F.rme graphique.! ™n
( évoquée, ne dit rien.
De même, â donne une sensation de blanc crème,
® — rose (se rapprochant de Vu),
^ — gris sale (gris fer),
^ — vert clair et jaune,
* — gris blanchâtre ou gris sou¬
ris clair,
® — gris foncé presque noir,
OBSERVATIONS PERSONNELLES
au donne une sensation de gris plus foncé que l’o,
rouge,
an
blanc laiteux.
in
bois de chêne,
un
brun.
eu,
rose.
on
brun.
ou
noir.
Sans donner lieu
à aucune sensation de couleur, les
consonnes influent cependant sur la teinte des voyelles. Les chiffres, comme les autres mots, donnent des couleurs qui correspondent à leurs voyelles composantes, et qui sont parfois modifiées par les consonnes.
Ainsi, un donne une sensation de brun.
deux
rose,
trois
gris foncé et blanc crème,
quatre
blanc.
cinq
brun.
six
gris clair.
sept
gris vert.
huit
rouge gris.
neuf
rose.
dix
gris blanc.
onze
brun.
douze
noir,
quinze
teinte de chêne.
vingt
teinte de chêne,
cent
gris laiteux.
mille
gris blanc.
Il en est de même pour les
noms des notes de musique.
Les couleurs éveillées par les syllabes semblables d’un même mot, outre qu’elles différent parfois sensiblement, ne se fondent pas ensemble dans une teinte unique, mais se perçoivent généralement, au contraire, d’une manière distincte et successivement. Naturellement, c’est bien plus sensible encore pour les syllabes dissemblables.
Ainsi, mMe donne gris, gris, ^
vénéré
— gris foncé, gris foncé, gris foncé.
merveille
— jaune vert, gris foncé,
enfant
— jaune laiteux,
instinct
— jaune, jaune,
heureux
— rose, rose.
Paris
— blanc gris clair.
Angers
— blanc laiteux.
Nabuchodonosor — blanc, rouge, gris, gris, gris, gris foncé.
Suarez
— rouge, blanc jaunâtre.
Mendoza
— brun, gris blanc.
Les mots réveillant des idées de couleurs déterminées, comme neîge^ prairie, pavot, cerise^ rose^ orange^ etc., de même que les synonymes, se colorent suivant la même règle, c’est-à-dire d’après, leurs voyelles constitutives, sans égard aux couleurs qu’ils rappellent ou à leur signification.
Pour produire les sensations chromatiques que nous venons de rapporter, il faut que les voyelles et les mots soient prononcés, c’est-à-dire, que le son propre en soit entendu par l’oreille ou évoqué mentalement. Les mêmes lettres et mots ne produisent absolument rien à la lecture ; en d’autres termes, leurs formes graphiques, per-
OBSERVATIONS PERSONNELLES
çuesparles yeux ou évoquées mentalement, sont sans action aucune. De même, les nombres écrits, soit en lettres, soit en éhiflfres, ou évoqués sous ces deux formes graphiques différentes, ne réveillent aucune sensation de couleur.
Il n’en est pas de même de lo. perception objective d’une couleur simultanément avec la sensation chromatique d’une voyelle ou d’un mot. L’une et l’autre étant donc éprouvées à la fois, le sujet voit une image qui présente, en son centre, la couleur de la voyelle, nuancée légèrement de la teinte de l’étoffe qu’il a sous les yeux ; de ces deux teintes, la première diminue, se dégrade peu à peu, du centre à la périphérie, pendant que la seconde, suivant une gradation inverse, s’accentue progressivement pour présenter, sur le bord de l’image, un liséré de la couleur de l’étoffe.
Ainsi, a, entendu seul, donnant une couleur blanche, l’audition de cette voyelle, simultanément combinée avec la vue d’une étoffe rouge, donne au sujet une image d’un blanc rosé, avec un liséré rose sur ses bords. Le son de la même voyelle, devant une étoffe jaune, donne une image blanche nuancée de jaune., avec un liséré de cette dernière couleur à la périphérie ; devant une étoffe bleue, une nuance et un liséré bleus.
La voyelle é, dont la couleur propre est le gris sale, donne, dans ces expériences, une image gris fer avec une nuance et un liséré de la couleur de l’étoffe. De même, les différentes voyelles et diphtongues.
Mais voici qui est plus curieux encore. L’audition du son a (blanc), combinée avec la vue d’une étoffe noire donne une image blanche, sans mélange de noir. L’e (gris fer), avec une étoffe noire, donne un gris foncé, cendré, vert de gris, uniforme, sans liséré aucun. L’ê,
l’audition colorée
(vert jaune clair) avec une bande noire, donne \mjaune 07 'ahgé, citron foncé. \ji (gris clair), dans les mêmes conditions, donne un gris pâle.
De plus en plus remarquable. Le son u (rouge), com biné avec la vue d’une bande verte, donna une image violette très foncée, presgue noire. Ce résultat inattendu me surprit beaucoup. Aussitôt pour faire contre-épreuve, je pris, sans rien dire au sujet, un verre rouge que je lui mis sous les yeux pendant qu’il fixait l’étoffe : il déclara sans hésiter que « c’était là sa couleur », c’està-dire, que la teinte produite avec le son u était la même que. celle qu’il percevait avec l’interposition du verre.
Nous ferons remarquer, sans chercher toutefois à rien expliquer, que le vert et le rouge sont complémentaires, et que le sujet, dont la bonne foi est d’ailleurs au-dessus de tout soupçon, ignorait la couleur du verre interposé entre l’étoffe et son organe visuel. Ne semble-t-il pas que, dans cette expérience, il y ait neutralisation de la sensation colorée mentale par la perception visuelle objective?
Cette épreuve a donné, avec les sons du piano, des résultats identiques. Mais d’abord nous devons rappeler que pour M. l’abbé F., les sons de cet instrument sont rouges, d’un rouge d’autant plus sombre et plus foncé que les notes sont plus graves, d’autant plus clair qu’elles sont plus aiguës ; et même, le sujet ne voit plus rien audessus du ào^. Donc le ào^ qui, tout seul, donne un rouge presque pur , produit, avec la vue d’une étoffe jaune, une image rouge, nuancée et lisérée de jaune', avec une bande verte, un rouge violacé presque noir ; avec le l)leu, un rouge rnélé de Ueu ; etc., etc.
Les mélodies et les accords divers ne donnent au sujet aucune sensation particulière. Les timbres ont, au con-
OBSERVATIONS PERSONNELLES
traire, une certaine influence, puisque les sons du piano lui donnent une sensation de rouge, ceux de la flûte également. Les sons des instruments autres que les deux mentionnés ci-dessus ne lui disent rien. Le tonnerre donne une image noire.
M. l’abbé F. présente d’autres associations sensorielles. Ainsi, le froid, lorsque, par exemple, il applique la main sur le marbre, lui donne une sensation de Uanc ; au contraire, la chaleur éveille chez lui une idée, une sensation de rouge: pseudophotesthésie d’origine tactile thermique. Notons encore que lorsqu’il prêche, il voit devant lui les mots qu’il prononce, écrits comme dans un livre.
On observe encore chez ce sujet d’autres réciprocités entre les sensations diverses ; mais l’impression n’est pas aussi inconsciente, aussi spontanée que la sensation première : il faut que son attention soit préalablement éveillée sur ces phénomènes.
monsieur Fabbé h., d’Angers
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’ORIGINE OPTIQUE.
M. l’abbé L. est âgé de trente ans. Il est bien constitué et jouit d’une santé excellente ; n’est pas nerveux, quoique très impressionnable. Après la myopie dont il est atteint, il ne présente aucun autre trouble de la vue ; l’acuité visuelle est bonne. L’oreille est normale, et l’audition parfaite. Il a l’oreille juste et aime beaucoup la musique,' quoiqu’il n’ait pas de culture musicale.
Pour lui, certaines voyelles revêtent toujours des couleurs quand elles sont vues ou entendues seules, séparément ; mais assemblées et réunies en mots, elles ne lui apparaissent plus qu’avec leur couleur naturelle. Notons encore que la voyelle Y ne se colore jamais, de même que les diphtongues et les consonnes.
La sensation colorée ne dépend pas du son de la voyelle prononcée, mais bien de sa forme graphique, vue ou évoquée. Mais à l’audition d’une voyelle « active », le son fait naître aussitôt dans l’intellect son image graphique, et c est cette évocation de la forme qui donne naissance à la sensation colorée. C’est donc ici un cas de pseudophotesthésie d origine optique, et non d’audition colorée.
OBSERVATIONS PERSONNELLES
Voici d’ailleurs comment, après épreuves et inscription de ses réponses, le sujet a décrit ses impressions.
« Lorsque j’entends les sons A, E, /, O, U, je vois immédiatement, représentées devant moi dans l’espace, ces différentes lettres, — que je majusculise, si elles ne le sont pas —, revêtues, bordées chacune d’une couleur propre.
A m’apparaît bordé de noir,
E — — blanc grisâtre.
I — — jaune pâle,
O — — rouge vif,
TJ — — vert tendre.
« L’F, les diphtongues et les consonnes ne produisent sur moi aucune impression.
« Le son ne me dit rien en tant que son, et n’agit qu’en évoquant le souvenir de la forme des lettres. Somme toute, avant que je colore une lettre, il faut qu’elle ait passé par le sens optique, ou qu’elle m’arrive à l’intellect, par évocation, avec sa forme graphique.
«Les lettres A, E, I, O, TI, m’apparaissent toujours chacune avec la couleur ci-dessus indiquée. Il me semble qu’elles ne peuvent revêtir une autre couleur, au point que les voyant imprimées en noir, j’éprouve (sauf pour 1’^, qui est noir), une impression désagréable ; au contraire, je vois avec plaisir un O imprimé en rouge, un I en jaune, un U en vert.
* Lorsque quelqu’un parle en ma présence, je lis sa conversation, qui s’imprime devant moi dans l’espace en * petits caractères, mais tout noirs, sans aucune couleur. Car les voyelles ne m’apparaissent avec leurs couleurs particulières que lorsqu’elles sont seules. »
Nous n’ajouterons que peu de chose à ce qui précède.
l’audition colorée
Nous ferons remarquer cependant que ce dernier alinéa nous fait connaître un autre phénomène, simplement visuel, analogue à ce qu’éprouve en prêchant M. l’abbé F. ’ dont on vient de lire l’observation.
A l’audition des voyelles, combinée avec la vue d’une bande colorée, le sujet voit généralement les lettres avec leurs couleurs plus ou moins nettes, parfois avec quelques particularités. Ainsi, lorsqu’il regarde un fond rouge et qu’il entend le son U (vert tendre), cette lettre lui apparaît verte comme d’habitude, mais avec certains reflets métalliques. Si le fond est vert, et qu’il entende le son O {rouge), cette lettre apparaît rouge avec les mêmes reflets.
Notons encore que s’il peut facilement distinguer les lettres sur des fonds différant de leurs couleurs propres, il n’en est pas ainsi sur des fonds de même teinte. Dans ce cas, le sujet ne voit rien d’abord ; mais s’il porte la vue sur un fond différent, il voit alors les lettres avec leurs couleurs propres, sans aucune modification, comme d’habitude.
Les sons musicaux graves lui semblent avoir une teinte foncée ; les notes aiguës, une couleur claire et vive. Si l’on fait résonner successivement et rapidement, dans un glissando, par exemple, les notes dLO. piano, du grave à l’aigu, il lui semble voir passer devant ses yeux une longue bande de couleur rouge, ou verte, ou jaune, très foncée d’abord et devenant de plus en plus claire et vive.
En fait d’autres associations, il ne présente que la suivante, entre les perceptions gustatives et les sensations visuelles : les aliments acides lui donnent l’idée du vert.
Ajoutons, pour compléter cette observation, que le sujet a toujours éprouvé les sensations colorées que nous venons de décrire.
Madame la Baronne de
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’oRIGINE ACOUSTIQUE.
J’ai découvert ce cas d’une manière toute fortuite, pendant que je m’occupais des observations qui précèdent.
la baronne de **% m’en ayant entendu dire quelques mots, me déclara qu’elle et son mari éprouvaient des sensations analogues à celles dont je parlais. Profitant cette fois de l’occurrence, je me hâtai de prendre les deux observations que je rapporte ici brièvement.
la baronne de *** est âgée de quarante-sept ans, et jouit d’une bonne santé. De culture intellectuelle et musicale très distinguée, elle se rappelle avoir toujours éprouvé, â l’audition de certaines voyelles, des sensations de couleurs. C’est donc encore un cas de pseudophotesthésîe d’origine acoustigue.
Les sensations colorées qu’elle éprouve sont constantes pour les mêmes lettres.
Le son de la voyelle a éveille chez elle une sensation de rouge.
De même, e donne une image grisâtre, d’autant plus foncée que le son se rapproche davantage de l’é fermé. L’e '^uet éteint le son, l’estompe pour ainsi dire.
l’aüdition colorée
i donne une image noire.
O — jaune orangé.
<2w, — rouge et vert, en deux bandes qui se
fondent, comme dans l’arc-en-ciel.
U — vert feuille d’arbre.
Les consonnes ne disent rien à M*»® la baronne de Les syllabes et les mots se colorent d’après les voyelles influentes.
nionsieui^ le Baron de ***, mari de la précédente
PSEÜDOPHOTESTHÉSIE d’oRIGINE PSYCHIQUE.
Le sujet, âgé de cinquante-huit ans, parfaitement constitué, bien portant, se rappelle que lorsqu’il était tout enfant, certains noms propres réveillaient constamment chez lui des idées de couleurs déterminées. Plus tard ces impressions ont disparu, et aujourd’hui, il n’en reste plus trace. L’observation présente se rapporte donc aux sensations qu’il éprouvait dans sa jeunesse, et dont il nous a rapporté quelques faits, de mémoire.
Il ne colorait que les noms propres ; encore pourrait-on croire que le nombre en était assez limité.
Le nom Marie
lui donnait l’idée du rouge.
— Henri
— blanc.
— Alphonse
— bleu.
— Georges
— vert.
— * Cécile
— rose.
— Lucie
— violet lilas.
C’est là, croyons-nous, un cas de pseudopîiotesthésie d’origine purement psychiQiue, c’est-à-dire, due à une simple association d’idées à l’origine, et qui s’était déve-
l’audition colorée
loppée d’une manière consciente ou inconsciente. Car, d’après les déclarations mêmes du sujet, l’excitant n’était ni la vue d’une personne déterminée, ni l’évocation de son portrait, ni l’audition réelle ou pensée de son nom, mais bien le nom comme mot, pris dans un sens en quelque sorte abstrait et impersonnel.
Les *phénomènes ayant depuis longtemps cessé, nous ne nous étendrons pas davantage sur ce cas (1).
(1) Depuis que nous avons fait notre communication, nous avons rencontré cinq nouveaux cas, dont nous publierons plus tard les observations détaillées.