CXL. — De M'^" Marie Nodier-Mennessier
Il me faut un grand courag"e, monsieur le comte, pour me résoudre à vous importuner; il m'en faudrait un plus grand encore, pour renoncer à obte-
nir de vous la grâce que je viens solliciter; entre ces deux embarras, il est naturel que je choisisse le moindre et celui qui me servira le mieux.
Je me suis charg-é de donner mes soins et mon nom, qui est ce que j'ai de mieux à donner, à un recueil poétique qui doit paraître dans les premiers jours de décembre. Je ne sais trop si je n'ai pas entrepris une tâche bien difficile, car nos poètes ne font plus que de la prose, à commencer par vous, monsieur le comte, et votre A/marm, heureusement pour nous, n'est pas inédite.
Il me reste l'espoir que, dans un coin de porte feuille oublié de vous, on trouverait encore quelquesuns de ces vers, frères de ceux que j'ai tant lus et tant chantés, quoique la musique fût de moi, et alors vous me permettrez peut-être de les demander humblement pour l'humble livre qui s'est mis sous mon patronage.
Voilà ce qui me rendrait bien reconnaissante et me ferait moins regretter l'ennui que je vous cause; ce sont des choses qu'on réserve d'ordinaire à ses amis.
Veuillez recevoir, monsieur le comte, l'assurance des sentiments les plus disting-ués de votre très humble servante.
3IAHFE NODIER-MENNESSIER.
L AUBE HOHANTIQUE