SCÈNE VIII
RÉMO^D, BERTRAND, PIERRE.
RÉMOM), frappant sur la table avec son bâton. Holà! quelqu'un!
BERTRAND, cherchant à l'imiter, laisse tomber son bâton. Hola! quelqu'un. (A Pierre.) Ici, l'ami.
PIERRE
Tiens! l'ami! il n'est pas gêné, celui-là! Qoe demandez-vous ?
RÉMOSD.
Fais-nous servir de quoi nous rafraîchir.
PIERRE
Ça sufBt.
BERTRAND
Oui, de quoi nous rafraîchir et puis manger un morceau.
BÉMOSD.
Tu as donc faim?
BERTRAND
Oui, j'ai faim. — T'as pas faim,toi?... (A Pierre.) Quéqu't'as?
BÉMOND.
Qu'est-ce que tu a^?
BERTRAND
Quéqu't'as?
RÉMOND
Qu'est-ce que tu as ?
PJERRE, à Rémond.
Qu'est-ce que dit donc ce monsieur?
RÉMOND
Mon noble ami te demande ce que tu as à nous donner à manger, imbécile!
PIERRE
Ah! j'y suis... j'y suis... (P.iant.) Oui, oui... Monsieur veut dire: quéqu' j'ai... Kous avons une bonne omelette au lard.
BERTRAND
Des omelettes?... On en trouve par-tout; autre chose...
PIERRE
Nous avons du canard aux navets avec des
petits pois.
BERTRAND
Comment qu' t'arrange ça? du canard aux navets avec des petits pois! c'est donc du canard à la julienne?.,, autre chutie...
que
PIEBRB.
Ah! je me souvieDs... nous avons un petit poulet avec du cresson.
BEUTRAND, à Rémond.
Aimes-tu le poulet?... moi je suis blasé sur le poulet, nous en mangeâmes encore hier chez la marquise...
RÉMOKD.
Eh, mais !... je ne professe pas (jprand mépris pour le poulet.
BERTRAND
Pas de poulet. — Donne-nous du fromage de Gruyère.
PIERRE
Sont-ils bons enfants! ils me font dire toute ma carte, pour me demander du froma{;e de Gruyère (D'un air goguenard. ) Dites-donc, messieurs, avec ça il ne vous faut pas un peu de dessert?
BERTRAND
Ah bien! si, un peu de dessert.
RÉMOKD.
Ah! je te reconnais bien là!... gourmand, toujours sur ta bouche, il te faut du dessert!...
Dam'! que veux-tu!... puisque nous faisons tant que de fyire un bon repas... voyons, qu' t' as en dessert ?
PIERRE
J'ai du bon fromage à la crème.
RÉMOKD.
Mais, mon ami, vous n'y pensez pas, nous avons déjà du fromage de Gruyère pour la première entrée ; ça nous ferait deux fromages.
PIERRE
Alors... nous avons des pruneaux.
BERTRAND
Des pruneaux en voyage... je n'ai pas de confiance... autre chose.
PIERRE, riant.
Ah! dites donc, messieurs, des quatre mendiants pour deux?...
BF.RTRASD
Donne-nous des pommes de terre à l'huile. ( Pierre le» regarde en riant. ) REMOND, faisant tourner son bâton.
Kh bien ? est-ce que tu ne nous as pas entendus?
PIERRE
F'ardonnez-moi... mais c'est que, voyezvous, là-dedans, nous somnjcs un peu embarrassés pour le moment ; les apprêts d'une note, d'un festin...
BERTRAIID.
Tiens... allons-nous-en; la cuisine n'est déjà pas si bien montée ici.
PIERRE
Ecoutez donc; n' vous en allez pas comme ça... si ça vous est égal... tenez, je vous servirai sous CCS arbres.
L'AUUERGE DES ADRETS.
Volontiers .. nous le préférons.
l'IElUiE.
Vous serez bien, vous serez à l'air.
BERTRAND
Ça ne nous fera pas de mal... il y a longtemps que nous ne l'avons pris.
RÉMOND donne un coup de bâton dans les jambes de Bertrand; puis s'avance, en faismt le moulinet, vers Pierre qui les regarde toujours.
Qu'est-ce qu'il a donc, c'iimbécile-là?
BERTRAND
Dites-donc, garçon , allez donc faire chauffer ce qu'on te demande.
PIERRE, en s'en allant.
On y va , on y va. Ont-ils d' drôles de mines!
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