DES
Notions principales fournies par les observations des divers auteurs
1. Les fausses sensations secondaires observées le plus souvent sont des pseudo-perceptions de couleurs. H. Lotz (1), cité par Bleuler et Lehmann dans leur brochure, en donne pour raison que les fibres nerveuses optiques sont bien plus faciles à exciter que celles de tout autre sens ; et c’est pourquoi, d’après lui, les sensations secondaires de couleurs seraient les plus fréquentes. Nous pensons que la plus grande
(1) Lotz. Getschichte rier Wissenschaften in Deutschland ; Neutre Zeit, Bd VII, p. 272.
sensibilité des fibres nerveuses optiques n’est que pour peu de chose dans la production du phénomène ; mais que la raison en est plutôt dans de plus fréquentes associations d’idées et de mots, résultant des comparaisons plus nombreuses que l’on fait journellement entre les sons et les couleurs. Ainsi qu’on l’a vu précédemment, nous avons désigné ces phénomènes sous le nom de pseudophotesthésie, et nous les avons rangés en six groupes, dont les cinq premiers comprennent toutes les impressions secondaires dont l’excitation passe par les sens, et dont le dernier vise spécialement les phénomènes qui semblent avoir leur excitation dans l’intellect, à l’exclusion de toute transmission sensorielle.
2. Les pseudo-sensations secondaires auditives, ont été moins souvent constatées.
3. Les fausses sensations secondaires d'odeurs et de saveurs sont plus répandues que celles du son, disent Bleuler et Lehmann.
4. Les pseudo-sensations secondaires de tact, de chaleur, de mouvement, de douleur ou de plaisir, etc., sont assez rarement accusées. Peut-être la raison en est-elle que ces impressions sont plus vagues, plus indécises que les précédentes, et ainsi moins propres à attirer l’attention.
g. Il est des particularités qui ne rentrent pas dans les cadres précédents : telles sont les couleurs prêtées aux dates et aux époques de l’histoire. Ces sensations nous paraissent résulter d’associations premières d’idées, et nous croyons qu’il en peut exister autant que d’associations mêmes d’idées présentant quelque analogie, quelques corrélations.
6. Les fausses sensations secondaires de couleurs sont plus ordinairement excitées par les sons vocaux, que par les bruits ou les sons musicaux.
7. Quelques sujets ont été observés, qui coloraient les divers timbres de voix, de sorte que, pour eux, la voix de chaque personne entendue avait sa nuance de couleur. Remarquons toutefois que, même pour ces sujets, les voix ne se caractérisent bien par des couleurs spéciales que dans leur pleine émission, par exemple, dans le chant ou la lecture en public.
8. Le plus grand nombre des sujets se contente d’accuser une teinte sombre pour les voix de basse, brune ou marron pour les voix moyennes, claire pour les voix aiguës de soprano, la teinte variant progressivement avec le degré d’élévation des voix. Tous sont d’accord sur ce point.