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trois éléments chromatiques différents de la rétine, et arriverait ainsi toute formée au cerveau, conduite par le nerf optique —, ne satisfait nullement le Dr Pédrono, pas plus que nous-même. L’observateur nantais admettrait plutôt l’existence de centres cérébraux sensoriels siégeant quelque part dans la substance grise, et expliquerait par la contiguïté des centres chromatique et acoustique les phénomènes que nous étudions. Telle était déjà l’opinion de Lussana. Ces deux auteurs pourraient ainsi expliquer les associations des sensations chromatiques et auditives; mais, redirons-nous, ces faits ne sont qu’une partie de ceux qu’on a observés. Comment expliquer, de cette façon, les associations multiples qu’on a parfois constatées entre tous les centres sensoriels cérébraux ? on ne le peut qu’en supposant ces divers centres liés entre eux chez certains sujets.
Dans son premier travail, paru en 1883, le D*" Baratoux émettait l’hypothèse que le centre chromatique peut être excité, non seulement par une impression venant de la rétine, mais par des perceptions d’autres organes des sens. « Est-ce directement, dit-il, que la sensation est conduite au centre chromatique, ou bien est-ce en passant par le centre auditif? nous inclinons vers cette opinion, à l’exemple de Pédrono. N est-il pas admis que les cellules de certains sens sont reliées avec d’autres centres plus ou moins éloignés par des conducteurs nerveux? Pourquoi donc ne pas admettre
l’audition colorée
que certaines cellules auditives seraient unies à des éléments semblables du sens chromatique? »
Ainsi, pour le D** Baratoux, la cause du phénomène résiderait dans des anastomoses, au moyen de fibres nerveuses, entre certaines cellules des centres auditif et visuel. Si nous acceptions cette théorie des anastomoses, il faudrait alors admettre, comme nous l’avons déjà dit, que les cellules cérébrales de tous les centres sensoriels ont entre elles, — eu égard aux faits d’associations multiples qui ont été fréquemment observés—, des anastomoses qui, rudimentaires chez le commun des hommes, prendraient, chez certains sujets, un grand développement, soit spontanément, soit sous l’influence de l’éducation ou d’une culture intellectuelle spéciale.
A. de Rochas se rattache aussi à cette explication des faits, par les communications entre les cellules cérébrales affectées à l’ouïe et à la vision. Puis il ajoute : « Il semblerait même que certains excitants, — et il ,cite la relation connue de Théophile Gautier, à la suite d’une absorption de haschich —, pourraient arriver à établir, entre ces deux genres de cellules, des relations qui n’existent point à l’état ordinaire. »
^ Ch. Féré croit que la « vision coloriée », — il semble entendre par là les diverses sortes de pseudophotesthésie —, est en rapport avec une tonalité particulière du système nerveux, tonalité qui peut être obtenue par des excitations ou des représentations diverses. »
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Il rejette les théories qui admettent l’existence de fibres allant du nerf acoustique au centre optique, ou d’anastomoses entre les deux centres cérébraux.
Le professeur Urbantschitsch, se basant sur de nombreuses expériences, considère les fausses sensations secondaires comme des phénomènes réflexes sensoriels dus à des excitations, soit d’un sens, soit (les branches sensitives du trijumeau. « On peut, dit-il, les faire apparaître très facilement : Si on fait regarder des sujets en expérience sur une surface blanche ou grise, légèrement ondulée, et qu’on fasse vibrer des diapasons devant leurs oreilles, la plupart des personnes voient apparaître, au bout de peu de temps, des lignes ou des taches grises. Bientôt après, elles voient les taches se colorer le plus souvent en jaune ou en rouge, et parfois elles observent en même temps toutes les couleurs du spectre sous forme d’arc-enciel. Souvent une couleur se transforme peu à peu en une autre. »
Ces expériences sont fort intéressantes sans aucun doute. Mais, à notre avis, les phénomènes produits de la sorte diffèrent sensiblement des pseudo-sensations que nous avons décrites. D’abord, dans les expériences ci-dessus, les couleurs semblent perçues objectivement, quoique à faux, et par une sorte d’illusion d’optique, l’imagination, la fatigue des yeux, ou la bonne volonté des sujets aidant aussi, peut-être. Le concours de l’appareil visuel est absolument nécessaire, de même
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que celui de l’appareil auditif; tandis que dans les véritables faits de pseudophotesthésie, ni l’un ni l’autre n’est necessaire, soit pour exciter, soit pour percevoir secondairement, puisqu’il suffit d’une simple évocation mentale pour les faire naître, et qu’il n’est besoin d’aucun appareil sensoriel pour les recevoir ; en effet, les pseudo-sensations s’observent chez les aveugles comme chez les voyants, dans l’obscurité comme en plein jour, les yeux ouverts ou fermés indistinctement ; l’apparition de l’image colorée est subite ; la teinte, nette et unique pour chaque son, mais diverse pour des sons différents, est déterminée par les sons des voyelles encore mieux que par les sons musicaux, provoquée aussi parfois par la vue de la lettre sans aucune excitation sonore, etc., etc.; toutes choses que nous ne trouvons pas dans les expériences du savant professeur viennois, et qui accusent des différences capitales entre les deux genres de faits.
Le D*' Paul Raymond adopte la théorie des relations entre les centres sensoriels. « Chez certains sujets, dit-il, la clinique montre qu’il y a une sorte de connexion entre les différents centres des impressions sensorielles. On doit donc admettre que, chez les sujets qui présentent l’audition colorée, il existe des conducteurs nerveux qui unissent intimement le centre de 1 audition au centre de la perception des couleurs. » Que les centres sensoriels soient reliés entre eux par des libres anastomotiques, ou ébranlés par