BERTRAND, RÉMOND, MARIE
( Bertrand est en camisole et en bonnet de coton , Rëmond est en robe de chambre. )
BERTRAND
D'où vient ce bruit?... saurait-on déjà...?
RÉMO>!D.
Oh! aon, poltron. ( II aperçoit Marie.) Eh ! mais, dis donc, n'est-ce pas là cette femme...?
BERTRAND
Que tu crus reconnaître hier?... oui, c'est elle!
HÉMOND.
AvajoçpBs... Il faut que j'éclaircisse mes soupçons.
MARIE, assise.
Fatale prévention qu'inspire la misère! on croit le malheureux capable de tous les crimes. RÉMOND , s'appuyant légèrement sur le dos de la chaise de Marie.
Vous paraissez affligée... d'où vient votre peine?... Vous vous taisez; (il fait crier sa tabatière à son oreille.) VOUS avez tort. Quelquefois, sans s'en douter, on se trouve en pays de connaissance.
MARIE
Ciel !... me connaîtriez-vous ?
RÉMOND
Je ne dis pas cela! cependant, au premier abord , le son de votre voix , la taille , quelques traits semblaient me rappeler...
MARIE
Qui donc 7...
BÉHO.ND.
Conjaaissex-vous Grenoble?
MABIB.
Grenoble!
RÉMOND
Je rhahhai quelque temps, et vous?
Moi!
RÉMOND
N'y demeurâles-vou» jamais?
MARIE
Il est vrai que...
RÉMOND
Il est vrai que c'est vrai.
BERTRAND
Allons, allons, elle y a demeuré.
(Rémond regarde Bertrand, et le rend tout honteux.) RÉMOND.
Wy connûtes-vous pas, il y a environ dix huit à dix-neuf ans, c'est de vieille date, un nommé Robert Macaire?
MARIE
Grand Dieu! quel nom avez-vous prononcé!
RÉMOND
Celui de votre époux!
MARIE
Silence! ne répétez pas le nom d'un monstre qui trouble le repos de ma vie.
( Rémond s'étouffe de rire, remonte la scène, et se cogne
contre le piano; il redescend se tenant le dernière.)
Eh ben! dis donc, mon ami, c'est elle.
BERTRAND
Qui ça , elle?...
RÉMOND, riant.
C'est ma femme.
BERTRAND
Ta femme ! peste soit de la rencontre! si tlle allait te reconnaître.'
RÉAIOND.
Ne crains rien !
MARIE, à Rémond.
Me direz-vous coinniem vous savez...
IIÉ.MOND.
Le hasard seul...
BERTRAND
Cache bien ton œil.
RÉMOND
Notre liaison dura peu : c'était un assez mauvais sujet dont, par parenthèse, le ciel a pris soin de nous débarrasser de[)uis deux ans.
MARIE
Il est mort?...
Embarqué sur un vaisseau, il a péri avec
tout l'équipage.
( Il frappe sur <;a tabatière.)
MARIE
Mon Dieu, pardonne-lui tous les maux qu'il m'a fait souffrir.
BERTRAND
Mais, mon ami, laisse donc madame, tu vois bien qu' tu l'affectes, tu l'affliges, c'tc pauvre femme, tu lui fais éprouver des contrariétés domestiques. — C'est pas l'embarras, (|uand on perd un mari de c'te trempe-là , on est bien vite
consolée.
(Rémond lui donne une pichencllc.)
RÉMOND
Tu fais le gentil , toi.