‹ L'auberge des Adrets; drame en trois actes, à spectacleChapitre 31 sur 71 · BERTRAND, RÉMOND, MARIE · texte numérisé non relu

BERTRAND, RÉMOND, MARIE

( Bertrand est en camisole et en bonnet de coton , Rëmond est en robe de chambre. )

BERTRAND

D'où vient ce bruit?... saurait-on déjà...?

RÉMO>!D.

Oh! aon, poltron. ( II aperçoit Marie.) Eh ! mais, dis donc, n'est-ce pas là cette femme...?

BERTRAND

Que tu crus reconnaître hier?... oui, c'est elle!

HÉMOND.

AvajoçpBs... Il faut que j'éclaircisse mes soupçons.

MARIE, assise.

Fatale prévention qu'inspire la misère! on croit le malheureux capable de tous les crimes. RÉMOND , s'appuyant légèrement sur le dos de la chaise de Marie.

Vous paraissez affligée... d'où vient votre peine?... Vous vous taisez; (il fait crier sa tabatière à son oreille.) VOUS avez tort. Quelquefois, sans s'en douter, on se trouve en pays de connaissance.

MARIE

Ciel !... me connaîtriez-vous ?

RÉMOND

Je ne dis pas cela! cependant, au premier abord , le son de votre voix , la taille , quelques traits semblaient me rappeler...

MARIE

Qui donc 7...

BÉHO.ND.

Conjaaissex-vous Grenoble?

MABIB.

Grenoble!

RÉMOND

Je rhahhai quelque temps, et vous?

Moi!

RÉMOND

N'y demeurâles-vou» jamais?

MARIE

Il est vrai que...

RÉMOND

Il est vrai que c'est vrai.

BERTRAND

Allons, allons, elle y a demeuré.

(Rémond regarde Bertrand, et le rend tout honteux.) RÉMOND.

Wy connûtes-vous pas, il y a environ dix huit à dix-neuf ans, c'est de vieille date, un nommé Robert Macaire?

MARIE

Grand Dieu! quel nom avez-vous prononcé!

RÉMOND

Celui de votre époux!

MARIE

Silence! ne répétez pas le nom d'un monstre qui trouble le repos de ma vie.

( Rémond s'étouffe de rire, remonte la scène, et se cogne

contre le piano; il redescend se tenant le dernière.)

Eh ben! dis donc, mon ami, c'est elle.

BERTRAND

Qui ça , elle?...

RÉMOND, riant.

C'est ma femme.

BERTRAND

Ta femme ! peste soit de la rencontre! si tlle allait te reconnaître.'

RÉAIOND.

Ne crains rien !

MARIE, à Rémond.

Me direz-vous coinniem vous savez...

IIÉ.MOND.

Le hasard seul...

BERTRAND

Cache bien ton œil.

RÉMOND

Notre liaison dura peu : c'était un assez mauvais sujet dont, par parenthèse, le ciel a pris soin de nous débarrasser de[)uis deux ans.

MARIE

Il est mort?...

Embarqué sur un vaisseau, il a péri avec

tout l'équipage.

( Il frappe sur <;a tabatière.)

MARIE

Mon Dieu, pardonne-lui tous les maux qu'il m'a fait souffrir.

BERTRAND

Mais, mon ami, laisse donc madame, tu vois bien qu' tu l'affectes, tu l'affliges, c'tc pauvre femme, tu lui fais éprouver des contrariétés domestiques. — C'est pas l'embarras, (|uand on perd un mari de c'te trempe-là , on est bien vite

consolée.

(Rémond lui donne une pichencllc.)

RÉMOND

Tu fais le gentil , toi.

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