‹ L'auberge de la Madone drame en cinq actesChapitre 26 sur 56 · LE MARQUIS, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LA MARQUISE

LE MARQUIS

Maintenant que nous sommes seuls, apprenez qu’un motif sacré réclame votre présence en Espagne.

LA MARQUISE

[ Un motif sacré, dites-vous?

LE MARQUIS

Oui, votre père se sent affaiblir davantage de

! jour en jour.

LA MARQUISE

j Grand Dieu! mon père!...

LE MARQUIS

| Rassurez-vous, vous dis-je encore ; ces dépêches ne contiennent rien d’alarmant .. mais entin, voire père est ftgé... d’un moment à 1 autre Dieu peut le ra ppelcr à lu», et avant que ce douloureux événement arrive, selon l’ordre immuable de la natu rc, votre père voudrait vous revoir une dernière fo is.

LA MARQUISE

Mon père, mon pauvre père... ohl j irai, je partirai ce soir. . oui, ce soir même.

LE MARQUIS

J’appr ouve cet empressement, et je l’autorise. • Vous m* excuserez, madame, si je ne vous accom-

L’AUBERGE DE LA MADONE

pagne pas : mais des soins qui ont aussi leur importance me retiennent ici.

LA MARQUISE

Oui, monseigneur, demeurez; je partirai seule, avec ma fil le.

ie marquis.

Avec Térésita? cela ne se peut pas... oubliez- i vous donc le motif qui amène ici le comte Giafferri? Dans toute autre occasion j'aurais consenti avec joie a vous donner votre enfant pour compagne de voyage, surtout pour aller recevoir les derniers embrasement* de son aïeul maternel ; mais les préliminaires du mariage de Térésita sont déjà bien avancés, ma parole est presque engagée au comte Giafferri, dont la recherche vous a jusqu'ici paru, ainsi qu'à moi, réunir toutes les convenances désirables... Je craindrais, si Térésita partait avec vous, qu’il n’inlerprélâl son ! absence comme un refus ou comme une, injure.

I A MARQUISE

Hélas! je me priverai de ma fille, si telle est j votre volonté; mais avant que je ne porte, répondez-moi, monseigneur, dites-moi si en effet vous j êtes irrévocablement déterminé à unir Térésita j au comte Giafferri.

LF. MARQUIS.

lino pareille question...

LA MARQUISE

A droit de vous surprendre, je le sais, surtout apres ce que vous venez de me dire... oui. je sais que votre parole est presque engagée pour ce ! mariage, qu'il est bien tard pour le rompre... et cependant...

Cependant... le rompre, dites-vous?... et qui oserait penser à cela ?...

LA MARQUISE

Eh bien, moi, monseigneur.

LE MARQUIS

Vous Béatrix?

BEATRIX

Oui, moi; dussiez-vous condamner ma faiblesse, j’avoue que je n’ai pu résister aux prières de Térésita... oui... elle m'a ouvert son âme... elle m'a dit en pleurant qu elle redoutait le comte Giafferri, qu’un mariage avec lui la rendrait malheureuse et désespérée... enfin, elle m'a suppliée d’intercéder pour elle auprès de vous... et me voici à mon tour, suppliante comme elle, pour que vous renonciez à un projet qui ferait mon chagrin éternel, s'il causait celui de ma fille.

LB MARQUIS

Madame, le seul malheur d’une fille soumise el respectueuse est de ne pas obéir aveuglément à la volonté de ses parents... Le temps vaincra les répugnances de Térésita.

LA MARQUISE

Ahl par pitié, épargnez- lui...

LE MARQUIS

Le malheur que l’inflexible rigueur de votre père vous a causé à vous-même, n’cst-ce p*s?

Est-ce bien à vous, madame, à rappeler de pareils souvenirs?

LA MARQUISE

Oh! moi je ne me plains pas de mon sort; mais puis-je espérer que Térésita ail la même résignation? car songez-y, monseigneur, c'est une bien grande douleur pour une pauvre fille de so voir sacrifiée sans pitié a des considérations d’ambition ou de fortune, et privée du bonheur qu’elle avait rêvé, par ceux là même que Dieu avait commis au soin de la tendre heureuse en ce monde.

LE MARQUIS

Encore une fois, madame, ce bonheur, vous en parlez avec un tel accent de regret, que...

LA MARQUISE

Je ne regrette rien, monseigneur; seulement je me souviens, et encore ces souvenirs eux- mêmes, il vous serait si facile de les effacer à jamais de mon cœur !

LE MARQUIS

Et pour cela que faudrait-il faire?

LA MARQUISE

Vous montrer bon et indulgent pour votre fille! le marquis, après un moment.

Ma fille... mais je l’aiinc... oui, j'aime Térésita... Dieu m'en est témoin.

LA MARQUISE

Eh bien, si vous aimez votre fille, brisez, ou plutôt ajournez jusqu'à mon retour ce mariage qui lui fait horreur. Jadis vous m’avez souvent reproché mon indifférence, ch bien, si vous tenez encore a mon affection... oui, si vous voulez à jamais chasser de mon cœur les derniers souvenirs d'un passé qui le sépare du vôtre, que ce soit votre tendre indulgence pour Térésita qui nous serve de gage mutuel de réconciliation.

Consentez a écouter la prière qu'elle vous adresse par ma bouche; ramenei a vous votre fille, et en la pressant sur votre cœur, vous y trouverez aussi le mien... le mien, qui ne cessera plus de vous bénir.

le marquis, convaincu.

Béatrix... eh bien... mais ne craignez-vous pas que le comte Giafferri...

LA MARQUISE

Le comte Giafferri... et pourquoi prendriezvous tant de soins pour le ménager? Autrefois, lorsque^Térésita était trop jeune encore pour qu’il songeât à une alliance qui le rend désormais l'héritier de tous vos biens, ne vous souvient-il plus qu’il fut votre plus ardent ennemi?

LE MARQUIS

Oui, en effet, je m’en souviens.

LA MARQUISE

Et puis, le comte Giafferri ne vous a-t-il pas toujours paru, comme k moi, dur, envieux, méchant?... Et c'est k un pareil homme que vous iriez confier le bonheur de votre tille et l’avenir de votre nom?,.. Oh! croyez-en mes pressentiments, repoussez une alliance qui ne nous apporterait à tous que chagrins et malheurs I

MAGASIN THEATRAL

LE MARQUIS

Eli bien !.. oui. peut-être vous avez raison... oui, pendant votre absence je chercherai le moyen de rompre sans éclat... enfin, je tâcherai, je verrai... la marquise.

Oh ! je vous remercie... car cet ajournement sera déjà un bonheur pour Térésita.

LE MARQUIS

Soyez sans crainte; je ne veux pas non plus lui imposer une union qu’elle délesterait, car cela rcud si malheureux, n’esl-ce pas?

LA MARQUISE

Oh ! je ne me souviens plus d'avoir connu ce malheur, en vous trouvant si bon. si bienveillant. LE MARQUIS.

Voici le comte!

LA MARQUISE

Je vous laisse seul avec lui; moi, je vais faire mes préparatifs de départ {Avec hésitation.) Puis-jc aussi faire ceux de Térésita?

LE MARQUIS

Que votre fille vous accompagne!

LA MARQUISE

O mon ami!

Beatrix salue le comte et s'éloigne.

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