimanche matin.