INTRODUCTION VU
Madame Adam put faire paraître quelques pièces de vers du jeune homme dans la Nouvelle Revue qu'elle dirigeait. En 1880 Maupassant avait écrit une nouvelle, Boule de Suif, qui arracha enfin un cri d'admiration au sévère Flaubert lui-même. La célébrité vint d'un coup. Quelques temps après Flaubert mourait. La même année Maupassant quitta le ministère et se mit à vivre de sa plume.
Ses premières histoires sont toutes d'un réalisme puissant, mais empreintes d'un profond sensualisme. Même son volume Des Vers (1880), sous son apparence poétique, cachait la même conception matérialiste de la vie et fut même près d'être condamné par le parquet d'Etampes.
Maupassant jusque-là avait fréquenté surtout,
et par préférence d'ailleurs, les classes populaires; il n'avait donc pas eu beaucoup d'occasions d'observer les manifestations plus raffinées et supérieures de la vie. Lorsqu'il fut lancé dans le monde comme écrivain, et qu'il se mit à visiter les salons de Paris, les choses changèrent; il trouva dans sa nouvelle existence de nouvelles sources d'inspiration dont il sut tirer profit très tôt; il décrivit ce monde avec la même curiosité et précision d'observation que celui qu'il avait connu d'abord. Dans le domaine du roman il donna Une Vie et Bel-Ami, et dans celui de la
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nouvelle un grand nombre de morceaux qui sont restés parmi les meilleures productions de sa plume. Son champ de travail s'était donc élargi; il était lui-même de plus en plus enthousiaste pour son art. Il se voua # avec trop d'ardeur à sa passion d'écrire; sa santé s'en ressentit. Des traces d'ébranlement cérébral se remarquent jusque dans son œuvre: il écrit de temps en temps des histoires étranges quoique encore extrêmement puissantes — telle sa fameuse nouvelle le Horla; son cerveau est obsédé par moments de représentations extrêmement bizarres, fantômes d'une imagination exaspérée. Il voyageait beaucoup, ce qui le sauva probablement pour un temps de la maladie, mais son esprit s'épuisait d'une production incessante; un jour, soudainement, la folie le terrassa. Il était à Nice avec sa mère, le jour de l'an 1892 ; tout à coup, au milieu d'un repas, il se mit à dire des mots sans suite. La nuit suivante il essayait de se suicider. Conduit immédiatement à Paris, il fut interné dans la maison de santé du Dr Blanche, où il mourut dix-huit mois après, le 6 juillet 1893. Il n'avait que quarante-trois ans.
On trouvera dans ce volume des exemples des